Blanc comme la nuit, d’Ann Cleeves

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Dans un petit village des Shetland, Kenny Thomson, un paysan, découvre un cadavre pendu dans sa cabane de pêche. Il s’agit d’un Anglais que personne ne connaît. L’inspecteur Jimmy Perez pense qu’il s’agit d’un meurtre et mène l’enquête avec son supérieur et ami Roy Taylor, venu tout exprès d’Inverness. Même si les deux hommes sont amis, ils sont très différents et se lancent dans une compétition pour résoudre le crime. Taylor est un hyperactif qui veut résoudre l’affaire au plus vite tandis que Perez est méthodique et plutôt lent. Par certains côté, il fait penser au célèbre lieutenant Colombo. Il prend tout son temps pour interroger les habitants de l’île, mais bien sûr personne ne sait rien. L’enquête se passe en été quand le soleil ne se couche jamais vraiment, les habitants sont énervés et comme nous sommes dans un petit village où tout le monde se connaît les soupçons et les ragots vont bon train. Perez est très occupé entre son enquête sur cet Anglais dont personne n’a jamais entendu parler et l’agitation de son collègue. Il trouve toutefois le temps de tomber amoureux d’une habitante de l’île.

Ann Cleeves sème les indices tout au long du roman, parfois on devine où elle veut en venir, mais le plus souvent on se perd en route. Dans l’ensemble, le suspens est très bien préservé jusqu’au bout. Tous les habitants semblent avoir des choses à cacher et l’enquête progresse lentement. Toutefois elle s’accélère dans les cinquante dernières pages après la découverte d’un deuxième cadavre. Le dénouement est totalement inattendu, même s’il un tout petit peu tiré par les cheveux.

Il s’agit donc d’un polar très classique, mais son plus grand intérêt réside dans la peinture de cette île et  du caractère particulier de ses habitants. La manière qu’a l’auteur de nous faire soupçonner tous les personnages l’un après l’autre et de nous surprendre par un dénouement si inattendu est très agréable. Les personnages sont très variés. Même si ce n’est pas le polar de l’année, ce livre nous fait passer un excellent moment et surtout nous donne envie de découvrir ce coin perdu d’Ecosse.

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Furor, de Fabien Clavel

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Voici un livre dont il faudrait lire la post face avant le texte. En effet, elle nous donne des clés de compréhension qui ouvre une perspective différente. Malheureusement je ne me suis aperçue de cela qu’à la fin du livre.

Fabien Clavel nous entraîne dans la Germanie que l’armée romaine tente de conquérir au début de notre ère.  César a commencé la conquête mais n’a jamais pu dépasser la vallée du Rhin. Auguste décide de continuer son oeuvre et envoie le général Varus avec trois légions pour créer une grande province germaine. Rome craint beaucoup les Germains et espère les « romaniser » pour mieux  neutraliser cet ennemi imprévisible.

Le roman se passe en 9 de notre ère et est divisé en deux parties. Longinus, un soldat préposé à la chasse poursuit un lièvre  dans une forêt épaisse. C’est l’automne, il pleut, il fait froid et l’ambiance est franchement à la déprime. Le lièvre est aveugle et le soldat finit par l’attraper. En le poursuivant, il découvre un village qui abrite des personnes à l’aspect hideux et monstrueux mais totalement désarmées et pacifiques. Longinus croit avoir découvert un peuple qui vit encore à l’Age d’or et qui aurait trouvé refuge dans cette forêt. Il hésite à faire part de sa découverte à Fabricius son chef, sachant que ce dernier massacrera sans pitié les habitants du village. Mais l’officier est un homme violent qui malmène ses soldats et Longinus n’ose pas lui mentir.

Comme il s’y attendait, la troupe de Fabricius massacre les villageois et trouve une pyramide noire à côté du village. Les officiers ne comprennent pas ce qu’une pyramide peut bien faire au fond d’une forêt de Germanie, mais ne cherchent pas à savoir de quoi il retourne.

Nous faisons aussi connaissance de Flavia, une jeune Germaine enlevée alors qu’elle était enfant et réduite en esclavage sexuelle pour les soldats. Elle essaie de se souvenir de son enfance et de son pays qu’elle traverse sans l’avoir choisi.

