La loi du sang, de Deborah Crombie

Chronique réalisée pour Les Chroniques de l’Imaginaire

Ce polar très agréable à lire nous emmène dans l’East End londonien, quartier autrefois très pauvre où sévit Jack l’Eventreur, mais actuellement habité principalement par les communautés indiennes et pakistanaises. Le livre s’ouvre sur la découverte du cadavre de Naz un avocat d’origine pakistanaise, par l’inspecteur Gemma Jones, dans un parc du quartier. Naz Malik était déjà sous enquête car on le soupçonnait d’être responsable de la disparition de son épouse Sandra Gilles, une artiste très à la mode dans ce quartier bobo. Tous leurs amis affirment qu’elle n’aurait jamais abandonné sa petite fille de trois ans, ni son mari et qu’ils forment une famille très unie.  L’enquête piétine, mais le meurtre dont il est victime semble mettre Naz hors de cause.

L’enquête est désormais confiée au commissaire Duncan Kincaid, partenaire de Gemma au travail et dans la vie où ils forment une famille recomposée très heureuse. Ils vont enquêter dans le milieu des immigrés indo-pakistanais. Sous une apparence très lisse le couple de victime semble avoir eu des fréquentations pas très nettes et des liens avec divers réseaux de trafic de drogue, de prostitution et de travail au noir.

Même si l’auteur est américaine, il s’agit d’un polar anglais très classique avec une enquête qui progresse assez lentement, une construction minutieuse et l’utilisation de la déduction. On n’est pas plongé dans un univers très noir et très violent, même si les protagonistes sont loin d’être des anges, l’ambiance n’est pas glauque.

Le couple de policier est très attachant, avec une psychologie très développée. On sent qu’ils ont un long passé commun, et de fait il s’agit d’une série. La loi du sang est leur cinquième aventure, mais on peut la lire sans connaître les autres épisodes, ce qui est mon cas. Le personnage de Gemma est très construit, on partage sa vision de l’enquête, ainsi que sa vie de famille. La mère de la jeune femme est très malade et le couple se sent poussé au mariage par leur famille. Gemma aimerait une cérémonie simple et originale tandis que sa mère l’oriente vers un mariage plus classique. La scène du mariage est d’ailleurs très réussie et pleine d’émotions.

L’enquête avance peu à peu tandis que Gemma s’attache à  la petite Charlotte et fait tout pour lui éviter un placement en foyer d’accueil. Les deux policiers sont les vrais héros de ce roman qui présente une enquête aboutie et bien menée par des officiers très loin des caricatures de flics qu’on trouve parfois dans certains polars.

Même si ce n’est pas le polar du siècle, il s’agit d’un livre très agréable à lire. Une enquête très classique qui nous change des univers glauques de certains auteurs et que j’ai beaucoup appréciée, mais qui paraîtra sans doute trop légère aux lecteurs amoureux de romans très noirs. Un petit bémol : L’auteur aurait pu développer mieux le thème de l’immigration indienne, on a l’impression d’être observateur, mais de ne jamais y entrer vraiment.

La loi du sang

 

Noces macabres, de David Thomas

Chronique réalisée pour Les Chroniques de l’Imaginaire

Peter Crookham est architecte en Angleterre ainsi que sa fiancée Marianna dont il est fou amoureux depuis qu’il l’a rencontrée. Elle est originaire de Berlin Est, elle y a grandi dans les années dix neuf cent quatre vingt. En ce temps là le Mur n’était pas encore tombé et la Stasi faisait régner la terreur par ses arrestations arbitraires. Malgré une relation très forte avec Peter, Marianna refuse de parler de son  enfance et du passé de sa famille.

Un soir en rentrant du bureau, Peter trouve son frère Andy lacéré de coups de couteau et Marianna en état de choc et couverte de sang. Tout accuse la jeune femme, mais il refuse absolument de croire à sa culpabilité. Peter se lance dans une contre-enquête dans le but de démontrer l’innocence de sa fiancée. Andy était journaliste et Peter découvre en fouillant dans ses notes qu’il enquêtait sur Marianna qu’il soupçonnait de se cacher sous une fausse identité. Peter va à Berlin essayer de démêler cet écheveau, expliquant au passage le vie des Allemands derrière le rideau de fer. Il se trouve confronté à des meurtres, des menaces et quelques personnages totalement caricaturaux.

