Le baiser de Judas, d’ Anna Grue

Chronique réalisée pour les Chroniques de l’Imaginaire

Nous retrouvons avec plaisir Dan Sommerdahl, un ex designer dépressif reconverti en détective pour le deuxième volet de ses aventures.

Tout d’abord le cadavre d’un jeune homme est découvert dans une cabane de jardin de la ville danoise imaginaire de Christiansund, qui pourrait se situer n’importe où au Danemark ou même en Europe. La victime appartenait à une secte dissidente des Témoins de Jéhovah et le crime est peut être rituel. L’enquête  confiée au commissaire Flemming Thorp, l’ami d’enfance de Dan  avance lentement.

Dans le même temps, Ursula, la professeure de dessin de la fille de Dan fait une tentative de suicide. En effet, depuis quatre mois et quelques, elle vivait le parfait amour avec un jeune homme de vingt cinq ans son cadet, qui s’est avéré être un gigolo sans scrupule et non un prince charmant. Il est parti avec le pactole qu’Ursula avait gagné à l’Euromillions. Elle  demande à Dan de retrouver cet escroc. Il se lance sur ses traces en France, puis jusqu’en Inde. Sa femme l’aide dans son enquête, qui rejoint celle menée par son ami Flemming.

C’est un excellent polar, très original et encore meilleur que le premier volet des aventures de Dan, car son personnage s’affirme et l’humour est très présent dans ce roman. Par exemple, c’est un hérisson qui trouve le cadavre en premier. On est à des années lumières des polars américains très violents et sanglants. Dan est un homme tout à fait ordinaire, avec une vie de famille normale, il ne boit pas et vit normalement. Anna Grue ne veut pas nous raconter des histoires extraordinaires, mais plutôt nous emmener dans la société contemporaine pour y réfléchir.

Ursula n’est pas la seule victime de son jeune amant et c’est l’occasion d’un portrait sans complaisance d’une société rongée par la solitude et d’une bourgeoisie marquée par le poids de la culpabilité, de la religion et de l’austérité protestante. Les sectes et la manipulation mentale subie par leurs adeptes sont aussi parmi les thèmes de cette histoire. Et finalement Dan aura une compassion certaine pour le jeune homme qu’il recherche. C’est un personnage très humain et totalement dépourvu du cynisme si souvent présent chez ses collègues américains.

Les personnages sont attachants, le suspense est bien préservé dans un récit riche en rebondissements. Et même si la fin paraît un peu tirée par les cheveux, vu les multiples coïncidences qui facilitent le travail des deux enquêteurs, ce livre m’a fait passé un très bon moment.

Le baiser de judas

Coyotes, de Robert Crais

Chronique réalisée pour les Chroniques de l’Imaginaire.

Les coyotes, ce sont les trafiquants d’êtres humains qui font passer des clandestins du Mexique aux USA et c’est dans cet univers que se déroule le dernier épisode des aventures d’Elvis Cole et de son ami Joe Pike.

Ce roman est bâti de façon originale quant à sa structure temporelle. Certains évènements sont annoncés à l’avance. Elvis Cole est engagé par Nita Moralès, une femme chef d’entreprise de Californie pour retrouver sa fille Krista. Nita pense que la jeune fille s’est enfuie avec son petit ami Jack pour se marier à Las Vegas. Elle considère Jack comme un raté et elle est très contrariée de l’amour que sa fille lui porte. Lorsque Krista lui a demandé cinq cents dollars en mauvais anglais avec un accent mexicain qui n’est pas le sien, sa mère est confortée dans l’idée d’une arnaque minable mise au point par Jack.

Elvis enquête et comprend vite qu’il a dû se passer quelque chose de plus grave qu’une fugue d’amoureux. Il appelle son ami Joe Pike à la rescousse et Joe découvre que Krista et Jack ont été enlevé par des badjadores,  des bandits qui enlèvent les clandestins transportés par les coyotes pour les rançonner. Ils les gardent en vie tant que leurs familles paient et les tuent ensuite, abandonnant leur corps dans le désert. Ils ne relâchent jamais leurs otages et les deux détectives mettent sur pied un plan audacieux pour les débusquer dans le désert.

L’humour est moins présent dans cet épisode où la situation est très tendue tout au long du roman, qui est très prenant. L’histoire est aussi moins légère, il n’y a pas de conquête féminine pour Elvis, contrairement à ses habitudes.

Cette histoire est inspirée de faits réels et la misère de ces clandestins est très bien décrite, on se sent au coeur de l’action. Et l’action ne manque pas dans ce roman qui met en scène des maffieux mexicains et coréens infiltrés par Cole et poursuivis par les forces spéciales.

Comme tous les livres de Crais, un bon thriller sans temps morts et dans lequel on ne s’ennuie jamais.

