Le monogramme de perles, de Joséphine Tey

Chronique réalisée pour Les Chroniques de l’Imaginaire

Les éditions 10 18 et leur excellente (fabuleuse, merveilleuse….) collection Grands Détectives ont eu la très bonne idée de nous faire redécouvrir Josephine Tey (1896-1952), une romancière écossaise qui a écrit  de nombreux livres sous différents pseudonymes masculins, car à l’époque il était sans doute difficile pour une femme d’écrire des romans policiers.

Nous sommes en 1929, à Londres,  et la chanteuse Ray Marcable donne un dernier spectacle en Angleterre avant de partir aux USA où elle a décroché un gros contrat. C’est une vedette très appréciée et ce dernier concert attire la foule, qui fait la queue à l’entrée de la salle. Un homme s’effondre dans la file d’attente, on croit d’abord qu’il est victime d’un malaise, mais on s’aperçoit vite qu’il a été poignardé.

C’est ainsi que débute la première enquête de l’inspecteur Alan Grant de Scotland Yard et elle s’annonce difficile. Même si le meurtre a eu lieu en public, personne n’a rien vu ou ne se souvient de rien. La première difficulté consiste à établir l’identité du mort qui semble un un parfait inconnu. Grant enquête tous azimuts, rencontre Ray Marcable dont il est un admirateur, mais la chanteuse ne sait rien de la victime. L’arme du crime étant un poignard espagnol, le policier soupçonne un Italien, puis un serveur français et quelques autres. Grant nous balade ainsi dans le Londres pittoresque des années vingt, époque encore insouciante, mais déjà marquée par la crise économique et aussi par le souvenir de la Grande guerre. Grant remonte plusieurs fausses pistes avant de trouver la bonne. Il arrive malheureusement trop tard, le suspect s’est enfui et il ne lui reste plus qu’à se lancer à sa poursuite jusqu’en Ecosse où il continue son enquête avec l’aide d’un policier local. J’ai beaucoup aimé cette excursion en Ecosse, qui doit être le pays des polars, avec l’ambiance qui va avec, cela donne vraiment envie de visiter cette région.

L’enquête se dénouera finalement à Londres avec une fin époustouflante et surprenante.

On est dans un roman d’énigmes, mais Grant est un personnage moderne pour son époque. La police scientifique, même si elle est loin des résultats actuels, se développe rapidement et les supérieurs de Grant veulent des faits et des preuves. Mais l’inspecteur pense que la science n’explique pas tout et il veut avant tout comprendre les motivations des suspects et des coupables. Il essaie de se mettre dans la tête du meurtrier et fait du profilage avant l’heure, il n’hésite pas non plus à se déguiser en colporteur pour glaner des informations.

C’est un roman palpitant, avec beaucoup de suspense, des rebondissements incessants, des fausses pistes et une fin surprenante, donc tout ce qu’il faut pour appâter l’amateur de polars, sans oublier un voyage en Ecosse, que demander de plus? Il aurait vraiment été dommage de ne pas faire sortir cette romancière de l’ombre.  Son style est aussi très agréable à lire.

LE MONOGRAMME DE PERLES

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Les catacombes, de Toby Ball

Chronique réalisée pour Les Chroniques de L’Imaginaire

Voici un excellent roman noir qui  fera vibrer les admirateurs  de Dashiell Hammett. En le lisant, on a vraiment l’impression qu’il a été écrit dans les années dix-neuf cent trente ou quarante, à la grande époque du roman noir et non pas en 2010. Toby Ball a écrit un thriller à l’ancienne et c’est une grande réussite. Tous les ingrédients classiques de ce genre de roman y sont: La corruption, la mafia, les accords entre mafia et pouvoir, la prohibition etc.