Arminius, un Germain chef des troupes auxiliaires que Varus croit avoir soumis se retourne contre les Romains et leur tend une embuscade. Il massacre les civils et les soldats sans pitié. Nous assistons à la terrible bataille de Teutobourg où les Romains sont anéantis.

La première partie nous permet de connaître les principaux personnages du roman. Elle est surtout consacrée aux récits de batailles et de massacres. Les personnages sont historiques pour la plupart et l’histoire sans doute assez proche de ce qu’a dû être la réalité de cette bataille. Clavel enseigne le latin et connaît son sujet.

La deuxième partie devient plus fantastique, Longinus, Flavia, le centurion Marcus et Caius Pontius, un officier supérieur ont réussi à échapper aux massacres, mais la route d’Aliso est coupée, ils décident donc d’aller se réfugier dans la fameuse pyramide noire.

J’attendais beaucoup de ce roman et j’ai été un peu déçue. La quatrième de couverture, ainsi que la présentation de l’éditeur laissait espérer un roman fantasy, mais ce n’est pas le cas. Il y a très peu de fantastique, aucune magie et tous  les monstres sont des humains. Il s’agit plutôt d’un roman historique, même s’il y a une uchronie dans l’exploration de la pyramide. Les éléments réalistes sont très convaincants, on sent qu’on a affaire à un auteur qui connaît son sujet, mais les quelques éléments fantastiques et uchroniques ne  sont pas convaincants du tout.

Mais ce qui m’a le plus dérangée, c’est le choix de langage fait par l’auteur. Il emploie un mélange de français, de latin et surtout de latin francisé qui m’a franchement déplu. Par exemple Varus est qualifié d’impérateur pour Imperator, j’aurais préféré qu’il utilise la traduction de ce terme, qui est général en chef.  Imperator est devenu empereur dans notre langue, les mécanismes d’évolution du bas latin dans les différentes langues romanes sont bien connus et ce latin francisé m’a beaucoup déplu. Tout comme le fait d’employer la forme latine des noms de lieu, on nous parle de Roma, des forêts de Germania ou de l’armée du Rhénus. Clavel a aussi écrit quelques phrases qui ne veulent absolument rien dire pour inventer un argot militaire romain (et semi-francisé) ce qui donne un dialogue totalement incompréhensible entre deux soldats. Son roman aurait gagné en puissance d’être écrit complètement en français et de préférence en bon français.
La moitié du livre est consacrée aux faits et gestes des personnages et l’autre moitié à leurs pensées. Comme les humains dans la réalité, les personnages de Clavel ne cessent de penser. Ce qui est gênant et même très gênant, c’est que l’auteur écrit leurs pensées en italique sans aucune ponctuation. Il peut y avoir des paragraphes entiers en italique et sans ponctuation, ce qui ralentit la lecture. Parfois on ne sait comment séparer deux phrases, ce qui fait varier le sens des pensées en question, sans compter que c’est lassant d’avoir des paragraphes entiers de ce style.

La deuxième partie du livre qui tourne autour de la pyramide n’est pas convaincante du tout, on ne sait pas si on a franchi une sorte de porte temporelle qui débouche sur notre époque ou si les anciens Germains connaissaient déjà la physique nucléaire, ce qui est quand même assez peu probable. Durant cette exploration, Caius Pontius pense beaucoup et cite de nombreux poèmes, mais comme c’est seulement à la dernière page que j’ai compris qui il est en réalité, je regrette de ne pas avoir été plus attentive à ses pensées. L’idéal serait de relire le récit de la pyramide à la lumière de cette connaissance, mais le roman ne m’a pas assez passionnée pour que je le fasse.

Dans l’ensemble c’est un roman plutôt décevant, car présenté comme de la fantasy. Il y a aussi trop de scène de batailles sanglantes  et jusqu’au bout j’ai espéré en vain y trouver une dimension moins terre à terre. Toutefois la chute est inattendue et vraiment excellente.

Les murmures, de John Connoly

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C’est avec un immense plaisir que j’ai retrouvé John Connolly, un auteur irlandais qui situe ses romans aux USA, créateur de Charlie Parker, à ne pas confondre avec Michael Connelly, le papa d’Harry Bosch.

