Douce nuit maudite nuit, de Seth Grahame- Smith

Chronique réalisée pour Les chroniques de l’Imaginaire

J’étais impatiente de découvrir ce roman, mais au final j’ai été bien déçue.

Balthazar, un jeune voleur syrien surnommé le Spectre d’Antioche s’enfuit à travers le désert de Judée avec l’armée à ses trousses. Il fanfaronne, persuadé que son chameau est jeune, en pleine forme et capable de distancer ses poursuivants. Mais une nouvelle fois il a parié sur le mauvais cheval, si l’on peut dire. Le matin il a pillé le palais d’un notable romain tyrannique dans une ville voisine, sûr de bénéficier de la complicité, ou pour le moins de la passivité de la jeune fille de la victime qu’il pensait avoir séduite. Mais la demoiselle a donné l’alerte et notre héros finira dans un cachot du roi Hérode le jour même après une rude bataille .

Le même jour, Joseph et son épouse Marie, sur le point d’accoucher cheminent en direction de Bethléem afin de s’inscrire au recensement, ils ne trouveront pas de place à l’auberge, mais dans une modeste étable où Marie donnera naissance à son fils.

En prison, Balthazar rencontre Gaspard et Melchior, il organise une évasion audacieuse et voici nos trois voleurs devenus mages, fuyant la prison d’Hérode et attirés par une étoile très brillante arrêtée dans un petit village. C’est ainsi que les mages, pas encore rois rencontreront Marie, Joseph et leur bébé.

Seth Grahame-Smith récrit le récit de la Nativité et nous conte les deux premières semaines de vie de Jésus. Deux semaines d’aventures et de batailles mettant en scène les mages, la sainte famille, Hérode et Ponce Pilate entre autres, sans oublier un magicien particulièrement maléfique. Le récit oscille entre épopée fantasy avec ses batailles sanglantes, la lutte du bien contre le mal, Dieu contre la magie, entre récit fantastique avec les interventions miraculeuses de Dieu et les mauvais tours du magicien et entre roman historique inclassable. Je l’ai trouvé vraiment très indigeste, les deux cent premières pages sont remplies de batailles, de sang, de violence avec des personnages totalement caricaturaux et sans épaisseur, conformes à leur légende, même si le cadre n’est pas tout à fait traditionnel.

Passé la page deux cent, les deux principaux personnages, Joseph et Balthazar prennent soudain vie. Ils deviennent des hommes rongés par le doute et travaillés par les question existentielles. Une piste intéressante s’ouvre et l’on reprend intérêt à ce récit chahuté. Malheureusement, cette piste  sera peu exploitée avant le magnifique et bref dernier chapitre du livre qui lui donne une épaisseur. On retourne aux scènes de batailles et de torture avec un Hérode plus pervers que jamais. Durant tout le livre, Jésus ne fait que dormir dans les bras de Marie, même si on peut lui attribuer quelques miracles, du moins à son Père céleste.

L’évolution de Joseph et de Balthazar sont les pistes les plus intéressantes du livre, malheureusement trop peu utilisées par l’auteur, qui a préféré nous livrer une épopée assez peu convaincante et plutôt rocambolesque. Heureusement que le dernier chapitre vient relever le niveau de ce livre pas franchement intéressant ni passionnant. Je me rends bien compte qu’il est difficile d’écrire un récit où tant de paramètres sont connus d’avance, mais je ne trouve pas que l’auteur a réussi à relever le défi. La grande violence et les descriptions sadiques trop présentes dans ce roman m’ont dérangée au plus haut point.

Douce nuit

Niceville, de Carsten Stroud

Chronique réalisée pour Les chroniques de l’Imaginaire

Ce polar est très déroutant et ne ressemble pas du tout aux classiques du genre. Il est à moitié polar et à moitié fantastique, nous sommes dans un univers proche de ceux de Stephen King ou John Connolly, mais en bien plus noir et glauque. L’action se situe dans le sud des USA, mais un sud mythique où tous les personnages ne sont pas de chair et de sang et où les rituels vaudous sont très présents.

C’est un roman vraiment très dense avec une multitude de personnages et de récits secondaires, donc très difficile à résumer. On s’y perd au début, puis le puzzle se met en place peu à peu.

