Le mystère Sherlock, de J.M. Erre

Chronique réalisée pour Les Chroniques de l’Imaginaire

Voici un petit polar qui, sans atteindre, et de loin, les sommets du genre vous fera passer un excellent moment. Et chose rare, il nous raconte peut-être non pas un crime parfait, mais toute une série. Sur la couverture, il est annoncé : Déjanté, vivifiant comme une rafale montagnarde » C’est un peu exagéré, mais ce polar est certainement plein d’humour, même si cela tourne parfois à la caricature.

A Meiringen (Suisse) se tient un colloque consacré à Sherlock Holmes dans le bien nommé hôtel Baker Street. Il doit permettre au Professeur Bobo de désigner le premier titulaire de la chaire d’holmésologie qui sera bientôt ouverte à la Sorbonne. Il réunit une brochette de spécialistes tous plus bizarres les uns que les autres, qui s’observent et se jalousent.

Dans la nuit du vendredi au samedi, le directeur s’en va parce que son fils qui devait venir le relever est injoignable. Il laisse sur place Audrey, la nouvelle serveuse assez cruche. Peu après son départ, une énorme avalanche recouvre l’hôtel, qui se trouve tout à coup enseveli sous la neige, privé de chauffage, d’eau chaude et d’électricité. Le roman commence le mardi quand les secours arrivent enfin sous la conduite du Capitaine Poséidon et de son second Flippo. Poséidon s’étonne de ne pas entendre les cris de joie des survivants. Comme la porte disparait dans un énorme tas de neige, il décide de la défoncer avec son camion de pompier… et écrase Oscar Lecoq, le seul survivant. Le commissaire Lestrade arrive aussi et dit à Poséidon qu’il vient de recevoir un appel au secours d’Oscar qui les attendait derrière la porte.

L’hôtel est désert et silencieux. les trois hommes retrouvent tous les congressistes et la serveuse morts dans la chambre froide. Lestrade lit tous leurs écrits pour reconstituer les faits. Il est aussi un fan de Sherlock et déduit  le scénario du drames à partir des écrits des défunts.

A travers eux nous assistons à ce colloque riche en révélations sur le célèbre détective. Au fil des pages, nous croiserons une drôle de paroissienne, un professeur cocaïnomane, une bimbo chef d’oeuvre de la chirurgie esthétique, une serveuse espionne, une marmotte tueuse, un doyen gâteux et quelques autres du même acabit dans un huis clos à la fois haineux et hilarant, les morts s’accumulant au fil des heures. Quelques scènes sont dignes du film Les visiteurs, l’humour de J.M. Erre  n’est pas toujours très subtil, mais dans l’ensemble c’est très amusant. En tous les cas les admirateurs de Sherlock Homes en prennent pour leur grade dans cette joyeuse comédie.

Le mystère Sherlock

Le lion, la sorcière blanche et l’armoire magique, de C.S. Lewis

Chronique réalisée pour les Chroniques de l’Imaginaire

Ce roman est le deuxième volet, et le plus connu de Le monde de Narnia. C’est aussi de loin le meilleur des sept livres qui composent cette oeuvre.

Peter, Edmund, Susan et Lucy sont envoyés chez un vieux professeur pour les vacances durant la dernière guerre pour les protéger des bombardements de Londres. Il habite une vieille et étrange maison perdue dans la campagne. Les enfants sont livrés à eux-mêmes et libres de faire ce qu’ils veulent. Un jour de pluie, ils visitent les recoins de la maison et Lucy a l’idée de se cacher dans l’armoire d’une chambre d’amis pour faire une farce aux autres. L’armoire est pleine de manteaux de fourrure sur deux rangs et derrière la petite fille découvre une forêt en hiver. Elle fait quelque pas dans la neige et se trouve devant un réverbère allumé. Lucy rencontre ensuite M.Tumnus, un faune qui l’emmène goûter chez lui. Il la met en garde contre un grand danger et la raccompagne au réverbère. A son retour, Lucy raconte son aventure à ses frères et sa soeur, mais comme il ne s’est pas écoulé de temps depuis qu’ils sont sortis de la chambre, ils ne la croient pas et cela devient un sujet de dispute entre eux.