Charlie Parker, détective privé de son état, nous entraîne cette fois dans le Maine, Etat voisin du Canada. Il y vit et s’occupe de missions alimentaires pour faire vivre son agence, comme de la surveillance ou des escroqueries à l’assurance, en tout cas rien de bien passionnant. Aussi lorsqu’un de ses amis lui demande d’enquêter sur le mari d’une de ses employées qu’il soupçonne d’être violent, il ne se fait pas prier. Le fils de son ami, ancien soldat vient de suicider. Il était en Irak et son retour à la vie civile s’est très mal passé. Le mari violent était aussi en Irak, dans la même unité. Il est aujourd’hui camionneur et semble vivre au-dessus de ses moyens pour quelqu’un qui transporte des croquettes pour animaux entre le Maine et le Canada.

Je ne vous en dis pas plus pour ne pas déflorer l’intrigue, mais je vous encourage vivement à découvrir ce passionnant thriller qui a pour thématique  les traumatismes de guerre subis par les G.I qui s’engagent souvent pour obtenir une bourse d’études, qu’ils n’auront jamais et qui en plus se retrouvent complètement abandonnés par l’administration lorsqu’ils rentrent blessés ou ou invalides. On voit que rien n’a changé depuis le Vietnam. Un autre thème est le trafic d’antiquités volées en Irak.

Ce roman est très bien écrit, l’intrigue est solide, le suspens parfaitement maîtrisé et comme toujours chez Connolly, il y a une pointe de fantastique pour donner du piquant à l’histoire. Pour autant il ne tombe jamais dans la facilité, les monstres qui rôdent pourraient très bien n’exister que dans l’esprit traumatisé des personnages, qu’il s’agisse des anciens soldats ou de Charlie Parker, qui ne s’est jamais remis de l’assassinat de sa femme et de sa fille. Parker aime se confronter au mal métaphysique.

C’est un roman vraiment passionnant et un gros coup de coeur que je vous recommande chaleureusement. Après cette lecture, si vous entendez des murmures au coeur de la nuit, vous prendrez vos jambes à votre cou!

Los Angeles noir, présenté par Denise Hamilton

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Ce livre présenté par Denise Hamilton est un recueil de dix-sept nouvelles noires qui ont pour cadre Los Angeles. Elle a réuni autour d’elle seize auteurs dont la plupart sont peu, voire pas du tout connus en Europe, en dehors de Michael Connelly, qui ne pouvait manquer de nous donner sa vision de la ville. Les nouvelles sont regroupées autour de quatre thématiques et forment un ensemble de qualité très homogène qui m’a apporté beaucoup de plaisir. Les auteurs ont vécu dans cette ville ou du moins la connaissent très bien. Nous la visitons à la fois géographiquement et sociologiquement. Les minorités ont une place intéressante dans ce recueil, nous rencontrons des immigrées coréennes, un Chinois, des Philippins etc. La population de cette immense cité n’est absolument pas homogène et un profond fossé sépare les différentes classes sociales. La ville est très diverse et après avoir terminé ce recueil j’ai vraiment eu l’impression d’avoir exploré tous ces quartiers, des plus riches aux plus pauvres.

Ces nouvelles sont très bien écrites, l’atmosphère est sombre, l’action ne manque pas et les chutes sont le plus souvent originales et intéressantes. Chaque auteur a une écriture et des préoccupations différentes, ce qui permet de découvrir dix-sept facettes de Los Angeles pour un plaisir dix sept fois renouvelé. J’ai trouvé que toutes ces nouvelles étaient intéressantes et je ne me suis jamais ennuyée une minute en lisant ce livre.

Un aspect intéressant de ce recueil est que huit auteurs sur les dix-sept sont des femmes, ce qui donnent une large place aux personnages féminins.

On est bien loin des paillettes de Hollywood, ce livre nous fait visiter l’envers du décor dans une ambiance très noire, c’est le monde des gangs, des trafics et du crime. J’ai eu grand plaisir à découvrir la face cachée de cette ville mythique si propice aux clichés et tous ces personnages si différents les uns des autres. Une très belle découverte pour moi.

