Etranges rivages, d’Arnaldur Indridason

Chronique réalisée pour Les Chroniques de l’imaginaire

Nous retrouvons ce cher commissaire Erlendur Sweinsson, absent des deux derniers épisodes de la série. Il n’est pas revenu dans la capitale, mais se trouve toujours en vacances prolongées dans la région des fjords de l’est de l’Islande. C’est la région où il a vécu enfant. Les fidèles lecteurs de la série savent que son petit frère a disparu à cette époque, qu’Erlendur est hanté par cette tragédie et rongé par la culpabilité.

Selon son habitude, il passe ses vacances dans une ruine qui fut autrefois  la ferme familiale, c’est le début de l’automne, la première neige fait son apparition, il fait très froid, il y a du brouillard, de la pluie,  Erlendur campe de façon précaire dans une maison ouverte à tous les vents et au toit défoncé. Le ton est donné, le livre est sombre et la nature âpre, dangereuse, les hommes sont rudes et silencieux. Le climat est à l’image de l’âme tourmentée du héros. Il n’a pas renoncé à retrouver des traces de son frère disparu plus de trente ans auparavant. Erlendur avait dix ans et Bergur huit, ils accompagnaient leur père sur la lande à la recherche de moutons égarés, ils ont été surpris par une terrible tempête, Erlendur a perdu la main de son frère. Lui a pu être sauvé ainsi que leur père, mais le petit a disparu sans laisser de trace.

En se promenant sur la lande, le commissaire rencontre Boas, un chasseur de renards. Ils parlent d’une autre disparition dont ses parents discutaient souvent, celle de Matthildur, une jeune femme disparue une nuit de 1942, en pleine une tempête.  Des soldats anglais se sont aussi perdus sur la lande  durant la même nuit. Au matin on les a tous retrouvés, soit morts, soit vivants, mais nulle trace du corps de la jeune femme qu’ils auraient dû croiser sur le chemin. Les disparitions étant son fond de commerce, Erlendur ne peut laisser celle-ci dans l’ombre. Il se met à enquêter, il interroge les survivants et se lance dans la résolution de cette vieille énigme villageoise, non pour punir d’éventuels coupables – il y a prescription depuis belle lurette – mais pour permettre aux personnes concernées de faire leur deuil. Ces investigations l’aideront dans son propre processus de deuil.

L’aspect polar n’est pas très développé : son enquête n’est pas officielle, elle n’a pas pour but d’attraper un coupable et on comprend assez vite le fin mot de l’histoire de Matthildur. Mais ce n’est pas gênant car l’essentiel de ce livre n’est pas là. C’est avant tout un roman d’ambiance (noire et glacée) et surtout un livre d’introspection. On plonge dans l’esprit tourmenté du commissaire qui nous parle de la tempête qui l’a traumatisé, de sa famille ravagée par la perte de Bergur et de l’impossibilité de faire le deuil en l’absence du corps de la victime.

Au fil de son enquête, Erlendur retrouve ses souvenirs, il observe aussi la nature et la société qui change puisqu’un barrage va être construit et que la vie telle que l’ont connue les héros du roman va disparaître. Il médite aussi sur ses enquêtes, ses collèges etc. On est plongé dans son esprit et l’on ne peut qu’être touché par cet homme déchiré qui finira par retrouver la paix. La fin est d’ailleurs très prenante et bouleversante.

Le livre nous donne tant de clés pour comprendre le personnage qu’on a l’impression d’arriver au bout d’un chemin avec lui. Et le gros, très gros bémol de ce magnifique roman intimiste, c’est qu’on a  l’impression de lire le testament du commissaire en progressant avec lui dans son enquête. J’ai vraiment eu le sentiment que cet opus met un point final à la série. Il semble d’ailleurs que pour le moment Indridason n’a pas écrit de suite à ce livre paru en 2010 en Islande. Le lecteur peut toutefois espérer que les deux volumes non encore traduits en français le seront bientôt. Je crains qu’on ne doive considérer Etranges rivages comme le magnifique chant du cygne du commissaire Erlendur.

etranges

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13 1/2, de Navada Barr

Chronique réalisée pour les chroniques de l’Imaginaire

Nous voici embarqués pour un thriller qui alterne le récit du passé, entre 1968 et 1975 dans le Minnesota et celui du  présent c’est à dire La Nouvelle-Orléans en 2007.