Quelques jours plus tard, Lucy retourne à Narnia et trouve la maison de M. Tumnus dévastée, sans doute par la Sorcière, et aucune trace du faune. Edmund est un enfant méchant et mesquin. Il suit Lucy de loin et rencontre la Sorcière blanche qui le séduit avec des loukoums magiques. Il prend son parti contre celui d’Aslan et complote pour livrer ses frère et soeurs à la reine de Narnia.

Après quelques semaines, les quatre enfants se cachent une fois de plus dans l’armoire et partent explorer le pays dans lequel règne un éternel hiver, mais Aslan les attend et ils vivront de grandes aventures.

J’avais lu ce livre il y a plusieurs années et j’étais impatiente de le relire, mais je n’y ai pas retrouvé la magie d’autrefois. Sans doute parce qu’à force de lire, on devient plus critique. J’ai trouvé que le style avait mal vieilli, notamment le méta-langage avec lequel le narrateur commente parfois le déroulement de l’action ou les débuts de chapitres où il donne des explications inutiles, comme par exemple: « Et maintenant, allons voir ce que devient Edmund » etc. Mais il faut se rappeler que ce livre est destiné à de jeunes lecteurs bien moins exigeant sur le style. Les illustrations sont vieillottes aussi, on a vraiment l’impression d’être dans les années 1940 dans lesquelles le livre se déroule. Mais là encore, les illustrateurs de fantasy ont crée des mondes visuels tellement oniriques depuis que la comparaison ne plaide pas en faveur de ce livre.

On a beaucoup écrit sur les thèmes chrétiens présents dans ce roman et il est évident qu’Aslan est une figure christique, tandis qu’Edmund incarne le pécheur par excellence. Edmund est un traître et Aslan accepte de mourir à sa place. Son sacrifice vaincra la mort et Aslan ressuscitera (le lendemain toutefois et pas le troisième jour). D’ailleurs l’image du lion est une des représentations traditionnelles du Christ (Lion de Juda et Lion à l’Agneau).

Le style convient mieux à de jeunes lecteurs qu’à des adultes, car certaines lourdeurs sont dérangeantes, mais tout amateur de fantasy devrait lire une fois ou l’autre ce livre, écrit par un ami de Tolkien.

Le monde de Narnia

Confession d’un tueur à gages, de Ma Xiaoquan

Chronique réalisée pour Les Chroniques de l’Imaginaire.

Chu Xialong (Petit dragon) raconte sa courte mais intense vie depuis une cellule de prison. Il est né en Chine en 1976, dans un village. Il vit avec sa grand mère chiffonnière, il aimerait l’aider, mais elle refuse, elle tient à ce qu’il aille à l’école et étudie. Il est très bon en littérature et a gagné plusieurs fois le prix de rédaction de son collège, mais il a des difficultés en mathématiques. Un jour d’hiver, il rentre à la maison et trouve sa grand mère morte dans son lit. Il est désormais orphelin, il ne sait rien de ses parents et n’a personne sur qui compter. Il décide de gagner le chef lieu de la province.

Il doit se débrouiller tout seul alors qu’il n’a que seize ans. Il vole un poignard à un marchand et rencontre Hu Tou (Tête de tigre), un jeune de son âge membre d’un gang. Ils deviennent les meilleurs amis du monde et Chu Xialong, (souvent appelé Long) devient rapidement un délinquant redoutable. Comme il ne désire pas intégrer le gang pour garder son indépendance, il devient tueur à gage ou bourreau au service des gangs. Il dit avoir tué de très nombreuses personnes, mais il se veut un tueur avec des principes et ne tue que si la victime mérite d’être punie. Il raconte certains de ses crimes dans sa confession. Certaines scènes sont très violentes, en particulier un viol commis avec un bâton.

Long vit aussi un grand amour avec Su Li, une serveuse. Avec Hu Tou, elle devient la famille de substitution de Long.