Je vous mets une illustration qui n’a rien à voir avec le livre , et qui rappelle l’autre côté de Los Angeles, ville de rêve.

En Sibérie, de Colin Thubron

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Colin Thubron nous fait partager un voyage fantastique dans ce pays immense que l’on connaît si peu. Avant la chute de l’URSS, cette vaste contrée était interdite aux étrangers et dans notre imaginaire, les mots que l’on accole à Sibérie sont le grand froid et le goulag mais cet écrivain voyageur va nous faire découvrir bien plus sur ce vaste territoire, pas si désert que cela.

Le voyage commence à Iekaterinbourg, là où le dernier tsar et sa famille ont été fusillés pour s’achever aux confins de la Kolyma, qui fut un vaste camp de concentration. L’auteur est le premier étranger à pouvoir se promener librement à travers la Sibérie et il est fasciné par cette vaste étendue glacée qui couvre près du tiers de l’hémisphère nord. La nature est grandiose, les paysages magnifiques.

Thubron énumère différents lieux qu’il visite et nous raconte leur histoire. Ce livre est plein de références à l’histoire russe et à son histoire littéraire qui nous font découvrir ce pays que nous connaissons peu. L’auteur rencontre aussi des personnages étonnants, comme ce chasseur de rennes qu’il accompagne dans la taïga, il nous parle de deux princesses qui choisirent de suivre leur mari exilés par le tsar. Nous rencontrerons aussi un descendant de Raspoutine, un archéologue oublié de tous, le gardien d’un musée totalement vide qui attend en vain son salaire ou encore des vieux croyants ermites dans la taïga.

L’auteur connaît bien la région et témoigne d’une vive empathie pour ses habitants qu’il interroge avec chaleur, ce qui nous permet de faire connaissance avec ces personnes à l’avenir incertain. Il n’en est pas à son premier voyage sous ces cieux et constate avec amertume que la corruption et la misère sont omniprésentes. La crise est passée par là et la mafia a hérité du pouvoir autrefois exercé par le KGB, mais surtout la pauvreté du peuple est très grande. Les Sibériens sont certes des hommes libres, mais de quelle liberté s’agit-il quand on sait qu’autrefois les prisonniers mangeaient mieux que les citoyens libres d’aujourd’hui! Les personnes rencontrées sont très marquées par le communisme. Il faut dire que si ce livre n’a été traduit qu’en 2010 dans notre langue, le voyage de Thubron s’est déroulé moins de dix ans après la chute du Mur. Il parle aussi de l’alcoolisme qui est un problème chronique en Russie. Il nous montre un pays dévasté, mais en nous disant bien que ce n’est pas la nature, mais l’Homme qui a fait de la Sibérie un enfer.

Ce livre est aussi un voyage dans le passé et dans la culture de ces régions, notamment quand il nous parle des Scythes.

C’est un très beau et très riche livre que je vous recommande chaleureusement de découvrir, vous ne serez pas déçus, ce n’est pas par hasard qu’il a reçu le prix Nicolas Bouvier en 2010.

Gîtes, de Julio Cortazar

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Si vous aimez les histoires déroutantes, parfois sans queue ni tête, parfois fantastiques, vous allez être servis avec ce recueil de dix-huit nouvelles de Julio Cortazar.

Il est très difficile de trouver un thème commun à ces écrits. Certaines nouvelles racontent de petites histoires avec un début, un milieu et une fin, mais d’autres parlent de l’état d’esprit des protagonistes sans qu’il ne se passe rien, comme dans Autobus où une femme est angoissée parce qu’elle a l’impression que les autres passagers et le conducteur la dévisagent.

Le fantastique est souvent présent dans ces courts récits qui ne forment pas un ensemble homogène. Souvent le texte est ouvert et nous laisse le compléter à notre guise. Ainsi dans La promenade, un jeune garçon est envoyé en promenade par ses parents. Il prend le bus et traverse la ville. Le texte serait banal si l’enfant n’emmenait pas avec lui un mystérieux personnage ou un animal qui attire l’attention des autres voyageurs et qu’il rêve d’abandonner sur une place éloignée de chez lui. Le lecteur est laissé dans l’ignorance de qui est ce « il » dont il émane une vague sensation de danger ou de brutalité. Il s’agit peut être d’un frère handicapé mental ou d’un chien méchant ou de tout autre créature qu’il vous plaira. Ce non-dit donne toute sa force à un récit banal, car il ne se passe rien d’autre que la traversée de la ville en bus.

