Le Noël des masques, de Kate Sedley

Chronique réalisée pour les Chroniques de l’Imaginaire

Nous voici au début des fêtes de Noël 1483, un mois après la fin de Le trésor de Tintern. En ce temps là, les festivités durent douze jours et Roger se réjouit d’être rentré. Il prévoit  de passer d’heureux moments en famille et avec ses amis. Le roman s’ouvre tandis qu’il boit une bière avec un de ses anciens voisins, Burl. Lorsqu’ils sortent, ils croisent une dame élégante et Burl affirme qu’il s’agit de Patience, l’épouse de Sir George, un vétéran de la guerre  particulièrement haï.

Le lendemain à la messe, Roger s’aperçoit que Patience s’éclipse pendant l’office. Il ne résiste pas à la tentation de la suivre de loin et la voit conclure une transaction avec un marchand d’esclaves de ses connaissances. Ils ont l’air de se disputer.

Les réjouissances commencent, des comédiens ont été invités au château. Roger et sa famille vont les applaudir, ils festoient et tout serait pour le mieux si Roger n’assistait à un meurtre par hasard un soir qu’il raccompagne sa belle-mère chez elle de l’autre côté de la ville. L’échevin de la ville est assassiné devant chez son ami Sir George, il a juste le temps de prononcer « Dee » avant de rendre l’âme. Roger ne peut s’empêcher de se mêler à l’enquête.

Quelques jours après, Sir George disparaît purement et simplement, la ville est retournée de fond en comble en vain. Les fêtes de Noël continuent, entre célébrations religieuses, théâtre, festins et beuveries. Roger mène l’enquête tandis qu’un homme masqué espionne les notables et tente d’empoisonner notre détective. Durant presque tout le livre, il remontera une fausse piste, récoltant des indices sur les vrais coupables.

Le suspense n’est pas vraiment au rendez-vous de ce vingt-deuxième opus des aventures de Roger le colporteur. Au deux tiers du livre, j’avais déjà trouvé les coupables, même si je n’ai pas saisi leur mobile avant le tout dernier chapitre. Même si le dénouement est loin d’être une surprise, ce livre est plaisant à lire, en particulier pour sa description très documentée de la vie à l’époque. L’aspect polar n’est par contre pas une réussite, la chute est trop téléphonée, de nombreuses pistes sont ouvertes et pas creusées, comme par exemple le lien qui unit la femme du notable et le marchand d’esclaves. On peut se demander si ce sont des graines qui germeront dans un autre volume de la série ou juste une piste non suivie.

Même si ce n’est pas chef d’oeuvre du polar, ça reste un très agréable moment de lecture.

Le noël des masques

Luther, l’alerte, de Neil Cross

Chronique réalisée pour Les chroniques de l’Imaginaire

Ce polar est la genèse de la série Luther. Cross a créé d’abord la série et ensuite il a écrit ce roman, alors que d’habitude les choses se passent dans l’ordre inverse. Je n’ai pas la télé, donc je ne connais pas du tout cette série, ce qui me donne un regard sans préjugé sur ce héros.

John Luther rend visite à l’hôpital à son collègue et ami Ian Reed victime d’une agression. Un propriétaire sans scrupule envoie des voyous terroriser un vieil homme, Reed a voulu le protéger et s’est fait méchamment tabasser. John ne peut laisser cet affront impuni, avec Reed, ils vengeront la victime de façon très subtile, c’est une des actions relatées dans le roman.

Mais l’enquête principale porte sur un criminel particulièrement cruel que Luther soupçonne d’être un tueur en série. Il a assassiné une femme enceinte et son mari, puis s’est emparé de la petite fille, presque à terme. L’inspecteur ne peut croire qu’un crime si audacieux et si horrible soit l’oeuvre d’un débutant. Il enquête sur d’autres affaires non élucidées pour trouver des traces  de ses premiers crimes, mais le temps presse si on veut retrouver le bébé en vie.

On suit à la fois le tueur et l’inspecteur dans leur duel à distance. Luther doit comprendre sa proie pour mieux la traquer. Il est prêt à tout pour sauver le bébé, tout incluant aussi des actions en marge de la loi. Son mariage prend l’eau de toutes parts et l’on suit aussi sa femme Zoé qui n’en peut plus de cette situation.