La Ville ne porte pas de nom, ça pourrait être n’importe quelle métropole américaine de cette époque. Nous sommes en 1935 et Henry Le Rouge exerce le mandat de maire depuis six ans. C’est un homme d’affaire corrompu, qui s’appuie sur un cercle de proches qui ne valent guère mieux que lui, la police est à sa solde, ainsi que des vigiles privés (des gangsters en réalité), toujours prêts à faire le sale travail. Ces troupes de choc combattent en particulier les syndicats qui s’opposent au maire et à ses amis.  Des attentats visent certains de ces patrons peu scrupuleux.

Ethan Poole est le détective privé du roman, un vrai privé de roman noir comme on les aime. Il a des sympathies pour la gauche et les syndicats. Il soutient deux de ses amis communistes, Carla et Enrique et n’hésite pas à faire chanter certains hommes de pouvoir pour les aider si nécessaire.Une cliente lui demande d’enquête sur le cas de Casper Prosnicki, son fils qui a disparu depuis sept ans.

Frank Frings est journaliste, fumeur de haschich et amant d’une chanteuse connue dans la région. Il s’intéresse à tous les faits divers de la Ville et notamment les attentats qui visent des proches du maire. Lors des élections, il était convaincu par les promesses et le programme d’Henry Le Rouge, mais en six ans il a largement eu le temps de changer d’avis. Il écrit des articles agressifs contre lui et sent un climat de menaces diffus. Il essaie de trouver des preuves des malversations du maire, quand un de ses proches, qui craint aussi pour sa vie trahit le magistrat et met le journaliste sur une piste sérieuse.

Le troisième héros du livre est Arthur Puskis, le responsable des archives de la police. Il découvre par hasard le duplicata d’un dossier concernant un criminel, mais les photos sont différentes, l’une d’elles est celle de Casper Prosnicki. Arthur découvre des projets secrets de la municipalité, tandis que le maire lance ses hommes de main aux trousses d’Ethan Poole qui enquête sur la disparition du jeune homme. Arthur comprend que des crimes sont restés impunis et que les autorités de la ville veulent effacer les preuves en proposant une nouvelle manière de gérer les archives.

Les trois hommes unissent leurs forces pour percer à jour les terribles secrets de la Ville, de son maire et de son clan dans une ambiance de mystère et de menaces. Et la vérité est encore pire que ce qu’ils imaginent. On se laisse happer avec délice dans ce roman bien noir et mystérieux. Si au début les personnages semblent très stéréotypés, au fil du livre, ils prennent de la consistance à mesure que les mystères s’épaississent et que les crimes se dévoilent.

Je suis très vite tombée sous le charme sulfureux de cette Ville bien effrayante.

Les catacombes

 

La ronde des mensonges, d’Elizabeth George

Chronique réalisée pour Les Chroniques de l’Imaginaire

Voici un délicieux polar so british…. et pourtant écrit par une Américaine. Mais ne vous attendez pas à des courses poursuites effrénées, nous sommes dans le même univers de romans à énigmes que chez Agatha Christie, mais avec une touche nettement plus moderne.

Ian Cresswell se noie en glissant sur une dalle mal scellée d’un embarcadère dans le comté de Cumbria (un comté écossais qui existe vraiment et qui est très écossais avec son lac et son brouillard). La police locale conclut à un accident, mais son oncle est un richissime homme d’affaire récemment anobli, Sir Bernard Fairclough. Ce dernier demande à l’inspecteur Thomas Lynley de venir enquêter discrètement sur cette mort qu’il ne croit pas accidentelle. Lynley est un aristocrate habitué à évoluer dans les sphères de la haute société, il vient au château avec ses amis et collègues Simon et Deborah Saint James. Il est veuf et a une liaison avec sa chef.