Niceville a été fondée autrefois par quatre familles qui ont fini par se haïr. Plusieurs générations après, leurs descendants perpétuent la tradition sans bien savoir pourquoi. Reaney Teague, un adolescent regarde la vitrine d’un antiquaire et la seconde d’après il a disparu. D’ailleurs la ville bat des records dans les disparitions. Il est retrouvé dans un endroit insolite.  Un homme commet un massacre lors d’une course poursuite, un autre homme maltraite sa femme et sa fille, mais la justice le relaxe. Nick Kavanaugh, un policier, ancien des Forces spéciales et sa femme Kate, une avocate issue d’une des familles fondatrices de la ville décident de prendre ces enquêtes en main sans se douter de ce qui les attend. Des forces maléfiques sont à l’oeuvre, certains policiers sont corrompus et organisent un braquage où ils n’hésitent pas à tuer leurs collègues arrivés sur place.

Carsten Stroud nous emmène dans un univers complexe et très noir avec une multitude de personnages et d’histoires imbriquées les unes dans les autres. Par moment on s’y perd complètement, puis on retrouve le fil de l’intrigue, phénomène encore accentué par le fait qu’on ne sait pas toujours si on est dans le réel ou le fantastique, les personnages ne le sachant pas plus que nous bien souvent. Certains mystères s’éclaircissent peu à peu, mais il en reste encore beaucoup qui seront traités dans les deux autres volets de cette trilogie.

Les chapitres ont des titres plutôt mal choisis, car ils en disent trop sur ce qui va arriver dans le passage en question. Le texte est divisé en chapitres assez courts, amenant très souvent de nouveaux personnages, les rebondissements sont multiples. Toutefois la construction de ce roman semble par moment assez décousue, nous ne sommes pas dans une intrigue linéaire qui se dévore d’une traite. Malgré une certaine difficulté à appréhender l’ensemble de l’intrigue et à rentrer dans le livre, j’ai beaucoup aimé l’ambiance glauque, noire et fantastique. Et l’effort demandé au début pour apprécier ce polar atypique est finalement largement récompensé.

niceville

La colère des anges, de John Connolly

Chronique réalisée pour les Chroniques de l’Imaginaire

Nous retrouvons avec le plus grand plaisir Charlie Parker, le détective atypique du Maine. Charlie rencontre deux clients dans son bar favori. Le père de Marielle Vetters vient de mourir, c’est un ancien garde chasse. Il raconte à sa fille qu’il a trouvé une épave d’avion dans un coin  mal famé de la forêt du Maine, il était avec son ami Paul. Ils ont raté un cerf en chassant et le suivent pour l’achever, c’est ainsi qu’ils se retrouvent dans une zone de la forêt réputée hantée où personne ne va jamais. Ils trouvent une épave d’avion à moitié enfoncée dans un étang. Dedans, pas de cadavre, mais deux cent mille dollars et une liste de noms. Les deux hommes prennent l’argent et la première page de la liste. Ils ne mènent pas la grande vie, mais dépensent leur argent avec parcimonie pour aider leurs proches, car les zones forestières sont très pauvres et la vie y est difficile.  Les deux amis sont conscients d’avoir mal agi et s’attendent à voir un jour ou l’autre des policiers venir les questionner, mais les choses se tassent et ils pensent que personne ne sait rien.

Puis un jour une très belle femme et un homme répugnant affecté d’un goitre viennent poser des questions dans le bar du village.  Ils n’apprennent rien, mais désormais les deux amis ont peur. Un jour l’homme au goitre vient rendre visite à la femme d’ Harlan soignée dans un centre spécialisé pour les malades d’Alzheimer, le vieil homme comprend qu’il est au courant pour l’argent, mais il nie.  L’homme effraie sa femme qui tient pour une fois des propos lucides et demande à Harlan de tout raconter à Charlie Parker. Il transmettra le message plusieurs années après à sa fille juste avant de mourir.

L’homme au goitre c’est Brightwell, que Charlie a tué quelques années auparavant, il la rassure donc même si lui-même n’est pas tout à fait sûr qu’il est vraiment mort. Avant de se lancer dans la recherche de l’épave, Charlie se rend à New York pour rencontrer son allié le rabbin Epstein pour discuter de cette affaire. Mais une bien mauvaise nouvelle attend notre détective et ses amis.

Ce thriller est différent du reste de la série. D’habitude, il y avait juste un soupçon de fantastique et on sentait que Charlie a des capacités particulières. Ici on baigne dans un univers fantastique du début à la fin, on en apprend plus sur Charlie et sa drôle de vie. Sa mission n’est pas de pourchasser des criminels ordinaires, mais des démons. Les méchants du livre sont clairement identifiés de cette façon. On est dans un univers de type Stephen King, l’intrigue semble assez ordinaire, mais il ne faut justement pas se fier aux apparence. Le roman est très prenant et passionnant, mais aussi inquiétant

La colère