The Guardian nous promet un livre captivant et surprenant…. en réalité il n’est guère captivant et s’il y a surprise, elle n’est pas bonne. Les personnages n’ont aucun relief, ne sont pas attachants et Peter semble même totalement indifférent à la mort de son frère. C’est un personnage plutôt antipathique et très peu vraisemblable. Ses réactions sont assez peu crédibles. L’intrigue semble d’abord partir dans la bonne direction mais la baudruche se dégonfle rapidement. Les divers rebondissements sont cousus de fil blanc et plutôt attendus, pas de quoi tenir le lecteur en haleine. Le style de l’auteur est aussi plat que le reste, quant au dénouement il est grotesque, pas crédible pour un sou.

Un livre au final sans relief, assez ennuyeux et condamné sans doute à un oubli rapide

Noces macabres

Dernière conversation avec Lola Faye, de Thomas H. Cook

Chronique réalisée pour les Chroniques de l’Imaginaire

Luke Paige est un spécialiste de l’histoire américaine. Il se trouve à Saint Louis pour une conférence sur les choix funestes de l’histoire militaire du pays. Il visite le musée de la conquête de l’ouest en attendant l’heure de son exposé. Il rêve devant une vitrine présentant de veilles couvertures de pionniers toutes rêches. Il se rappelle de ses ambitions de jeunesse, il désirait devenir un grand historien et écrire des livres passionnants, au lieu de cela il est professeur d’histoire des civilisations dans une université peu prestigieuse de Boston et écrit des monographies destinées à des spécialistes.

Il prononce sa conférence devant un public essentiellement féminin et propose de dédicacer son dernier livre à la boutique du musée. Une femme s’y rend et lui demande s’il la reconnaît. Après quelques instants de stupeur, Luke découvre qu’il a en face de lui Lola Faye, elle lui propose de discuter quelques instants du bon vieux temps.

Pour Luke Lola Faye fait partie de ses plus mauvais souvenirs. Vingt ans auparavant, elle était la maîtresse de son père qui a été assassiné par le mari délaissé et jaloux. Luke a ensuite quitté Glenville (Alabama) pour commencer des études à Harvard et n’y est jamais retourné. Pour Luke les choses sont claires et simples, la culpabilité de son père et de sa maîtresse ne fait aucun doute et il n ‘a guère envie d’avoir une dernière conversation avec Lola Faye, comme elle le lui propose. Il accepte pourtant et ils se rendent au bar de son hôtel. Il pense que ça ne prendra que quelques minutes.

La conversation se prolonge durant plus de trois cent pages et Lola Faye oblige Luke à revisiter son passé, en particulier son adolescence et les quelques mois qui ont précédé et suivi la mort de son père.

Le personnage de Lola Faye est tour à tour sympathique, insupportable, maternelle, inquiétant. A travers une conversation qui peut sembler par moment très décousue  elle oblige Luke à reconsidérer tout son passé, balayant toutes ses certitudes, lui arrachant son plus sombre secret, mais lui offrant finalement la rédemption qu’il cherchait en vain depuis toutes ces années.

C’est un suspense psychologique et un roman noir qui nous dépeint une petite ville du sud des USA. Une ville laide et sans espoir aux yeux de Luke. Mais elle lui colle à la peau. Le lecteur se demande souvent quelles sont les intentions réelles de l’héroïne et le dénouement n’est pas celui qu’on attend. L’auteur nous propose toute une réflexion sur la culpabilité et l’innocence ainsi que sur le prix démesuré de certains rêves.

Dernère conversation

Corbeaux, de Vidar Sundstol

Ce volume termine la magnifique, fantastique…. trilogie du Minnesota.

