La méthode du crocodile, de Maurizio De Giovanni

Chronique réalisée pour les Chroniques de l’Imaginaire

A quarante-cinq ans, l’inspecteur Giuseppe Lojacono, dit Peppucio est un homme brisé. Il est Sicilien et menait une carrière heureuse dans la brigade mobile d’Agrigente, jusqu’à ce qu’un maffieux repenti l’accuse d’avoir transmis des informations importantes à l’organisation. Sa famille a immédiatement été envoyée en sécurité à Palerme et lui à Naples dans un petit commissariat. Il n’y avait aucune preuve de son implication, mais ses chefs lui inflige une sanction disciplinaire : Il est affecté au bureau des plaintes et on lui interdit de participer à la moindre enquête. Il passe donc ses journées à jouer sur son ordinateur dans un bureau désert tandis que sa famille se désagrège. Même à la fin du livre on ne saura pas si Lojacono a vraiment collaboré avec la mafia ou s’il est victime d’une accusation mensongère.

Une nuit alors qu’il est de garde, il est appelé sur les lieux d’un crime : un jeune a été abattu d’une balle dans la tête. Il collecte les premiers renseignements et les transmets à Laura Piras, l’assistante du procureur. L’arme utilisée est banale et peu précise. Pour Peppucio cela exclut la mafia, mais le lendemain, son chef lui retire l’enquête et le renvoie se morfondre devant son ordinateur. Le jeune était un dealer et pour le commissaire il ne peut s’agir que d’un règlement de compte entre criminels.

Une semaine après deux autres jeunes sans histoire sont tués de la même façon, on retrouve aussi auprès d’eux un mouchoir imbibé de larmes. La presse s’empare de l’affaire et baptise le tueur « le crocodile », la police n’avance pas, la piste mafieuse ne mène nulle part et finalement on confie quand même l’affaire à Peppucio sur l’insistance de Laura. L’inspecteur sait que le tueur est comme un crocodile, non pas à cause des mouchoirs plein de larmes, mais par sa façon de traquer ses proies caché au fond du marécage. Il veut se racheter aux yeux de ses chefs, retrouver sa dignité de policier et se lance dans une traque implacable de cet assassin mystérieux.

C’est un polar vraiment passionnant et prenant, un de ces livres qu’on n’a pas envie de lâcher. On n’est pas du tout dans Naples version touristique avec du soleil et la mer. Non c’est une ville froide, pluvieuse, les gens sont tristes et indifférents les uns aux autres, le mal rôde, insaisissable. Une vraie ambiance de roman noir. Les personnages principaux sont attachants et intéressants. Le style est très dynamique aussi, le livre étant découpé en brefs chapitres qui donnent la parole aux différents personnages à tour de rôle.

J’ai vraiment beaucoup aimé cet inspecteur si triste et pourtant déterminé à sortir la tête de l’eau, cette ambiance glauque, la façon dont l’intrigue progresse. J’ai tout aimé dans ce livre et je le recommande chaleureusement.

la méthode

Le dixième anniversaire, de James Patterson

Chronique réalisée pour Les chroniques de l’Imaginaire

Le Women murder club est composé de quatre personnes et l’on suit ici leur dixième aventure. Il y a Lindsay, sergent dans la police  de San Francisco, Claire, le médecin légiste du département, Cindy, journaliste spécialisée dans les affaires criminelles et Yuki l’assistante du procureur. Elles se connaissent depuis dix ans justement et nous suivons quelques unes de leurs péripéties. Lindsay est le personnage principal du club, elle fait le lien entre les différentes affaires et enquêtent sur toutes.

Le livre commence par le mariage de Lindsay avec Joe, un ancien du FBI rencontré dans une précédente enquête. Quelques jours plus tard, elle revient travailler, elle a désormais un nouveau chef, le précédant étant devenu chef de la police de la ville.  Il envoie la jeune femme recueillir le témoignage d’une adolescente que des  passants ont trouvé ensanglantée et conduit à l’hôpital. Elle est inconsciente, elle a perdu beaucoup de sang et vient d’accoucher selon le premier examen des médecins. Elle a été retrouvée nue sous un Kway, pleine de sang en train d’errer sur un terrain vague. Aucune trace du bébé, les recherches menée dans les environs du terrain vague n’ont rien donné et la jeune fille ne revient à elle que tard dans la soirée. Elle ne se souvient de rien, du moins pas grand chose, mais prétend avoir été enlevée et ne pas savoir où est le bébé. Lindsay se lance dans une enquête difficile avec sa brigade, les indices manquent et la jeune fille est tout sauf coopérative, elle est issue de la jeunesse dorée et pense avoir tous les droits.