L’enquête est finalement secondaire, l’essentiel du livre consiste à faire vivre les très nombreux personnages de ce gros roman. Ils ont tous leur vie… et une bonne raison d’avoir éventuellement tué Ian. Contrairement à ce que leur statut social laisse croire, il ne s’agit surtout pas d’une famille bien sous tous rapports, ils vivent tous dans le mensonge, d’où le titre de l’ouvrage. Les personnages sont magnifiquement décrits, ils ont beaucoup d’épaisseur, il y a le fils Fairclough, un ex-drogué repenti, ses soeurs dont une est championne en matière de manipulation du reste de la famille, l’épouse de la victime fraîchement abandonnée par son mari qui avait décidé de devenir homosexuel, au grand scandale de leur fils adolescent. L’équipe policière a aussi ses propres préoccupations, Lynley entretenant une liaison tumultueuse avec sa supérieure, Deborah et Simon essayant désespérément d’avoir un bébé. Les personnages sont à un moment charnière de leur vie et Lynley devra essayer d’y voir clair dans tout ce fatras de mensonges, de déni et de manipulation.

Le paysage est aussi un personnage du livre. On ne peut que tomber amoureux de ce coin d’Ecosse de légende, avec son lac, son brouillard, ses châteaux et ses mystères. Je n’avais qu’une envie, sauter dans le prochain avion pour aller explorer cet endroit.

Même si ce livre est plus une étude de moeurs de la haute société anglaise qu’une enquête policière, on ne s’y ennuie pas une minute et on n’a pas envie de le lâcher avant de connaître le fin mot de l’histoire. Malgré sa parenté avec les romans d‘Agatha Christie, celui-ci est nettement plus moderne par les thèmes qu’il aborde : la presse à scandales, la corruption, la procréation médicalement assistée, l’homosexualité, les dessous de la bonne société ou encore la pornographie sur internet. On n’est bien dans notre époque et pas au temps lointain d’Hercule Poirot.

Même si c’est un polar un peu atypique qui ne ressemble ni à ceux des auteurs américains, ni à ceux des scandinaves si à la mode en ce moment, ce livre est délicieux et son épaisseur n’est pas un obstacle. En tous les cas j’ai eu grand plaisir à le lire et je le recommande chaleureusement.

La ronde des mensonges

Le labyrinthe d’Osiris, de Paul Sussman

Chronique réalisée pour Les Chroniques de l’Imaginaire

Une femme est assassinée dans la cathédrale arménienne de Jérusalem, l’enquête est confiée à une brigade de la police criminelle de la ville. L’animosité règne entre les membres de l’équipe et chacun veut tirer la couverture à soi. L’inspecteur Arieh Ben Roi fait équipe avec Dov Zisky, un jeune policier homosexuel très mal vu de ses collègues, mais il l’apprécie rapidement pour ses qualités. Arieh est chargé de découvrir l’identité de la victime. Il est par ailleurs séparé de sa compagne enceinte, qu’il aime, mais étant marié à son travail avant tout, sa vie de couple a périclité et il y aura quelques tentatives de réconciliation tout au long du roman. Il découvre que la victime était une journaliste d’investigation  de gauche très pugnace, qui a dénoncé de nombreux scandales et s’était mis la moitié du pays à dos. Au moment du meurtre, elle enquêtait sur la prostitution forcée des étrangères, une mine d’or en Roumanie, un ingénieur anglais disparu en 1931 et les agissements de la Barren, une multinationale américaine. Arieh essaie de remonter les pistes.

De son côté, l’inspecteur Khalifa de la police de Louxor enquête sur un empoisonnement de puits dont ont été victime des familles coptes. Les voisins musulmans clament leur innocence, mais Khalifa a des doutes. C’est un homme juste et bon qui essaie de faire respecter la justice et qui souffre des inégalités qui marquent la société égyptienne, malgré une récente révolution qui n’a rien changé au fond des choses. Son chef n’apprécie pas sa façon de voir, mais il le ménage. On apprend par la suite que ces égards sont dus au fait que l’inspecteur a perdu son fils aîné quelques mois auparavant et que sa femme est dépressive depuis.