Luther a beaucoup de points en commun avec l’inspecteur Pendergast, en particulier le fait de se permettre d’agir en dehors de la légalité de à faire justice lui-même. Il est toutefois un héros plus convaincant et plus humain, c’est un homme déchiré par toute la violence dont il est le témoin, partagé entre son devoir et son sens de la justice, il hésite à aller au bout de ses choix. La police fait des erreurs de communication qui coûteront de nouvelles vies, Howie, la partenaire de Luther doit faire des choix éthiques difficiles aussi..

Ce roman mêle agréablement action et réflexion sur les dérives de notre société. On pris très rapidement dans ce polar passionnant et il est impossible de le lâcher. J’ai beaucoup aimé ces personnages très humains et faillibles, on est très loin des super-héros.

Luther

Le temple de Jérusalem, de Steve Berry

Sous le titre, une citation du Washington Post l’annonce comme  » le meilleur Berry« , comme je ne les ai encore pas tous lus, je ne peux me prononcer, mais il est certain que ce thriller est particulièrement excellent et va vous tenir en haleine tout au long de ses cinq cent cinquante pages.

Steve Berry excelle à manipuler les grandes énigmes de l’Histoire et à nous présenter des histoires qui semblent si proches de la vérité que l’on a on a envie de les croire. Cette fois, nous voici embarqués dans la recherche du trésor perdu du Temple de Jérusalem, dont la trace se perd dans la Rome antique du premier siècle après Jésus Christ.  Cotton Malone ne sera pas du voyage cette fois-ci, ce livre s’inscrivant en dehors de la série phare de l’auteur. Toutefois, nous retrouverons Stephanie Nelle et un autre de ses agents.

Tom Sagan est sur le point de se suicider. C’était un journaliste d’investigation reconnu huit ans auparavant. Puis il a été accusé d’avoir inventé de toutes pièces un article sur le conflit israélo-arabe. Comme il n’enregistrait pas ses sources, il n’a pas pu attester de sa bonne foi et il a perdu son emploi, son amie, son prix Pulitzer et surtout sa crédibilité. Depuis il vit reclus dans sa propriété de Floride, un homme l’a abordé une fois dans une librairie pour lui dire qu’on lui avait tendu un piège, mais qu’on ne le laisserait pas rebondir dans sa carrière. Il a écrit depuis plusieurs livres en tant que nègre. Sa vie personnelle n’est guère plus brillante: Il est en conflit depuis plus de dix ans avec sa fille, après l’avoir été durant vingt ans avec son père, il a trompé sa femme qui a demandé le divorce et lorsque celle-ci est morte dans un accident de la route, sa fille Alle l’a chassé de l’enterrement. Il s’apprête à se suicider au moment où un homme vient l’interrompre pour lui montrer une vidéo sur laquelle il voit Alle attachée sur un lit et tripotée par des brigands. Simon lui annonce que sa fille sera relâchée s’il lui remet un paquet enterré avec son père Abiram, mais que s’il refuse, elle sera violée puis tuée.

Malgré leurs relations exécrables, il veut la sauver et accepte de retrouver Simon le lendemain au cimetière pour exhumer son père. Mais le lendemain l’homme n’est pas au rendez-vous, il a envoyé une avocate récupérer le paquet, que Tom refuse de lui remettre tant qu’il n’a pas la preuve qu’Alle a été libérée. Rendez-vous est donc fixé pour le surlendemain dans la cathédrale de Vienne.

Mais Tom ne sait pas encore que sa fille travaille avec Simon et que la vidéo n’est qu’une comédie. Toutefois Alle est bien naïve et ne se rend pas compte que Simon n’est pas celui qu’il prétend être, mais un homme violent et sans scrupule qui n’hésitera pas à la tuer dès qu’il n’aura plus besoin d’elle.

Nous faisons aussi connaissance de Bené Rowe, un riche planteur de café jamaïcain, qui est aussi un chef de la mafia locale. Il a quelques amis et beaucoup d’ennemis. Il appartient à la communauté marron, des descendants d’esclaves. Les membres de son peuple le craignent, ils profitent de son argent, mais ne l’aiment pas. Son obsession est de trouver une mine d’or perdue légendaire, il s’est associé avec Simon pour cela, croyant que l’Autrichien cherche aussi cette mine.