Polly vit avec sa mère alcoolique dans le Mississipi, on est en 1968. Elle a quinze ans et ne supporte plus leur mobil home délabré, ni les innombrables amants de sa mère. Un jour l’un d’eux essaie de la violer, mais sa mère la repousse au lieu de l’aider. Polly comprend que sa mère la voit comme une rivale. La jeune fille décide que c’est en assez, elle vole onze dollars et s’enfuit à La Nouvelle Orléans en stop.

A la même époque dans le Minnesota, une affaire fait grand bruit, celle du Petit boucher comme dit la presse. Dylan onze ans se réveille à l’hôpital complètement amnésique. On l’accuse d’avoir massacré toute sa famille à la hache, dont sa petite soeur qui est encore un bébé. Seul son frère ainé, Richard, a survécu, même s’il a été grièvement blessé. Richard sera adopté par une riche famille californienne tandis que Dylan est condamné à aller dans un centre pour mineurs délinquants jusqu’à sa majorité puis à 9 ans de prison dans un pénitencier d’Etat. Il n’a aucun souvenir de la nuit fatale et il est pris en charge par différents psychiatres tous plus brutaux et incompétents les uns que les autres. Il servira de cobaye à différentes thérapies dans une ambiance très Vol au-dessus d’un nid de coucou. Il ne retrouvera pas la mémoire, mais apprendra à se défendre et s’endurcir.

En 2007, à La Nouvelle Orléans,  Polly approche de la cinquantaine, elle est divorcée, professeur d’anglais et maman de deux filles adolescentes. Elle rencontre Marshall Marchand, un architecte qui travaille à la reconstruction de la ville après l’ouragan Katrina. Il la drague et la demande en mariage, mais Polly aimerait prendre son temps.  Un soir, un incendie éclate dans sa maison et Marshall vole à son secours, ce qui décide Polly à franchir le pas. Marshall est très attaché à son frère Danny, que Polly trouve plutôt bizarre. Suite à la prédiction d’une voyante amoureuse de Marshall, le mariage des tourtereaux bat de l’aile. Polly se rend compte qu’elle connaît très peu son mari et se lance  dans une enquête le concernant tandis qu’une série de crimes ensanglante la ville.

Bien qu’assez confus, le début est glauque à souhait, Nevada Barr explore les thématiques de la folie et des traumatismes de l’enfance. La construction du récit avec les flashbacks du passé est intéressante et très prenante. Jusqu’à la moitié du livre j’ai beaucoup aimé ce récit et je pensais avoir affaire à un thriller original, implacable et plein de suspense psychologique. Malheureusement cet excellent début s’essoufflera au milieu de l’intrigue avec la rencontre très « harlequinesque » de Polly et de Marshall. A partir de ce moment, qui traîne en longueur, Nevada Barr nous fait signe avec des portes de granges et l’on comprend où elle veut nous emmener. Le soufflé retombe, on comprend très vite le fin mot de l’histoire, il n’y a plus de suspense et beaucoup de longueurs.

Je tempère toutefois cette critique, car je pense que le fait de lire de très nombreux polars différents m’a rendue très difficile. Ce livre n’est pas à recommander aux habitués gourmets du genre, mais des lecteurs moins compulsifs y trouveront sans aucun doute leur compte. Il n’est pas pire que de nombreux autres bestsellers du genre, mais les lecteurs addicts à ce type de littérature trouveront la seconde moitié très plate.

J’ai passé un bon moment en le lisant, mais on est très loin du thriller de l’année. Il commence très bien, mais à un moment donné, on a l’impression que l’auteur est pressée de finir et qu’elle bâcle complètement la fin. Les personnages sont aussi assez plats et peu attachants. C’est vraiment du gâchis, car le livre commence très bien et si l’auteur avait réussi à garder le même niveau qualitatif tout au long du roman, elle aurait vraiment écrit un très bon thriller.