On suit également les agissements de quelques autres protagonistes dont un groupe de pirates informatiques et les dirigeants de la Barren. Ben Roi et Khalifa sont amis depuis une précédente enquête. L’israélien, dont l’enquête piétine demande à Khalifa de se renseigner sur l’ingénieur anglais disparu dans les années trente. Cela mènera à la découverte d’un fabuleux site antique dont on avait perdu la trace depuis trois mille ans, entre autres rebondissements.

Résumé ainsi, ce polar peut sembler plein d’actions et de rebondissements, mais cela ne concerne que la fin du livre. Le début est marqué par un ennui terrible. Il ne se passe rien à part le meurtre, on se perd dans les détails concernant les différents protagonistes. Le livre est en grand format,  écrit en tout petits caractères et j’avoue m’être endormie plus d’une fois durant les deux cents premières pages, tant l’histoire semble partir dans tous les sens avec une profusion incroyable de détails. Arrivé à ce stade, le livre commence à devenir moins ennuyeux, même s’il ne devient intéressant qu’à partir de la moitié et ce sur environ cent cinquante pages. La fin est pleine de rebondissements, mais rien de très vraisemblable, ce qui plombe quand même le dénouement.

Le mystère archéologique n’est pas exploité et Khalifa trouve l’énigme en un rien de temps. Ce livre réunit tous les ingrédients pour faire un superbe thriller ésotérique, mais l’auteur n’a pas trouvé la bonne recette, il a sans doute péché par excès en voulant mettre trop d’éléments et finalement on se retrouve avec un livre qui n’arrive pas à démarrer en se perdant dans les détails, et qui finit de façon invraisemblable et rocambolesque, même si le milieu de l’histoire semblait sauver le roman. Donc c’est un livre très décevant, comme si vous alliez dans un restaurant étoilé et qu’on vous servait une boite de raviolis premier prix à peine tiède.

Après cette critique très dure, il faut quand même relever les points positifs: Les personnages, en particulier les deux principaux sont très bien travaillés et complets, ce ne sont pas des personnages en filigrane, on a l’impression d’avoir affaire à des personnes vivantes. D’un point de vue politique et social, la situation au Proche Orient sonne très juste, en particulier la haine entre juifs et musulmans, ainsi que les injustices en tous genres générés dans cette région toujours sur le pied de guerre. Le roman nous parle aussi de la toute puissance des multinationales et de la corruptions qu’elles génèrent, et tous ces aspects sont très bien traités.

Je pense que les déficiences de ce livre viennent du fait que l’auteur a voulu traiter trop d’éléments, des situations trop complexes et il en résulte un fouillis qu part dans tous les sens et ne retient pas l’attention du lecteur. Durant la plus grande partie du livre, on a l’impression de lire une enquête journalistique réaliste et le changement de ton de la fin, avec un épilogue plutôt rocambolesque accentue l’impression de bâclage, comme si l’auteur ne savait plus comment terminer son livre dans lequel il est aussi perdu que son lecteur.

Je suis consciente de la dureté de cette chronique et je rappelle qu’il s’agit avant tout d’un avis personnel.

le labyrinthe d'Osiris

Le testament des Templiers La dixième chambre, de Glenn Cooper

Chronique réalisée pour les Chroniques de l’Imaginaire.

Je pensais lire un nouveau thriller sur les Templiers et leur trésor ; et ce roman m’a agréablement surprise car il est beaucoup plus vaste que cela. Les Templiers font finalement une brève apparition et sont loin d’être le sujet principal du livre. J’ai beaucoup  entendu parler de Glenn Cooper et je n’ai pas été déçue par ce polar ésotérique.

Après un incendie à l’abbaye de Ruac, un village imaginaire situé près de Sarlat, dans le sud de la France, on trouve un vieux manuscrit du quatorzième siècle. L’abbé le confie, ainsi que d’autres à Hugo Pineau pour qu’il les restaure. Hugo fait appelle à son ami Luc Simard, un archéologue pour découvrir l’origine et le mystère de ce livre entièrement écrit dans une langue codée et rédigé par un moine qui dit être âgé de deux cent vingt ans. Il y raconte la découverte d’une grotte qui a changé toute sa vie. Le fameux manuscrit date de 1307, année où Philippe le Bel arrêta les Templiers et les déclara hors la loi. Les deux héros du livre, Hugo et Luc espèrent trouver enfin le secret ultime et le trésor des Templiers.