Coyotes

La demeure éternelle, de William Gay

Chronique réalisée pour les Chroniques de l’Imaginaire

C’est un étrange roman noir dont je ne sais pas s’il faut le classer en thriller ou en inclassable, il est assez atypique et nous donne un nouvel éclairage sur le monde des blancs pauvres et ruraux du Sud des USA dans les années dix neuf cent quarante. C’est une pierre de plus au monument érigé par Steinbeck et Caldwell.

Dans le prologue, nous assistons au meurtre de Nathan Winer par son voisin Dallas Hardin en 1933. Ce dernier est un distillateur de wiskey clandestin, il représente le mal absolu, il commet plusieurs meurtres, mais arrive toujours à s’en sortir. Un gouffre est apparu sur les terres qu’il a volées à Thomas Hovington, sans qu’on sache pourquoi, il s’agit sans doute d’un phénomène géologique. Ce gouffre est toutefois bien pratique pour cacher les cadavres. Nul ne reverra Winer et sa femme croira qu’il est parti.

Le roman commence dix ans après, Nathan Winer fils est devenu adolescent, il vit seul avec sa mère et ne croit pas que son père les a abandonnés, il espère le voir revenir un jour. Ils sont très pauvres et Nathan travaille chez un éleveur de poulets original et lunatique. Il a pour ami un vieux voisin William Tell Oliver qui le soutient et avec qui il a des échanges importants. Hodge est un autre ami, un peu plus âgé que lui, marginal, alcoolique  et fou de voiture.

Dans la première partie, il ne se passe pas grand chose, le décor est lourdement et longuement planté. On suit la vie de ces personnages marginaux, chacun suivant son chemin. Dans la deuxième partie, qui raconte la fin de l’année quarante-trois et le début de la suivante, il y a un peu plus d’action. Hardin devient de plus en plus méchant et la confrontation avec le jeune Winer devient inévitable.

La fin est très surprenante et aussi très triste, on est dans un monde noir, sans illusion et sans espoir, en particulier pour les jeunes héros comme Hodge, Winer et Rose. Il ne se passe finalement pas grand chose dans ce livre, c’est surtout un roman d’ambiance assez désespéré.

Le personnage d’Oliver est le seul être lumineux du livre, même s’il a aussi sa part d’ombre. Son nom étant l’équivalent anglais de Guillaume Tell, je me suis dit qu’on peut y voir un symbole. Il sera en effet un libérateur, même si cela ne débouche pas sur un résultat concret.

Le point fort du livre est sa langue très poétique et très riche, le vocabulaire est magnifique, soigné, rare et relevé ; et je suppose que cela n’est pas dû à la seule traduction. Au final, je suis incapable de savoir si j’ai aimé ou non ce livre, le manque d’action m’a dérangée, mais la peinture de ce milieu de pauvres paysans du sud américain ne m’a pas laissée indifférente. C’est le roman d’une Amérique triste, corrompue et profondément injuste, à des années lumière d’un pays de rêve.

La demeure éternelle

Les joyaux du paradis, de Donna Leon

Chronique réalisée pour les chroniques de l’Imaginaire

Donna Leon a délaissé son héros, le commissaire Brunetti le temps de ce polar historique. Le résultat est hélas peu convaincant pour les fans du commissaire. L’auteure est passionnée de musique baroque et elle désirait faire connaître le compositeur Agostino Steffani (1654-1728), tout comme Cecillia Bartoli, qui lui a consacré un disque tandis que Donna Leon en  a fait un héros de polar. Ceci est une excellente initiative de ces deux artistes et c’est très dommage que le livre ne soit pas aussi bon que ceux consacrés au commissaire Brunetti, dont les supporters risquent d’être bien déçus.

L’héroïne du livre est Caterina Pellegrnini, une musicologue et chercheuse vénitienne, chargée par un avocat charmant de retrouver le testament du compositeur Steffani. Caterina nous parle de sa famille et en particulier de sa soeur, une chercheuse qui a pris le voile et qui va l’aider dans cette enqête.

Le testament, s’il existe, se trouve dans deux vieilles malles du dix-septième siècle, jamais ouvertes depuis et qui viennent de réapparaître. Il s’agit d’une intrigue de bibliothèque, Caterina étant chargée de déchiffrer ces vieux papiers consacrés au compositeur, nous suivons ses recherches.

Steffani n’était pas seulement compositeur, mais aussi évêque diplomate. Il s’était donné pour mission de ramener les princes protestants au catholicisme. Il vit en Allemagne de 1667 à 1728 et trempe dans le meurtre d’un prince allemand, Caterina enquête sur ce point, entre autre.

Ce livre n’est pas désagréable à lire en soi, et de loin pas. Il est même plutôt plaisant. Mais il souffre cruellement de la comparaison avec les polars mettant en scène le commissaire Brunetti. Ici les personnages sont assez plats et il se dégage une impression d’inachevé, ou que l’auteure aurait pu faire mieux.