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La politique du tumulte, de François Médéline

Chronique réalisée pour les Chroniques de l’Imaginaire

Le livre dont Le Monde affirme que c’est LE roman noir de l’année débute en pleine confusion. La première scène nous montre un journaliste qui se fait menacer s’il n’écrit ni ne publie un certain article le mardi suivant. Les menaces sont vagues, mais le journaliste semblent terrorisé et prêt à obéir à son vis à vis qui lui a remis une grosse enveloppe. Puis nous faisons la connaissance de Manu, un proxénète lyonnais, propriétaire d’un grand cheptel de chattes selon ses propres termes, il est aussi trafiquant de drogue. Il oblige Cathy, l’une de ses filles à une relation sexuelle avec lui avant de lui offrir une dose de drogue comme salaire. Toutefois il s’agit d’une héroïne de trop bonne qualité et Cathy meurt d’une overdose. Le lendemain, c’est au tour de Tatiana de subir le même sort. Manu est l’un des hommes de Vincente Di Canio, un parrain de la pègre lyonnaise.

C’est au tour de Léa d’entrer en scène et c’est le seul personnage dont les agissements sont clairs au début du roman. Elle retrouve une photo d’elle et de sa mère Silvia cachée dans la couverture du journal intime de sa mère.  Au dos de la photo, Silvia a écrit qu’on allait les tuer, elle et Léa si les choses empiraient. Silvia est morte en 1973, vingt ans auparavant dans un accident de la route. Léa n’avait que six ans et elle a été adoptée par Guy et Marie Marchois, les patrons de Silvia qui était employée de maison chez eux. Léa a reçu une éducation bourgeoise, elle a toujours eu un excellent contact avec son père, notaire dans un village de la campagne lyonnaise. Avec Marie, sa mère adoptive, les choses sont plus difficiles, Marie a de la peine à exprimer ses sentiments et son amour pour Léa. Marie aimerait contrôler et protéger Léa, mais celle-ci est très indépendante. Elle a reçu le journal de sa mère le jour de ses seize ans, mais son père lui a fait jurer le secret, Marie veut absolument tenir Léa éloignée des souvenirs de sa mère biologique, et on comprend à la fin qu’elle a vraiment agi par amour et qu’elle n’est pas seulement la femme coincée qu’elle paraît être.

Léa était journaliste au Progrès jusqu’à son récent renvoi pour avoir refusé une promotion canapé. Elle se rend compte qu’elle ne sait rien de sa mère Silvia et se rend à la campagne chez ses parents pour exiger des explications. Marie ne sait pas que Léa est en possession du journal, Guy essaie en vain de calmer les deux femmes. Léa exige de savoir qui était vraiment Silvia sous peine de rompre définitivement avec sa famille. La menace fait son effet et Marie lui révèle que Silvia était une prostituée avant de devenir leur employée de maison. Léa est évidemment sous le choc.

L’autre personnage principal est Patrick Secondi, qui émerge peu à peu du brouillard. Il semble diriger une bande de malfaiteurs ou d’espions, il semble aussi obsédé par ses souvenirs de barbouze durant la guerre d’Algérie. Il a été un tortionnaire, un soldat d’élite, sans doute un tueur et il semble mêlé à de bien sombres histoires. Après plus de cent pages, on comprend qu’il est membre des services secrets et il faudra encore des dizaines et des dizaines d’autres pages pour savoir qu’il est colonel et directeur de l’antenne lyonnaise de la DST. Le roman se passe en 1993 à la fin du deuxième septennat de François Miterrand et Secondi est chargé d’organiser une manipulation diabolique pour le compte du clan Chirac.

Les destins de ces trois personnages principaux vont se croiser au cours du roman.