Leurs recherches leur permettent de découvrir assez rapidement une vaste galerie souterraine truffée de cavernes sous le village. Au fond de ce réseau se trouve une caverne préhistorique magnifiquement décorée, plus grande et bien mieux conservée que celle de Lascaux dans la même région. Mais cette découverte ne plaît ni aux habitants du village, ni à la DGSE chargée de surveiller les faits et gestes des archéologues. Et là on bascule vraiment dans le thriller, on fera tout pour les empêcher d’aller au bout de leurs recherches.

Je ne vais pas vous en dire trop pour ne pas éventer le suspense et le secret, qui n’est pas le moins crédible de ceux que les auteurs de thrillers ésotériques savent si bien inventer pour notre plus grand plaisir. Ce qui caractérise ce roman, ce sont les passages et les allers-retours entre trois époques, la nôtre bien sûr, le Moyen âge avec Bernard de Clairvaux, le dernier Père de l’Eglise qui milite pour la reconnaissance de l’ordre du Temple au douzième siècle, puis prêche la deuxième croisade. Nous y rencontrerons aussi Abélard et Héloïse, les amants maudits et leur tragique histoire, à côté de laquelle les chicaneries de Luc et de Sarah, son ex, qui est aussi la paléo-botaniste du groupe font bien maigre figure. Mais les Templiers font une apparition assez fugace dans le livre et la partie la plus intéressante est celle qui est consacrée au clan du bison qui vivait trente mille ans avant notre ère dans la région. La reconstitution de leur vie est tout à fait passionnante, même si elle est forcément romancée. La description des travaux archéologiques et de la découverte de la caverne est particulièrement intéressante.

Si les thrillers qui nous mettent sur la piste de mystères médiévaux et templiers sont légions depuis quelques années, celui-ci est original en faisant remonter l’origine du mystère d’un bon nombre de millénaires. C’est un livre qu’on ne lâche plus après l’avoir commencé. Les personnages et l’intrigue sont bien construits et nous font passer un excellent moment.

Le testament des Templiers

L’attrapeur de libellules, de Boris Akounine

Chronique réalisée pour Les Chroniques de l’Imaginaire

Ces dernières années, Eraste Fandorine s’était fait bien trop rare, du moins dans un roman. On ne l’avait retrouvé que dans deux recueils de nouvelles, aussi ai-je apprécié à sa juste valeur ce gros roman vraiment passionnant.

Il se déroule en deux parties. La première commence en 1905, en pleine guerre russo-japonaise. La Russie vient d’essuyer une défaite, le pouvoir tsariste vacille sous les coups de boutoir des révolutionnaires de tous bords, socialistes, libéraux ou démocrates. Dans ce contexte explosif un attentat a lieu contre le Transsibérien, indispensable au ravitaillement du front. Le pouvoir soupçonne tout de suite  le Japon d’être derrière cette attaque. Et qui mieux qu’Eraste Fandorine, ex-gloire des services secrets, peut démêler cet écheveau ? Fandorine a quitté la police pour devenir ingénieur spécialisé dans les trains, sa grande passion, mais il exerce aussi une activité de détective privé dès que l’occasion se présente. Voici donc notre héros sur les traces du capitaine Rubnikov, un espion au service du Japon, avec l’aide de son fidèle serviteur Massa.

La deuxième partie, la plus longue est une sorte de flash back de l’époque où Fandorine était vice-consul russe au Japon, de 1878 à 1882. Nous comprendrons les liens qui unissent Fandorine et Rubnikov.