C’est un roman, vite lu et sans doute vite oublié qui ne tient pas ses promesses. Vivement la nouvelle enquête de Brunetti!

Les joyaux du paradis

Je sais qui tu es, de Yrsa Sigurdardottir

Chronique réalisée pour Les Chroniques de l’Imaginaire

Nous suivons deux groupes de protagonistes dans des chapitres alternés et découpés avec art, toujours au moment où le suspense est à son comble, ce qui est un bon moyen de tenir le lecteur en alerte. Le premier groupe est composé d’un couple, Gardar et Katrin accompagnés de leur amie Lif, veuve depuis trois ans. Einar, le mari de Lif était le meilleur ami de Gardar. Les deux hommes rêvaient d’acheter une maison dans les fjords, de la retaper et d’en faire une maison d’hôtes, Einar est mort d’une crise cardiaque avant d’avoir pu finaliser le projet. Aussi les trois amis survivants décident-ils d’aller jusqu’au bout de cette idée. Ils acquièrent une maison délabrées dans un village abandonné depuis soixante ans et transformé en zone de résidences secondaires. Si Lif et Gardar sont très enthousiasmés par leur projet, Katrin est plus réticente et plus réaliste sur les difficultés qui les attendent. Ils débarquent un jour d’automne dans le village abandonné, déposés au port par un bateau. Ils transportent tout leur matériel jusqu’à la maison. Le capitaine viendra les rechercher une semaine plus tard, ils les a prévenus qu’ils seront tout seuls, leur a donné les clés d’une maison terminée au cas où ils voudraient aller y dormir et les avertit que la maison a mauvaise réputation sans entrer dans les détails.

La maison est très abîmée, le précédant propriétaire a disparu trois ans plus tôt et il n’a pas beaucoup avancé les travaux. Les trois amis sont des urbains, pas très doués pour le bricolage et les tensions se font vite sentir entre eux. De plus des évènements inquiétants se produisent dans la maison, une présence maléfique semble rôder, un enfant qui les effraie de plus en plus.

L’autre groupe est constitué de Dagny, une femme policier et Freyr un psychiatre qui l’aide dans ses enquêtes. Le fils de Freyr, Benni, a disparu sans laisser de trace trois ans plus tôt, à l’âge de cinq ans. Les parents n’ont pas résisté au choc et ont divorcé. Sara, la mère essaie de retrouver son fils par tous les moyens, surtout surtout irrationnels. Elle est sûre que Benni l’appelle au secours depuis un endroit terrible. Freyr est un scientifique et ne croit pas à une telle conviction qui relève pour lui de la maladie mentale et de l’hallucination.  Il a quitté la capitale et a pris un poste dans une petite ville de la zone des fjords pour changer de vie et faire son deuil tranquillement. Il est persuadé de la mort de son fils même si le corps est resté introuvable. Dagny l’appelle dans une école maternelle vandalisée, pour évaluer si le coupable est un malade mental. Il doit ensuite examiner le dossier d’une femme qui vient de se suicider dans une église. Il apprend par un de ses patients, un vieil instituteur que l’école a déjà été vandalisée il y a soixante ans. Par curiosité, Freyr et Dagny comparent le dossier des deux affaires et à leur grande surprise, les photos des deux affaires sont semblables. D’autres coïncidences étranges se produisent.

Et nous voici entraînés dans un superbe polar qui fait la part belle au fantastique. Le suspense ne se relâche jamais et il est très prenant. Il m’arrive très rarement d’avoir peur en lisant un livre, mais avec celui-ci c’est le cas, on est vraiment pris dans une ambiance très inquiétante. Et si les fantômes jouent un rôle important dans l’intrigue, l’auteure n’a pas pour autant oublié le facteur humain avec des personnages très travaillés et réalistes. Les relations entre eux sont bien analysées et convaincantes.

Un magnifique polar à mettre sur la liste du Père Noël.

Je sais qui tu es

 

Mauvais garçons, de Linwood Barclay

Chronique réalisée pour Les Chroniques de l’Imaginaire

Zack Walker est devenu journaliste, il travaille au Metropolitan sous la houlette de sa femme Sarah, qui est aussi sa cheffe. Avant il était homme au foyer et écrivain de SF, mais ses romans n’ont pas rencontré le succès escompté. Il est désormais reporter.

Il écrit un article sur une série de cambriolage réalisé avec une voiture bélier dans les boutiques de confections de luxe de la ville. Pour cela il partage une nuit de planque avec Lawrence, un ancien policier devenu détective privé. La première nuit, il ne se passe pas grand chose.