Je ne peux pas entrer plus avant dans ce court récit pour ne pas déflorer le suspense. Il nous donne une vision noire, et sans doute très réaliste de la Chine au tournant du siècle. La vie humaine n’y a aucune valeur, que ce soit pour les criminels ou pour les dirigeants, du moins la vie des pauvres gens, la police est corrompue. Long est un tueur hyper violent, mais l’auteur arrive à nous le rendre sympathique et humain. On découvre au milieu du livre qu’il est avant tout une victime du système et il paiera très cher sa vengeance.

Ce petit livre est très prenant et on voit que malgré ses crimes, Long reste un homme qui rêve d’amour et de bonheur avec Su Li, même s’il la trompe souvent. La jeune fille lui permet de garder son humanité, elle est comme un rayon de soleil dans la noirceur de sa vie.

Ce texte a été publié dans une revue chinoise et a été en partie censuré. Cette traduction est la version non censurée, jamais publiée en Chine. C’est un très beau petit livre qui mérite d’être découvert.

Confession d'un tueur à gages

La ville rouge, de Paolo Roversi

Chronique réalisée pour les Chroniques de l’Imaginaire.

En 1958, des gangsters braquent un convoi de fonds à Milan dans un quartier populaire, le coup est effectué sans violence et selon un plan génial, il rapporte gros à ses auteurs. Les habitants de la via Ossopo profitent du spectacle, en particulier deux gamins, Antonio quatorze ans et le petit Roberto huit ans. Pour tous les deux ce jour est mémorable et ils se découvrent une vocation. Antonio décide dès lors de devenir policier, tandis que son jeune voisin choisit d’être plus tard un brigand encore plus doué que ceux qui ont braqué le fourgon.

Antonio a tout observé et fait part de son témoignage au célèbre commissaire Nicolosi, sans savoir qu’il sera plus tard son mentor. Roberto célèbre le braquage en allant libérer les tigres d’un cirque de passage dans le quartier, ce qui lui vaut de passer une nuit dans une maison de correction.

Nous suivons ensuite les deux destins parallèles de ces enfants jusqu’en 1972. Les deux n’ont pas le même poids dans le roman, si l’on suit de loin en loin la dérive criminelle de Roberto, le héros principal est bien Antonio Santi. Il devient policier contre l’avis de ses parents, ouvriers, qui rêvaient de le voir médecin ou avocat. Il commence sa carrière sous la direction du commissaire Nicolosi et poursuit les braqueurs. Après le départ de son mentor, muté à Côme, Antonio connaîtra des années difficiles.

Roberto lui monte lentement mais sûrement les échelons de la pègre locale, apprenant de ses ainés lors de ses séjours en maison de correction ou en prison.

L’autre héroïne principale du livre est la ville de Milan et on profite plus du roman quand on a la chance de connaître ce lieu. On a plus le sentiment de lire un documentaire sur le Milan des années 1960 au sens large ( de 1958 à 1972) qu’un polar. On suit l’évolution sociologique de ses habitants, des jeunes en particulier. Il ne s’agit pas d’un portrait romantique et nostalgique de cette période, mais plutôt une vision très sombre. Le boum économique ne profite pas aux plus pauvres, les ouvriers ont des salaires de misère et la contestation étudiante sombre dans la violence gratuite. Une bombe éclate fin 1969, annonçant l’ère des brigades rouges, juste esquissée dans le livre. Seule la pègre semble prospérer. Antonio n’a rien d’un superhéros et si son début de carrière est heureux et prometteur sous la tutelle de Nicolosi, la suite sera très difficile. Il grimpera les échelons mais sera vite désenchanté.

J’ai relevé deux points négatifs de ce livre: Premièrement une certaine confusion concernant les diverses bandes de gangsters qui sévissent à Milan. Il y a une foule de maffiosi divers et en dehors de la bande de Roberto, on est vite embrouillé et on ne sait plus qui a fait quoi et quel bandit est poursuivi par les policiers. Deuxièmement, Roversi emploie parfois un ton trop lyrique pour évoquer Milan ou Giorgio Scerbanenco à qui il veut rendre hommage. Ces passages au ton dithyrambique s’insèrent mal dans le récit, même s’ils sont destinés à le rendre plus dramatique et sont ennuyeux, heureusement il y en a peu et ils ne sont pas très longs. Dans tous les cas ils n’apportent rien au livre.