Comme je l’ai dit plus haut, le début est vraiment très très confus, on assiste à différentes actions qui semblent complètement disparates, il y a des dizaines de personnages et Léa est la seule à émerger clairement de ce magma de politiciens tordus, de malfaiteurs, d’espions et de flics corrompus. On ne sait qui manipule qui, l’action part dans tous les sens et j’avoue n’avoir pas compris grand chose, pour ne pas dire rien du tout avant la page 113, c’est à dire plus du quart du livre. Les personnages sont très nombreux et on s’y perd très longtemps. Même s’il y a un lien entre l’histoire de Léa et celle de Secondi, j’ai eu plutôt l’impression de deux histoires juxtaposées. Le retournement de situation de la fin est aussi plus qu’étrange et franchement peu convaincant.

Le contexte politique est très clair, il s’agit de la fin de règne de Mitterrand, avec la lutte acharnée et en sous main que se livrent les deux célèbres amis de trente ans. Les coups tordus pleuvent. Et si les évènements plus anciens sont décrits de façon justes et explicites, avec les noms réels des protagonistes (affaires de ballets roses de 1959), les personnages historiques de 1993 ne sont jamais mentionnés par leur nom, mais par leurs surnom donnés le plus souvent par le Canard : Tonton ou Dieu, le Grand ou Bulldozer et enfin Louis XV ou sa Courtoise Suffisance. Je ne sais pas si François Médéline craint les poursuites judiciaires et se refuse d’appeler ces personnages par leur nom, mais les très longs passages détaillant leurs mauvais coup réciproques sont vite lassants.

Il y a enfin au coeur de l’intrigue le député Xavier Maisonneuve, gaulliste et amateur de partouzes et de sexe violent. Certes ce personnage ainsi que de nombreux autres protagonistes est fictif, mais on ne peut s’empêcher de penser à des affaires bien plus récentes qui ont défrayé la chronique. Une des histoire du livre semble être la reprise à quelques détails près de Le Pullover rouge de Gilles Perrault et de l’affaire Ranucci (avec un autre nom bien sûr).

Ce livre est un mélange de polar et de politique fiction sur un fond historique connu et on aimerait bien avoir des éclaircissements pour démêler le vrai du faux, comme le fait Steve Berry à la fin de ses thrillers. Si le meurtre politique semble être une pratique courante et avérée des grands chefs politiques, on peut espérer qu’elle reste symbolique et virtuelle ; et qu’aucun d’entre eux n’a des dizaines de cadavres réels dans ses placards comme dans le roman. Ce livre m’a laissé un avis très mitigé, les ficelles sont un peu trop grosses.

la politque

 

Sadako, de Kôji Suzuki

Chronique réalisée pour les Chroniques de l’Imaginaire

Ce livre pourrait être le quatrième volume de la trilogie Ring (si on peut dire !), il faut vraiment lire les deux premiers volumes de la trilogie (Ring et Double hélice ) avant celui-ci, sous peine de ne jamais la lire, car selon son habitude, Suzuki revient très largement sur Ring dans ce livre, à croire qu’il en est obsédé et ne peut passer à autre chose et vous n’aurez plus de plaisir à lire le début de l’histoire pour cause de spoiler.

Le roman commence avec l’exécution de Seiji Kashiwada, un tueur en série qui a assassiné quatre fillettes dix plutôt avant d’être arrêté avec la cinquième petite qu’il était en train d’enlever. Les autorités ne comprennent pas son crime, il n’a pas violé les enfants il leur avait juste enlevé leur culotte. La justice et les experts l’ont classé dans la catégorie des pervers sexuels, surtout pour pouvoir l’exécuter après cette série de crimes qui a fait grand bruit à l’époque.

Un mois après, Takanori Ando, fils de Mitsuo Ando, un riche médecin, est expert en images de synthèse dans un petit studio. Si ses parents ont toujours été sévères avec sa soeur, ils lui ont laissé la bride sur le cou et ne l’ont pas poussé à étudier la médecine pour reprendre la clinique familiale. Il a choisi les Beaux Arts et travaille dans un petit studio de production. Il est fiancé à Akané, une jeune enseignante orpheline qui a été élevée dans le centre d’aide à l’enfance subventionné par la famille Ando. Ils se sont rencontrés lors de la fête donnée pour la majorité des jeunes filles, dont Akané et se sont immédiatement sentis proches, sans doute parce qu’ils ont été élevés selon les même valeurs. La jeune fille est sensible et facilement angoissée.