Même si le dénouement de l’histoire est attendu et peu surprenant, l’histoire elle-même est pleine de rebondissements et de retournements de situation. Fandorine tombe aussi amoureux, mais cela tournera à la catastrophe, cet homme étant plus doué dans la traque des espions et la résolution des mystères que dans les affaires de coeur.

Il ne s’agit pas d’un polar violent et sanglant, mais d’un petit bijou de déduction et de logique, avec une pointe de fantastique, Eraste est le Sherlock russe.  Outre le fait qu’il s’agisse d’un héros attachant, ce livre est tout à fait passionnant par sa reconstitution très convaincante d’un contexte historique aujourd’hui peu connu, d’une part la la fin du régime tsariste et d’autre part le Japon de l’ère Meij, déchiré entre son identité traditionnelle et son désir de s’ouvrir sur le monde (l’Angleterre en particulier) pour devenir une grande puissance. On n’a pas le temps de s’ennuyer entre la chasse aux espions, les suicides de samouraïs, les complots contre l’empereur et les attentats.

Comme toujours avec Akounine, il y a quelques longueurs, mais ça n’est pas gênant. Ce livre révèlera aussi quelques uns des secrets de Fandorine, qui éclairent le personnage. On y apprend aussi ce que signifie le pseudonyme de l’auteur. Au Japon les Akounin étaient des bandits qui vivaient selon leurs propres règles.

Un très chouette polar historique à recommander pour les longues soirées d’hiver.

L'attrapeur de libellules

L’ange du matin, d’Arni Thorarinsson

Chronique réalisée pour les Chroniques de l’Imaginaire

Ce polar nous emmène en Islande en 2010, juste après la crise économique qui a ravagé le pays et l’a mis en faillite. Einar est journaliste dans un quotidien du soir. Il est basé à Akueyri, la deuxième ville du pays, mais au vu des difficultés économiques, toute la rédaction est rapatriée dans la capitale. Ce déménagement n’empêche pas Einar de continuer à enquêter sur la mort d’une postière malentendante après une agression survenue à Akuyeri.

Einar est envoyé par son rédacteur en chef interroger Olver, un de ses hommes d’affaires qui ont abusé du système et mis le pays à genoux. L’homme se révèle égoïste et avide, tandis que sa femme est rongée par l’alcool et désire divorcer.  Deux jours plus tard, leur fille est enlevée et le ravisseur demande une rançon colossale qu’Olver ne peut pas payer. Einar enquête sur toutes ces affaires, ainsi que sur une collègue qui a laissé tomber son travail pour se consacrer à un livre sur un chanteur islandais désormais sur la touche. La police piétine, le commissaire le déteste, mais le journaliste est au coeur de l’action et fait avancer les choses peu à peu.

Einar est un journaliste consciencieux et plein d’humour qui enquête à fond sur les sujets qui lui sont confiés. Nous sommes dans un polar nordique et non américain, c’est à dire que l’action se met en place lentement et surtout il n’y a pas que l’enquête, la vie personnelle des protagonistes, leurs échanges, et leurs liens sont importants, ils font partie de l’intrigue, on a l’impression de partager une tranche de vie avec eux, et c’est un des charmes de ce type de romans.

Thorarinsson construit une intrigue très réussie autour de ces faits divers. C’est surtout un prétexte pour nous faire connaître l’état d’esprit de ses concitoyens, en plein désarroi suite à l’écroulement du système économique du pays. La société tremble sur ses bases, c’est le sujet de discussion principal des personnages entre eux. La société est en pleine crise des valeurs. On ne sait plus s’il faut encore croire aux traditions qui ont fait la force du pays. Les jeunes sont particulièrement touchés par la crise morale, ce qui débouche sur des agressions gratuites comme celle dont a été victime la postière.

Un livre livre à éviter pour les mordus d’action, de poursuites et de fusillades sanglantes, mais qui enchantera les amateurs de polars nordiques, dont ils apprécient l’ambiance particulière et le côté très réaliste des héros.

L'ange du matin