Nous retrouvons Lance, en pleine déprime deux mois après la tragique partie de chasse au cours de laquelle il a failli tuer son frère accidentellement (racontée dans le tome 2), mais Andy ne croit pas que le coup est parti tout seul, il est persuadé que son frère a voulu le tuer après qu’il l’ait lui-même menacé de mort. Lance se terre dans un motel canadien tout proche de la frontière, mais il fait croire à ses proches qu’il est en Norvège en faisant envoyer des cartes par un ami. Puis un déclic se passe, il ne veut plus rester prostré sur son lit à regarder la télévision, il décide de rentrer chez lui une nuit.

Il va dans une cafétéria végétarienne, sûr de ne rencontrer personne de ses connaissances dans un tel endroit. Pas de chance, la biologiste de la station où il travaille fait ses courses dans la boutique mais ne le voit pas. Lance se rend ensuite dans un bar mal famé, car il ne veut pas que ses proches sachent qu’il est revenu. Une jeune fille gothique l’aborde, il s’agit de sa nièce Chrissy, qui a bien changé depuis la dernière fois qu’il l’a vue. C’est maintenant une adolescente tourmentée de dix-sept ans qui semble avoir de mauvaises fréquentations, son oncle lui raconte qu’il est en mission secrète pour enquêter sur la mort du touriste norvégien (Tome 1 ) et lui demande de ne révéler à personne, et surtout pas à ses parents, qu’il est de retour. C’est le début d’une partie de poker menteur avec sa famille.

Lance est convaincu que son frère Andy est le meurtrier, surtout que de nombreux indices le désignent, pourtant c’est Lenny, un jeune Indien toxicomane qui est en prison. Lance est écrasé par la culpabilité, faut-il parler et envoyer son frère derrière les barreaux ? Mais comment vivre en étant la seule personne capable d’éviter une erreur judiciaire, s’il ne le fait pas ? Il mène l’enquête discrètement avec l’aide de Chrissy. Il a aussi découvert le secret de ses ancêtres et se sent accablé par le poids des non-dits et des mensonges qui sont le lot de sa famille depuis de nombreuses générations. Seul contre tous il se confronte à tous ces secrets malsains qui lui permettront peut être de faire un choix éthique entre son frère et l’innocent emprisonné. Mais l’enquête est parsemée de nombreux rebondissements pour aboutir à un dénouement tout à fait inattendu et un final grandiose où Lance peut réconcilier passé et avenir pour lui-même. La malédiction familiale sera brisée car il a accepté d’en payer le prix.

Ce livre – et toute la trilogie – est un chef d’oeuvre absolu, les mots me manquent pour le qualifier, coup de coeur est bien trop faible et trop banal. Il s’agit à la fois d’un polar, d’un roman noir, d’un roman intimiste et d’un superbe poème sur la nature et le sens de la vie. Lance est plus qu’un personnage attachant, il semble vivant, comme un ami lointain qu’on aurait rencontré au cours d’un voyage et qu’on n’oubliera pas, même si la distance ne nous permettra pas de le revoir. Il prend sa place parmi les grands héros que l’on a croisé un jour et qui ont colonisé un coin de notre vie comme le docteur Rieux, Jean Baptiste Clamence, Hamlet et quelques autres.

Le Minnesota, en particulier la région du Lac Supérieur, est un personnage du livre à part entière. Désormais une partie de l’âme du lecteur y réside pour toujours, comme dans le Maine de Connolly  et de Stephen King ou le New York de Paul Auster, l’Algérie de Camus. Il est des lieux imaginaires plus réels que ceux que nous traversons tous les jours.

Il s’agit d’une trilogie et pas d’une série, il est impératif de lire les trois volume dans le bon ordre pour la compréhension de l’intrigue. C’est un tout et il serait vraiment très dommage de n’en lire qu’un.

Je rajoute quelques photos de la région du Lac supérieur pour vous mettre dans l’ambiance et vous donner encore plus envie de le lire.