Le patron de Takanori lui remet une clé USB confiée par une cliente qui aimerait savoir si les images stockées sont vraies ou si c’est un film amateur génial. Il s’agit d’un suicide, mais la police n’a pas retrouvé le corps, ni l’adresse de la victime, de plus personne n’est porté disparu à ce moment. Takanori pense d’abord qu’il s’agit d’un film amateur, mais en le visionnant une deuxième fois les images se décalent légèrement et cela s’accentue à chaque visionnement.

Akané est enceinte depuis peu et elle se rend à l’hôpital pour une première visite et un certificat pour son employeur. Peu à peu des phénomènes étranges se produisent dans la vie du jeune couple. Du coup le roman Ring refait surface et nous repartons vers de nouvelles explications du phénomène.

Le départ de l’histoire est très lent, et même plutôt ennuyeux du moins durant le premier tiers, mais peu à peu le surnaturel apparaît et l’angoisse avec. Comme dans les romans de Stephen King, le surnaturel se mêle peu à peu à l’intrigue, jusqu’à devenir prépondérant. La fin est ouverte et tout laisse penser qu’il y aura une cinquième volume à la trilogie. Les personnages n’ont pas de profondeur et les principaux thèmes sont la transmission des pouvoirs psychiques à travers les générations et l’amour. Je suis sans doute imperméable à la littérature japonaise, mais j’ai eu l’impression d’un traitement très superficiel tant des personnages que de la thématique. Et comme de nombreuses questions restent en suspens je pense que l’auteur a prévu une suite. Le très long passage sur Ring, où tout y est réexpliqué pour la xième fois m’a fortement ennuyée. Par contre j’ai aimé l’ambiance d’angoisse diffuse très contagieuse.

Ceux qui ont déja lu Ring ou qui veulent le lire apprécieront sans doute cette suite dont l’ambiance est celle qui ressemble le plus à Ring par rapport aux autres tomes de l’histoire, plus science fiction que fantastique. On peut aussi le lire tout seul, mais dans ce cas mieux vaut oublier la trilogie résumée en détail dans cet opus.

Sadako

Ring, l’intégrale, de Kôji Suzuki

Chronique réalisée pour les Chroniques de l’Imaginaire

Cet impressionnant volume contient trois romans de Suzuki présenté comme le Stephen King japonnais. Des films (japonais et américain) en ont été tiré, mais je ne les ai pas vus,  je n’ai donc pas été influencés par eux. D’après la critique, la version japonaise est excellente et l’américaine complètement ratée. Je connais très peu la littérature japonaise et ce livre n’était pas un premier choix, mais j’en ai hérité car il n’intéressait personne, je le précise pour tempérer ma critique, en particulier du tome 3.

Ring : c’est certainement le livre le plus connu de Suzuki, ce fut un immense succès de librairie. Une jeune fille de dix sept ans meurt brutalement d’une crise cardiaque, ainsi qu’un jeune homme de dix neuf ans, tous les deux au même moment. Le médecin conclut à un problème cardiaque, ce qui est possible chez des adolescents, même si c’est très rare. Asakawa est journaliste à Tokyo et oncle de la jeune victime. Il a connu un gros échec professionnel deux ans auparavant et désire plus que tout se racheter en écrivant un article formidable. En même temps, il ne peut croire à une coïncidence pour les décès de ces deux jeunes, il enquête et se rend compte que ce sont quatre adolescents qui sont morts en même temps d’un arrêt cardiaque, il cherche ce qui les relie avec l’aide de son ami Ryuji, un professeur d’université un peu loufoque qui se passionne pour les énigmes. Il s’agit d’une cassette vidéo trouvée dans un centre de vacances, elle est faite d’images assez étranges et surtout elle annonce que tous ceux qui ont vu les images mourront exactement une semaine plus tard, sauf s’ils se conforment aux instructions qui suivent. Malheureusement les jeunes n’ont pas pris le message au sérieux, n’ont pas fait ce qu’on leur demandait et surtout ont effacé la fin de la cassette. Plus personne ne sait que faire, Asakawa et son ami se lancent dans une course contre la montre pour stopper la malédiction de la cassette.