On est loin de l’ambiance peace and love et ce portrait désenchanté d’une jeunesse, et d’une ville, qui ont perdu leurs illusions est très intéressant. Cela nous change de la vison romantique des années soixante, c’est l’autre face, son côté noir.

La ville rouge

Le grand nez de Lilli Steinbeck, de Heinrich Steinfest

Chronique réalisée pour les Chroniques de l’Imaginaire

Ce polar au titre étrange est un régal, un met de choix pour tous les amateurs de polars déjantés et d’humour assez noir. Il y a bien quelques morts, mais rien n’est pris au tragique dans ce livre au ton léger. L’intrigue est aussi très originale, c’est vraiment un livre à découvrir d’urgence:

Geog Stransky est professeur de zoologie dans une université allemande, il est content de son travail, de sa famille et pense qu’il a une vie parfaite. Un soir pendant le repas une pomme traverse la fenêtre et vient rouler sous la table. Sa femme Viola la met au compost et tout rentre dans l’ordre. Georg ne voit pas les gamins qui ont lancé la pomme et les oublie vite. Une fois qu’il est couché, il reçoit un téléphone et une voix de femme lui ordonne de manger deux bouchées de la pomme sans quoi le poney de sa fille sera abattu. Il accepte mais le lendemain quand sa femme se réveille, il a disparu. Lilli Steinbeck et son supérieur Baby Hubner rencontre Viola qui affirme que son époux n’a aucune raison de partir et encore moins de manger une pomme sortie du compost. L’analyse révèlera que le fruit a été empoisonné par un puissant narcotique.

Lilli Steinbeck est une policière autrichienne qui exerce en Allemagne. Elle est bien plus futée que son chef, ce qui n’est pas très difficile. Elle est très élégante et séduisante. Seul son nez déformé dépare sa beauté parfaite, mais elle y tient et n’envisage pas une seconde de subir une intervention esthétique. Lilli fait le lien avec sept autres disparitions dans lesquelles on a aussi trouvé un fruit empoisonné, malheureusement on a retrouvé les cadavres de ces sept hommes, tous allemands dont le seul point commun est d’avoir séjourné à Athènes pour un motif professionnel. Les corps ont été retrouvé dans des contrées étrangères sans rapport avec leur vie passée.

Lilli espère retrouver Georg vivant et s’envole pour Athènes . Elle y rencontre un jeune policier prêt à tout pour l’aider, contrairement à son chef qui déteste les Allemands. Très rapidement Lilli prend part à une chasse à l’homme pour essayer de retrouver et sauver Georg.

Il s’agit d’un polar déjanté et plein d’humour qui nous fera rencontrer Batman, des dodos, une base martienne secrète, des tueurs, un bébé braillard et les dieux de l’Olympe, sans oublier quelques autres personnages originaux. Nous connaîtrons même les dessous de l’affaire du Raimbow Warrior. L’action et les rebondissements ne manqueront pas pour Lilli qui fera équipe avec un drôle de détective grec obèse et handicapé. Nous évoluons dans un monde plutôt surréaliste et tiré par les cheveux, avec un humour très décalé, mais d’un autre côté, il n’est pas exclu qu’une telle histoire soit possible, non pas en Allemagne, mais dans des pays où la vie des pauvres n’a aucune valeur et où des millionnaires excentriques pourraient imaginer et réaliser un jeu de ce genre en toute impunité. Et là c’est beaucoup moins drôle, ça fait juste froid dans le dos.

Un polar qui vous fera passer un excellent moment, à ne pas manquer, un des meilleurs que j’aie lu cette année.