La mort est un thème récurrent de ces nouvelles, les morts reviennent souvent hanter les vivants et les emprisonner à leur insu. Nous découvrons aussi un bestiaire fantastique comme ce pull-pieuvre, un élevage de mancuspies ou ce tigre qui dévore un homme méchant que l’on soupçonne d’avoir abusé d’une petite fille.

Ce livre est impossible à résumer, car il nous dépeint un univers très éclaté. La plupart des nouvelles se situent en Argentine et plus précisément à Buenos Aires, mais quelques une se passent à Paris où Cortazar a vécu longtemps. Il est difficile de parler de ce livre, mais je vous invite à le découvrir et à vous plonger dans cet univers étrange et attirant. C’est une très belle découverte.

Le traumatisme en héritage, de Helen Epstein

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Helen Epstein, née à Prague en 1947 est juive et donc directement concernée par cet héritage de souffrance des hommes et des femmes rescapés de la Shoah. En qualité de journaliste, elle a rassemblé en miroir à son propre vécu les témoignages divers de ces  enfants  de parents juifs qui tous lui ont dit avoir absorbé l’attitude de leurs parents à l’égard de l’Allemagne et de la Shoah à travers une sorte d’osmose silencieuse. Ils n’avaient pas reçu d’instructions explicites sur ce qu’ils devaient ressentir mais avaient plutôt saisi au vol des remarques, des attitudes, des désirs, qui n’avaient jamais été verbalisés. De plus, ils s’étaient si intimement identifiés à leurs parents, que les attitudes parentales qui s’étaient forgées pendant la guerre étaient devenues les leurs. Ces enfants ont souvent vécu dans le silence de leurs parents sur le traumatisme, se sentant dans l’obligation de réussir leur vie et d’être heureux en l’honneur des tous ceux qui sont morts. Surtout ils ne doivent pas décevoir ou contrarier leurs parents qui ont déjà tellement souffert. Helen Epstein a recueilli ces témoignages durant plusieurs années. Cette enquête est devenue une référence, démontrant la transmission d’une histoire qu’on n’a pas vécue au sein de cette catastrophe humaine à grande échelle.

Il semble que tout cela nous est connu, et pourtant ces témoignages  nous parlent de vécus personnels qui nous touchent de manière nouvelle parce que l’actualité, si nous voulons bien l’entendre et la lire avec sérieux  et honnêteté, nous appelle toujours et encore à la vigilance, pour que l’horreur de cette Histoire ne se reproduise pas dans quelque lieu du monde.

Ce livre  a paru déjà en 1977 aux USA  où vit l’auteur. Il  est traduit aujourd’hui en français et porte à notre connaissance les analyses de Helen Epstein sur cet  escarre énorme  : parce qu’ autour de la blessure les tissus sont vivants mais à quel prix ? Selon la conférence d’un psychiatre israélien, en 1977 à l’école de médecine de l’Université de Stanford,  le traumatisme des camps de concentration nazis se rejoue dans la vie des enfants et même des petits-enfants des survivants des camps.    L ‘effet de la déshumanisation systématique se transmet d’une génération à la suivante à travers des troubles graves de la relation parents-enfants. La guérison est longue et demande bien des efforts de communication  face à des sentiments mélangés toujours présents en société, de réticence, de colère, de peine, de gêne, d’espoir et de force. Or nous savons que la guérison des uns sert à la guérison de tous.

Le courage d’écouter l’indicible protège contre la prétention et l’orgueil de ceux qui font l’histoire et qui oublient que dans ce monde nous sommes faits pour nous entendre et vivre en bonne intelligence au lieu de nous massacrer les uns les autres. J’encourage la lecture de ce livre plein de sensibilité et de pudeur, au vocabulaire sans excès et loin d’être larmoyant. Il nous donne de l’empathie pour toute souffrance et je l’espère plus d’humanité.