Double hélice : Mitsuo Ando est professeur de médecine légale et médecin légiste. Il est en pleine dépression suite à son divorce. Son petit garçon de quatre ans s’est noyé tandis qu’il devait le surveiller sur la plage et son mariage n’a pas résisté au drame. On lui demande d’autopsier le corps de son ami Ryuji, un ancien condisciple passionné d’énigmes. Mitsuo est franchement inquiet, car lors du deuxième examen du corps de Ryuji, il trouve à l’intérieur un morceau de papier sur lequel est marqué le mot « Ring » qui ne s’y trouvait pas lors du premier examen. De plus la victime semble décédée des suites de la variole, pourtant éradiquée depuis plusieurs décennies au Japon. Le médecin essaie de rassembler les pièces de ce puzzle épars et fait le lien avec le tome 1 de la trilogie Ring sur laquelle l’auteur revient avec moult détails et explications.

La boucle : Dernier tome de la trilogie et au début on a vraiment l’impression que c’est la pièce de trop, que l’auteur a vraiment voulu rajouter un troisième roman pour faire une trilogie, mais que ce roman n’a rien à faire là. Kaorou est depuis son enfance un génie de l’informatique et de la science, il se passionne pour les anomalies gravitationnelles et leur impact sur la longévité humaine. Devenu adulte il est un médecin et un chercheur brillant. Ses recherches portent sur une forme de cancer qui semble virale et ne touche que des chercheurs et des informaticiens de haut niveau dont son père. La première moitié de ce volume est assez insupportable à lire, il ne se passe rien et nous somme abreuvés de vocabulaire médical et scientifique jusqu’à plus soif. A ce moment, Kaorou fait le lien entre ses propres recherches et Ring, ce qui nous vaut une nouvelle et longue explication d’éléments dont Suzuki a déjà longuement parlé ailleurs. Mais cela débloque aussi la fin de l’histoire et apporte un dénouement surprenant qui redéfinit toute la trilogie.

J’ai beaucoup aimé Ring, même si le rythme est lent et que l’histoire a de la peine à démarrer, mais je crois que c’est typique de la littérature japonaise. Cette partie bascule peu à peu dans le surnaturel avec un fantôme bien inquiétant. Il se dégage une angoisse subtile et sourde qui contamine le lecteur. J’ai même rêvé que le méchant fantôme me poursuivait, c’est dire.  La deuxième partie est nettement moins fantastique, Mitsuo essaie de donner une explication rationnelle et scientifique, même s’il reste un soupçon de fantastique. La troisième partie n’en contient plus du tout, on est plutôt dans un livre de science fiction qui n’a plus grand chose à voir avec le début de l’histoire et malgré le dénouement très surprenant et ingénieux, ce tome 3 est vraiment très très indigeste, du moins pour les personnes pas intéressées par le genre science fiction et peu au fait de la littérature japonaise. Et j’avoue que je ne l’aurais jamais fini si je n’y avais pas été obligée. C’est sans doute en référence à la première partie qu’on a comparé l’auteur avec Stephen King.

Les personnages manquent de profondeur à mon avis, quant aux thèmes traités, en dehors du fantastique ce sont surtout les aléas de la vie, la mort, l’amour, le sens de la vie, l’amitié mais surtout la souffrance causée par la perte d’un être cher et la difficulté à faire le deuil. Un autre point très ennuyeux, c’est que les mêmes éléments sont expliqués et repris de nombreuses fois au cours du livre ce qui rajoute encore quelques longueurs à ce pavé.

J’ai un avis assez mitigé, j’ai beaucoup aimé le premier tome, trouvé le deuxième moins intéressant mais encore supportable, par contre le troisième ne m’a pas plu du tout.