Le grand nez de lilli

Deadline, de Liza Marklund

Chronique réalisée pour les Chroniques de l’Imaginaire

Je suis toujours partante pour découvrir un nouvel auteur de suspense suédois, et une fois de plus, je n’ai pas été déçue du tout. Ce thriller a pour cadre Stockholm, mais dans une situation fictive: Il se déroule en décembre, sept mois avant le début des Jeux olympiques d’été qui doivent se tenir dans la capitale suédoise. Cette ville a bien accueilli les Jeux en 1912, mais il est clair que le roman se passe de nos jours et pas il y a un siècle.

Une explosion a lieu de nuit au stade olympique qui est presque terminé. Annika Bengtzon est chef de la rubrique criminalité dans un grand journal du soir. Son informateur l’appelle à trois heures du matin pour l’informer de cet évènement dont on ne sait pas au début s’il s’agit d’un attentat islamiste ou écologiste. On suit de près le travail d’Annika et de ses collègues photographes, on assiste aux discussions et disputes qui secouent la rédaction. Annika peine à s’imposer dans son poste de chef et certains anciens lui manquent de respect. Les journalistes essaient de décrypter les informations données au compte-goutte par la police et mènent une enquête parallèle. La piste terroriste est vite abandonnée tandis qu’Annika s’interroge sur la victime, et les causes de sa mort.

Quelques jours après, une autre explosion ravage un deuxième complexe sportif.

Il est difficile d’en dire plus sans déflorer le suspense. Il s’agit d’un de ces thrillers ou polars suédois où l’action et les rebondissements ne se trouvent pas à chaque page, l’intrigue progresse assez lentement. Le personnage d’Annika est très travaillé et très vraisemblable. C’est une jeune femme d’aujourd’hui en qui on peut facilement se reconnaître. Elle n’est pas toujours sûre d’elle-même dans son travail, le doute la taraude, la méchanceté de certains collèges l’atteint de plein fouet. C’est aussi une épouse et une mère, et le quotidien n’est pas facile à gérer, chacun ayant un emploi à responsabilités, il faut jongler avec les horaires de la crèche, bref, Annika n’est pas une super woman, mais une femme d’aujourd’hui. Cet aspect de ce personnage le rend très intéressant et réaliste. Elle réfléchit aussi à l’éthique professionnelle.

Ce thriller  dans lequel les personnages prennent le temps de vivre vaut le détour. Même s’il n’y a pas un tourbillon d’actions et de rebondissements, le dénouement est tout à fait inattendu et j’étais bien loin d’avoir trouvé le coupable.

Deadline

La guerre des nains, de Danielle Thiéry

Chronique réalisée pour les Chroniques de l’Imaginaire.

Ce titre fait penser à de la fantasy mais il s’agit d’un polar, sans aucune note de fantasy, de fantastique ou de magie. Ce livre nous transporte dans une banlieue de Paris, imaginaire, mais très réaliste,  au milieu des années nonante.

Olive, Fil et Biboul sont trois adolescents des Acacias, un quartier plutôt bourgeois, du moins petit-bourgeois. Leurs parents sont professeurs. Leur sport favori est le paint-ball et le livre s’ouvre justement sur une partie acharnée qui oppose les Red Dragons des héros aux Bad Snakes d’un autre quartier. La partie se déroule dans les bois qui entourent un fort militaire désaffecté. Olive est frappé par un vrai tir, son ami Biboul est paniqué, mais pense qu’Olive fait semblant, qu’il a monté un canular pour se moquer de lui. Constatant qu’Olive est vraiment blessé, il va chercher on frère Fil, mais lorsqu’ils reviennent tous les deux, Olive n’est plus là. Les deux jeunes sont persuadés qu’il s’agit d’une farce. Le lendemain, Olive est introuvable et sa mère paniquée. Elle harcèle le commissaire Le Guennec pour qu’ils entreprennent des recherches, mais il lui dit qu’il s’agit sûrement d’une fugue, qu’Olive à dix-sept ans n’est plus considéré comme un enfant disparu et que son cas n’est pas prioritaire.