Mais le plus important dans la vie de Zack est son angoisse chronique pour sa famille, en particulier pour ses enfants Paul et Angie, deux adolescents. Il surveille constamment sa fille, ce qui nuit souvent à leur relation, il se mêle en particulier de ses histoires amoureuses, ce qui n’est vraiment pas du goût d’Angie. Là elle se fait harceler par Trevor, qui la suit sans cesse, l’appelle sur son portable et lui fait de grandes déclarations. Zack attrape le jeune homme et le somme de s’expliquer. Il lui explique qu’il a perdu son chien Morphée et qu’il le traque avec un dispositif électronique.

Angie veut une voiture pour aller à la fac aussi Lawrence emmène-til Zack dans une vente aux enchères de véhicules saisis par la police. A partir de ce moment là, l’action se précipite.

Voici un thriller très léger, je pense que le public visé est celui des lecteurs adultes, vu la collection dans laquelle il est édité, mais je le destinerais plutôt à un public adolescent. En effet le relation de Zack avec ses enfants de seize et dix-huit ans est au centre du récit. Cet univers est peu élaboré, ça se passe dans une ville quelconque d’Amérique du nord (Canada ou USA), les personnages sont à peine ébauchés ou trop caricaturaux (comme le chef de la pègre locale qui collectionne les Barbies). J’ai vraiment eu l’impression de me promener dans une série destinée à des adolescents. L’action est prévisible et je n’ai jamais été surprise le moins du monde, sauf par le dernier retournement de situation concernant l’un des personnages. Les méchants semblent être sortis tout droit d’un dessin animé et la couverture du livre avec cette tache de sang qui ressemble à de la peinture tandis que les pistolets sont des jouets illustre bien le côté très Club des cinq de ce thriller.

Ceci dit, malgré cet aspect très soft, ce roman est agréable à lire, même si on aurait voulu un univers moins carton-pâte. Il y a beaucoup d’humour et cette lecture est amusante. Vu le succès et la réputation planétaires de cet auteur, je m’attendais à quelque chose de plus abouti. J’ai passé un bon moment, mais je recommande ce roman à des jeunes ou à des personnes peu familières de l’univers du polar, ou craintives, on peut le lire à minuit au coin d’un bois sans avoir peur. Les personnes passionnées de ce genre et habituées à des univers élaborés, réalistes et très noirs devront l’éviter.

Mauvais garçons

La belle endormie, de Jeffery Deaver

Kathryn Dance est une spécialiste du langage corporel qui travaille pour le FBI. Elle est experte pour détecter le mensonge en particulier.Elle est veuve et a deux enfants. Son mari, qui était aussi policier a été tué en service quelques années plus tôt. Elle vit dans une belle maison au bord de la mer en Californie et essaie de protéger sa vie de famille.

Daniel Pell, un tueur en série surnommé le fils de Manson demande à la rencontrer car il a des révélations qu’il ne veut faire qu’à Kathryn. Il purge une peine de prison à perpétuité. Il ne révèle pas grand chose à Kathryn, mais profite de son transfert pour s’évader avec l’aide d’une jeune femme qu’il a séduite à l’extérieur. C’est une jeune fille naïve qui a correspondu avec lui, elle est serveuse, pas très jolie et Daniel la manipule facilement. Il affirme être innocent et lui promet monts et merveilles, avec le Grand Amour par dessus le marché. Il n’en faut pas plus pour qu’elle l’aide à s’évader.

A son retour au bureau, Kathryn apprend que Daniel s’est enfui juste après leur entretien avec l’aide d’une complice et qu’ils n’ont pas hésité à abattre un jeune policier stagiaire de l’équipe de Kathryn. Le gouverneur et le chef de l’antenne locale du FBI sont sur les dents, car Daniel n’hésite pas à tuer tous ceux qui se dressent sur son chemin. Surtout Kathryn craint qu’il essaie de trouver Térésa qui a survécu au massacre de toute sa famille par Daniel car elle dormait cachée parmi ses poupées lors de la tuerie dix ans plus tôt.

Le supérieur de Kathryn décide de lui adjoindre un collègue venu d’un autre Etat, spécialiste des sectes et des affaires de drogue pour l’aider dans sa traque du tueur qui trace une route sanglante depuis son évasion. Kathryn essaie de contacter Térésa, mais elle vit protégée par sa tante et refuse tout contact avec le passé tragique de sa famille. Kathryn ne tarde pas à tomber sous le charme de son nouveau collègue, ce qui lui réservera aussi une bien mauvaise surprise.

Ce roman nous emporte de rebondissements en rebondissements dans une chasse à l’homme et une enquête haletante qui nous réserve plus d’une surprise.

Deaver commence une nouvelle série, qu’il alternera avec les aventures de Lincoln Ryme. Ce premier tome est très bien, et on peut espérer que Kathryn soit l’héroïne d’une série aussi captivante que l’autre. Notons que sa première apparition a eu lieu en tant que consultante dans un roman de l’autre série.

la belle endormie