CorbeauxDuluth Duluth

croix de Baraga La croix de Baraga

Two Harbors Two Harbors

Grand Portage State Park - High Falls Grand Portage

Grand portage 1 Grand Portage

Lac supérieur Lac Supérieur

Lac supérieur 1 Lac Supérieur

Lac supérieur 2 Lac Supérieur

 

 

Corsaire, de Clive Cussler et Jack Du Brul

Chronique réalisée pour Les Chroniques de l’Imaginaire

Le livre s’ouvre sur une bataille navale opposant les USA aux pirates barbaresques en 1804 au large de Tripoli. Les pirates rançonnent les autres pays ou attaquent leurs navires et réduisent leurs équipages à l’esclavage, et ceci depuis des siècles. Mais les jeunes USA refusent cet état de fait et déclarent la guerre aux pirates. Au cours de la bataille, le lieutenant Henry Lafayette se bat au corps à corps avec Suleiman Al- Jama le chef des pirates, tous deux tombent à l’eau.

Nous revenons ensuite à notre époque et des pirates somaliens attaquent un vieux cargo, ils enferment l’équipage dans le mess et fouillent le navire, qui a une cargaison très intéressante pour eux. Ils décident d’amener le rafiot dans leur camp de base, tout heureux d’apporter ces belles marchandises à leur chef, un seigneur de la guerre.

Nous suivons ensuite une équipe d’archéologues qui font des fouilles en Tunisie dans des ruines romaines tandis que trois d’entre eux, envoyés par le gouvernement américain cherchent la cachette dans laquelle le pirate Al Jama se serait réfugié avec Henry Lafayette après leur combat. Les deux hommes sont devenus amis et le vieux pirates qui agissait par haine du christianisme aurait changé de position en voyant les similitudes entre la Bible et le Coran, il aurait écrit des traités sur la nécessité pour les deux religion de vivre en paix.

Et justement de paix il va en être beaucoup question dans ce thriller, une conférence sans précédant va s’ouvrir dans les prochains jours à Tripoli, sous l’égide de Fiona Katamora, la secrétaire d’Etat américaine, bien décidée à réconcilier le monde musulman avec l’Occident. Mais son avion disparaît des radars, les archéologues ont vu son avion en difficulté et se mettent à la recherche du lieu du crash.

En Somalie, le vieux rafiot s’est avéré être un navire de mercenaires super sophistiqué qui effectue des missions que les troupes régulières ou même la CIA ne peuvent réaliser. Le piège s’est refermé sur les pirates dont le chef a été capturé et livré à la justice internationale. Un membre du gouvernement américain demande à Juan et à ses hommes de se lancer au secours de la secrétaire d’Etat, car on craint vivement qu’un très dangereux terroriste qui a repris le nom de Suleiman Al Jama fasse capoter la conférence.

Ce thriller avait tout pour être affreusement ennuyeux, c’est du moins ce que j’ai pensé en lisant la très longue et très complète description de la bataille navale de 1804. L’histoire n’est pas très originale, les héros américains comme on peut les attendre (style Vingt-quatre heures chrono ), il y a sans cesse des batailles avec des gadgets à faire pâlir d’envie James Bond, un trésor fabuleux découvert bien sûr par  nos chers amis les Templiers, des terroristes islamistes très cruels et quelques autres poncifs du même genre. Et pourtant avec ces éléments pas franchement nouveaux, les auteurs arrivent à écrire un super thriller où l’on ne s’ennuie pas une minute avec de multiples rebondissements et dans lequel on est complètement pris. A tel point que le côté « roman  de garçon » avec la description de nombreux combats et d’armes tellement sophistiquées qu’on ne sait si elles existent dans la réalité ou si c’est de la science-fiction, cet aspect passe très bien. Je suis quand même épatée de voir quel excellent thriller les auteurs ont réussi à écrire avec tant de lieux communs. On a l’impression de vivre l’action avec les héros et on ne peut qu’être pris dedans.

Pas de réflexion très développée, mais un livre qui apporte sa dose de plaisir et d’adrénaline, malgré une vision très américaine des problèmes mondiaux.

Corsaire