Le commissaire est un vieil ours mal léché et bourru qui porte un lourd secret : Il a perdu sa femme et son fils dans un accident de voiture dix ans plus tôt, dont il est en bonne partie responsable. Il n’arrive pas à faire son deuil et depuis il vit comme un sauvage, fume, boit et ne pense qu’à son travail. Il a d’ailleurs fort à faire pour surveiller le quartier de la Dame Blanche, une cité toujours prête à s’enflammer, il sent le feu couver sous la cendre. Fil et Biboul sont au courant de quelque chose, mais refusent d’en parler. Jeanne Tourville, la mère d’Olivier continue à harceler le commissaire comme son fils n’est toujours pas revenu au bout de trois jours. Pour avoir la paix, il va la voir et interroge les autres jeunes du groupe, il sent bien qu’il y a anguille sous roche, mais pour lui ce n’est pas une priorité, d’ailleurs le commissariat vient d’appeler au secours après avoir été attaqué par des loubards.

Ce roman est plein d’action, de rebondissement et de personnages truculents. On ne s’y ennuie pas une minute et c’est une lecture vraiment plaisante. L’auteur, elle-même commissaire, insiste dans la préface que ce livre a été écrit il y a environ vingt ans et c’est important car les personnages paraissent un peu stéréotypés aujourd’hui. Il y a le policier désespéré qui va retrouver l’envie de vivre, le jeune flic manipulé à son insu, les loubards des cités, les très méchants islamistes et le gentil Arabe, qui se révèlera bien moins innocent qu’il n’en a l’air. Un autre point faible du livre est le happy end final. Si la noirceur de la cité semble très réaliste, la fin l’est moins. Tout à coup on se retrouve transporté dans le meilleur des mondes où les gentils triomphent et surtout où tous les méchants seront punis comme ils le méritent.

En dehors de cela, l’intrigue est intéressante et très bien ficelée, c’est un polar dans lequel on n’a pas le temps de s’ennuyer.

La guerre des nains

 

Sur le fil du rasoir, d’Oliver Harris

Chronique réalisée pour les Chroniques de l’Imaginaire.

Voici un polar qui nous entraîne dans les bas fonds de la finance londonienne et de la corruption. Au début du roman, Nick Belsey se réveille dans un jardin public un matin de février, sur le parking une voiture de patrouille est défoncée. Nick ne sait plus trop ce qui s’est passé. Depuis quelques temps, il est à la dérive. C’est un flic alcoolique, lassé de son métier et surendetté. Il vient de se faire expulser de sa chambre pour cause de loyer impayé, Il n’a même plus un toit sur la tête et ne sait plus ce qu’il a fait au cours de sa dernière soirée arrosée, mais il sent qu’il est à la veille de perdre son travail de flic. Il aimerait sortir de cette situation mais n’en a pas la force. Il s’attend toutefois à avoir de graves problèmes pour ses exploits de la nuit, ce qui ne manque pas d’arriver : Il est convoqué le lendemain par la police des polices.

En attendant, la vie continue et il reçoit un appel lui signalant la disparition d’un milliardaire russe, Alexei Devereux. Normalement les disparitions d’adultes ne sont pas traitées si rapidement, mais comme il s’agit d’une personnalité, Nick se rend chez lui pour voir ce qui se passe. Il trouve une lettre indiquant un suicide, mais aucune trace du corps. La maison est magnifique, située dans un quartier très huppé et Nick est ébloui par tout ce luxe. Durant la journée il trouve diverses petites combines pour se faire payer des verres, quand il ne vole pas carrément du whisky et de la nourriture, n’ayant pratiquement plus un sous en poche. Le soir venu, comme il n’a nul endroit où dormir, il retourne chez le Russe et passe la nuit sur son canapé. Peu à peu, Nick décide de voler l’identité d’Alexei, il utilise sa Porsche Cayenne, essaie sa carte de crédit. Le lendemain soir il trouve le corps dans la chambre forte.Nick décide de vider son compte et de s’enfuir de Londres, mais son projet est difficile à mettre en oeuvre, il doit activer divers réseaux pas nets du tout qu’il fréquente.

La vie d’Alexei semble dangereuse et un tueur professionnel élimine ses proches. Nick enquête sur le Russe pour mieux l’escroquer, mais il n’est pas seul sur le coup et doit prendre les plus grandes précautions. Il tombe aussi amoureux d’une journaliste qui enquête sur les magouilles de la City.