Ring

 

 

La comptine des coupables, de Carine Gerhardsen

Chronique réalisée pour Les chroniques de l’Imaginaire

Le roman s’ouvre sur un meurtre horrible : Un homme égorge une jeune femme et ses enfants de deux et quatre ans. Un voisin va sonner chez elle le lendemain pour lui demander d’échanger leurs horaires à la buanderie. N’obtenant pas de réponse, il regarde par la fente destinée au courrier et voit du sang dans le couloir, il appelle donc immédiatement la police.

Le commissaire Conny Sjoberg se rend sur les lieux du crime avec son équipe. L’action se situe six mois après la fin de Hanna était seule à la maison, avec la même équipe d’investigation.  Rien n’explique ce geste très violent et la police est désemparée. La victime est une Philippine mariée à un Suédois dont on ne trouve aucune trace dans l’appartement, elle semble vivre de son travail de femme de ménage au noir, mais comment a t’elle pu se payer cet appartement valant plus de deux millions dans un quartier huppé? Et d’où provient l’argent qui tombe tous les mois sur son compte bancaire et qui semble supérieur à un revenu d’employée de maison ? Les enquêteurs pensent à un trafic de drogue ou à la prostitution… d’ailleurs les jolies jeunes femmes asiatiques ne sont -elle pas la plupart des prostituées, hasarde un jeune inspecteur.

D’habitude, les tâches administratives ennuyeuses comme les vérifications des appels téléphoniques et autres sont confiées à Einar Eriksson, le bougon de service qui excelle dans ces tâches ingrates, mais en ce lundi matin, il n’est pas venu travailler et ne s’est même pas excusé. Ce n’est guère dans ses habitudes, mais Conny a trop de travail pour y prendre garde.

D’ailleurs son équipe n’est pas au mieux de sa forme, son adjoint et meilleur ami Jens se remet d’une attaque et travaille toujours à cinquante pour cent. Petra déteste Jamal parce qu’elle croit qu’il l’a violée  après l’avoir droguée, et qu’il a essayé de la faire renvoyer par une manipulation informatique. Jamal n’est au courant de rien et croit que Petra est jalouse car il a eu une liaison avec Bella, le médecin légiste. Conny n’est pas en pleine forme non plus, tourmenté par une relation adultère qu’il entretient avec une femme médecin rousse, même s’ils ne se voient pas une fois par mois, Conny sait qu’il a dépassé le dérapage accidentel, il aime sa femme Asa et craint de tout perdre. Il essaie de se persuader que c’est de la faute de sa maîtresse, il en fait des cauchemars, et par-dessus le marché sa mère refuse de lui parler de son père dont il ne sait rien.

L’enquête dure une petite semaine du dimanche au vendredi soir suivant, chaque jour correspondant à un chapitre qui commence par les souvenirs en italique d’un homme dont on ne sait pas s’il est l’assassin ou un autre protagoniste (du moins au début). Il n’y a pas véritablement d’action en dehors du meurtre et de la conclusion de l’enquête, qui se poursuit lentement. L’accent est vraiment mis sur les personnages, leur psychologie et les liens qui les unissent. Et Conny ira de surprise en surprise sur ses collègues et sa famille. Au-delà de l’enquête, le sujet du livre, ce sont vraiment les états d’âme du héros, son questionnement intérieur et ses remises en question.

J’ai eu beaucoup de plaisir à lire ce livre, mais je crains que comme le précédant de la série, il ne me laisse pas de souvenir marquant, vu que ce n’est pas vraiment un polar d’action. Je suis impatiente de lire le prochain, je me demande comment Carine Gerhardsen pourra rebondir, tant cet opus donne l’impression de livrer toutes les clés des personnages, en particulier du commissaire. Les thématiques principales sont le passé, les préjugés et la culpabilité. Même s’il s’agit avant tout d’un polar portant sur la psychologie, il y a du suspense. Les personnages sont très bien construits et prennent plus d’épaisseur à chaque opus, leurs relations évoluent, et là aussi le lecteur ira de surprise en surprise, c’est un vrai plaisir de suivre leurs aventures.

La comptine