En fait Simon cherche le trésor du temple de Jérusalem. Tom se lance à sa poursuite pensant sauver sa fille, ce qui nous vaut une aventure passionnante et palpitante.

Nous visiterons en compagnie des héros du livre les hauts lieux du judaïsme européen et quelques îles des Caraïbes au cours d’un thriller palpitant où le vrai trésor recherché est l’identité plus que des trésors matériels. Un des aspects les plus intéressants des livres de Steve Berry est toujours le dernier chapitre où l’auteur démêle le vrai du faux. Ici on peut dire que le thème du roman est traité de façon très documentée comme toujours et très convaincante.

Le temple de Jérusalem

 

La fille de Baruch, de Laetitia Bourgeois

Chronique réalisée pour les chroniques de l’Imaginaire

Barthélémy est depuis peu bayle (ce qui signifie officier du seigneur) de Châteauneuf. Il partage sa vie entre cette ville où il dirige en quelque sorte la police locale, si on peut appliquer ce terme aux institutions du quatorzième siècle et Marcouls où il possède un petit domaine qu’il cultive. Sa femme Ysabellis, appelée aussi Aelis est guérisseuse, spécialiste des plantes. Elle est enceinte et se donne sans compter pour ses malades. En ce moment une étrange épidémie s’est déclenchée dans la village, touchant surtout les enfants. Les souvenirs de la peste noire sont encore très vivaces en ce printemps 1365 et tout le monde est très inquiet. Ysabellis soigne en particulier la petite Nita, fille de leurs voisins.

Alors qu’il cultive son champ, Barthélémy est abordé par un vieux Juif, Baruch qui recherche sa fille disparue depuis quarante ans. La population locale déteste particulièrement les juifs qu’elle tient pour responsable de la peste et autres catastrophes. Barthélémy ne partage pas ces préjugés, mais il se méfie quand même du vieil homme. Sa fille a disparu peu après l’expulsion de sa famille, alors qu’elle était en nourrice et malade. Son père n’a jamais perdu espoir et continue de la chercher quarante ans plus tard. Bathélémy le soupçonne de cacher quelque chose et d’avoir peut être une idée de vengeance en tête. En tous les cas l’obstination de Baruch lui paraît suspecte, il promet toutefois de l’aider. Baruch et sa famille sont revenus s’installer à Châteauneuf dès que les Juifs ont été autorisés à regagner le royaume de France.

L’enquête de Barthélémy piétine, il reste peu de témoins, ceux qui savent ne veulent pas parler, mais surtout le Sire Randon, seigneur du lieu interdit à son bayle de poursuivre cette enquête, craignant qu’il ne sorte rien de bon du fait de déterrer de vieux cadavres. Il préfère que son officier résolve une affaire de contrebande. Barthélémy continue son enquête avec plus ou moins de discrétion.

La même maladie sévit à Châteauneuf qu’à Marcouls et Barthélémy demande à sa femme de le rejoindre pour essayer de comprendre ce qui se passe et de soigner les gens. Elle va voir les différents médecins de la région pour essayer d’en savoir plus et de trouver enfin un remède.

On suit ces deux personnages dans leurs enquêtes, qui vont bien sûr se rejoindre. Ce polar est tout à fait palpitant, le suspense est très bien entretenu, la fin très surprenante, bref tout ce qu’il faut pour réjouir les lecteurs. Cet opus est nettement plus intéressant que le précédent de la série, on ne peut plus le lâcher une fois commencé. Un des éléments qui le rend si passionnant est d’avoir été écrit par une spécialiste de cette période, les détails historiques abondent et forment un vrai cadre de vie pour les personnages, on a l’impression de plonger à leur suite dans le quatorzième siècle. On voit la situation des femmes se dégrader peu à peu, les Juifs être en butte aux accusations les plus stupides, la médecine chercher des solutions. C’est une vraie immersion dans ce moment de l’histoire, ce qui rend ce livre très riche alors que certains polars historiques font vivre des héros de notre temps dans un décor médiéval de carton-pâte.

Je suis déjà impatiente de découvrir la suite des aventures de Barthélémy et Ysabellis, car je pense qu’il y en aura, même si notre détective se trouve au chômage à la fin du livre, son patron n’appréciant guère sa liberté d’esprit.

La fille de Baruch