Un polar qui suit un rythme progressif. Le début n’est pas très accrocheur, Nick est un flic aux abois prêt à toutes les combines pour boire un verre gratis ou manger sur le compte d’autrui, de plus il n’est pas très sympathique. Le rythme accélère progressivement durant la première moitié du livre pour atteindre un pic: l’histoire se complique, d’autres personnages font leur apparition et Nick doit redoubler de prudence et de ruse face à un adversaire déterminé et plus compétent que lui en matière d’escroquerie.

Ce livre nous entraîne dans les bas fonds de la finance et de la corruption, avec des flics plus véreux les uns que les autres. Il est vraiment très dense, d’une écriture serrée. Même si la deuxième moitié est pleine d’action, de rebondissement et de suspense, ce n’est pas un livre vite lu. Londres est aussi un personnage du livre et comme je ne connais pas du tout celle ville, je pense avoir perdu quelque chose.

Sur le fil du rasoir

Meurtre à la sauce cajun, de Robert Crais

Chronique réalisée pour les Chroniques de l’Imaginaire.

Un gros coup de coeur pour ce thriller qui a vraiment tout pour plaire : de l’humour, de l’action et même de l’amour, le tout à cent à l’heure, sans temps mort, ni baisse de régime, un de ces livres qu’on aimerait lire d’une seule traite jusqu’à une heure indécente. Etant une dévoreuse de polars et de thrillers un rien compulsive, j’ai vraiment matière à comparaison et celui-ci mérite d’être classé tout en haut du hit-parade.

C’est avec un immense plaisir que j’ai découvert cette nouvelle aventure de Joe Pike et d’Elvis Cole, les deux détectives de Los Angeles. Elvis est chargé par Jodi Taylor de retrouver la trace de ses parents naturels pour connaître ses antécédents médicaux. Jodi est la vedette d’une série qui met en scène la classe moyenne américaine. Elle y incarne une mère de famille de quatre enfants qui chante le week end dans un bar en espérant devenir une vedette de la chanson. Accompagnée de son manager Sid, Jodi précise bien à Elvis qu’elle ne désire pas rencontrer ses parents naturels, mais juste connaître ses risques médicaux. Sid lui fait jurer le plus grand secret et la plus grande discrétion, points sur lesquels Jodi insiste également. Elle a déjà dit qu’elle avait été adoptée et qu’elle considère ses parents adoptifs comme sa vraie famille, mais elle ne veut pas que la presse fouille dans sa vie privée. Elle lui donne les coordonnées de Maître Chenier, une avocate de Baton Rouge spécialisée dans les adoptions et Elvis s’envole pour la Louisiane.

A son arrivée, Lucy Chenier lui apprend que le dossier est scellé et ne peut être consulté aux archives de l’Etat, Elvis doit donc mener une enquête non officielle. Il s’aperçoit bien vite qu’il n’est pas seul sur ce dossier et un détective privé de la place semble avoir déjà quelques longueurs d’avance sur lui. Il ne faut que quelques jours à Elvis pour tomber sous le charme de Lucy et comprendre qu’il ne s’agit pas de retrouver des antécédents médicaux. Jodi et Sid se sont moqué de lui, il s’agit d’une affaire bien plus grave. Ayant involontairement provoqué la mort de son concurrent en parlant trop, Elvis revient à Los Angeles et menace Jodi de tout révéler, la tenant pour responsable de la mort du détective par ses mensonges. Il est bien décidé à faire éclater la vérité quoi qu’en pense Jodi.

Je ne peux pas vous en dire plus pour ne pas déflorer le suspense de cet excellent thriller, ce qui vous gâcherait le plaisir. Contrairement à ce qu’on pourrait déduire du titre original Voodoo River, ce n’est pas la Louisiane côté vaudou que nous découvrons dans ce livre, mais celle des vieux crimes racistes et de la traite d’êtres humains sur lesquels les autorités ont trop longtemps fermé les yeux.  D’autres thèmes du livre: la quête d’identité, la lâcheté, l’amour et quelques autres travers humains. Des ingrédients qui ont servi à composer un excellent thriller qu’il serait dommage de manquer.

Meurtre à la sauce cajun

Chamamé, de Leonardo Oyola

Chronique réalisée pour les Chroniques de l’Imaginaire.

Leonardo Oyola nous embarque pour un road movie sanglant en Argentine, dans la zone de la triple frontière, celle de l’Argentine, du Brésil et du Paraguay. Il ne s’agit pas à proprement parler d’un polar, mais plutôt d’un roman noir, vraiment très noir:

Pasteur Noé et Perro sont deux pirates de la route ultra violents, en particulier Pasteur Noé. C’est un drôle de pasteur en fait, il a jeté celui de la prison en bas du toit et a pris sa place après s’être auto proclamé. D’ailleurs rien ne dit que sa victime était un ecclésisastique plus convenable que lui. Il parle sans cesse de Dieu et affirme qu’Il lui parle, ce qui ne l’empêche pas d’être un assassin sanguinaire, cruel et surtout complètement fou. Son complice et ami est Perro, un beau gosse surdoué dans la conduite. Ils kidnappent une jeune fille et sa domestique, le père paie la rançon rubis sur l’ongle, mais tout dérape: Pasteur Noé décide de garder tout le butin pour lui et les deux otages meurent. Perro se lance à sa poursuite dans la pampa avant que son complice n’atteigne la triple frontière.

En fait l’histoire ne se déroule pas de manière si linéaire, la temporalité est complètement brouillée. Le personnage principal et narrateur est Perro et le récit fait des allers-retours incessants entre le présent et les flash back dans lesquels il raconte son histoire. Le temps semble ramassé et on a l’impression que tous les évènements sont très proches, alors qu’on comprend à la fin qu’il s’écoule plusieurs années depuis les scènes de violence vécues en prison et la chasse à l’homme entreprise par Perro. Le récit semble le plus souvent très embrouillé. Si Pasteur Noé n’est pas bien sympathique, on comprend que ces hommes ont vécu dans le milieu de la délinquance depuis leur plus jeune âge et n’ont pas vraiment pu s’en sortir. Toutefois Perro sait qu’il a eu sa chance avec Julia, qu’il a aimée et continue à aimer, mais il n’a pas eu le courage et la force de devenir un petit paysan pauvre, il a préféré l’adrénaline et l’argent facile. C’est ce qui rend ce roman si noir, les personnages sont englués dans un destin dont ils ne peuvent sortir. Même s’il est un assassin qui relève du grand banditisme, Perro reste un personnage finalement sympathique et attachant, il n’a pas perdu toute son humanité, contrairement au Pasteur Noé.

Au niveau du style, ce livre n’est pas très agréable à lire, il est écrit dans une langue crue et argotique. Je me doute bien que des voyous ne parlent pas à l’imparfait du subjonctif, du moins pas ce style de voyous (on n’est vraiment pas dans le monde huppé de la haute finance et des délits qui vont avec !), mais quand même, je n’apprécie pas du tout ce langage souvent très vulgaire. Les héros se réfèrent sans cesse à des chansons de Bon Jovi, de Guns N Rosies et d’autres groupes de rock ou de hard rock et l’auteur nous gratifie de larges extraits de ces chansons, qui sont souvent aussi peu raffinées que le reste du texte. Les autres références culturelles des personnages sont centrées sur des séries américaines anciennes et des dessins animés japonais. D’ailleurs Noé dans sa folie confond les paroles de Dieu et celles des chansons. Rien de tout cela ne fait partie de mon univers culturel et j’avoue que je n’aurais pas dépassé dix pages de ce livre si je n’y avais pas été obligée.  Au final, j’ai apprécié le personnage de Perro, dont l’humanité émerge peu à peu dans ce déluge de violence, mais la langue du texte est pour moi un défaut rédhibitoire, même si je comprends sans peine l’intention de l’auteur. Je ne suis pas sûre qu’il soit indispensable d’être si vulgaire pour évoquer le monde de la délinquance.

Chamamé