Yuki de son côté travaille sur le dossier du Dr Candace Martin, une cardiologue très réputée, accusée du meurtre de son mari, un coureur de jupons notoire. Elle a un très bon avocat et le procès est ouvert. Yuki est plus ou moins persuadée de la culpabilité de l’accusée, mais surtout elle doit absolument remporter ce procès pour l’avancement de sa carrière.

Cindy enquête pour son journal sur une série de viol, elle est sous pression, car une nouvelle journaliste vedette a été engagée et elle craint de perdre son poste. Elle est prête à prendre tous les risques pour écrire son papier. Claire quant à elle est très peu présente dans ce volume.

On peut lire sur la quatrième de couverture que ce livre suit un rythme implacable et nous invite à des aventures plus étourdissantes que jamais…. C’est très exagéré. Il s’agit d’un sympathique petit polar américain plutôt soft. Il est agréable à lire, mais on est bien loin des sommets de la littérature policière. Les différentes intrigues ne réservent pas de vraies surprises et la place accordée à la vie privée de nos enquêtrices est trop importante, on sait tout de leurs amours, de leurs goûts vestimentaires ou alimentaires et cet aspect est trop développé par rapport aux enquêtes policières. On sent dès le début qu’on est dans un polar plus rose et gris que noir.

Si les descriptions des audiences sont trop longues, il est intéressant de voir le fonctionnement de la justice américaine, et là c’est vraiment implacable et effrayant. On dirait un match de tennis entre l’accusation et la défense, l’important est de gagner et peu importe les dégâts humains que ça entraîne, finalement peu importe la vérité aussi.

En résumé c’est un petit polar américain assez soft et agréable à lire, mais qui ne me laissera pas des souvenirs impérissables. Même si c’est une série, il n’y a pas besoin de lire les autres pour aborder celui-ci, les aventures de ces dames étant indépendantes les unes des autres.

10 eme

 

Organes vitaux, d’Elsebeth Egholm

Chronique réalisée pour les Chroniques de l’Imaginaire

Nous retrouvons la journaliste Dicte Svendsen devenue rédactrice en chef  et son ami Bo toujours photographe dans le même journal. La tranquille ville d’Arhus nous réserve de nouvelles mauvaises surprises après les exécutions à la mode Al-Qaïda.

Le corps d’une jeune femme est retrouvé sur le parking du stade municipal, elle a été battue à mort avec une grande sauvagerie à l’aide d’ un tuyau en pvc. L’affaire est confiée à l’inspecteur John Wagner, qui est aussi un ami de Dicte. Cette dernière est prévenue par Bo et arrive rapidement sur place. Elle interroge la petite fille de dix ans qui a trouvé le corps et celle-ci lui montre la vidéo qu’elle a tourné avec son téléphone, ce qu’elle n’a pas dit aux policiers.

Sur le film, derrière le corps mutilé de la victime on voit apparaître un pied chaussé de botte. Un autre affaire secoue la ville, un homme mystérieux traque les femmes dans les bars et les boites de nuit pour trouver des partenaires plus ou moins consentantes pour ses jeux sado-maso. Est-ce une coïncidence ou s’agit-il du même homme ? Est-ce un jeu sexuel qui a mal tourné ou y a t’il un criminel plus dangereux encore derrière ce meurtre ? L’enquête de la police peine à avancer, les rapports entre forces de l’ordre et presse sont loin d’âtre au beau fixe, journalistes et policiers semblant même s’affronter dans une course contre la montre pour résoudre tous ces mystères.

Dicte et Bo retrouvent la trace de deux crimes semblables qui n’ont pas été résolus en Pologne et au Kosovo. Comme dans son enquête précédente, Dicte semble être liée à l’assassin et surtout avoir de nombreux secrets à cacher, son passé semble bien obscur. On fait pression sur elle et un détenu la contacte. Il prétend détenir des informations capitales sur ces meurtres et lui propose un échange. C’est un chantage subtil et Dicte ne sait plus comment réagir.

C’est avec un immense plaisir que j’ai retrouvé ces personnages, ces polars nordiques sont vraiment fantastiques. On est à des années-lumières de l’univers très soft et aseptisé de certains polars américains. On est dans un monde noir et violent, les crimes sont barbares et sanglants, on est plongé dans le mauvais côté de nos sociétés, celui qu’on préfère ignorer. Les personnages principaux du livres ont aussi une épaisseur qui les rend bien vivants. L’intrigue est tout à fait passionnante et on est tout de suite pris par l’histoire. En même temps, Dicte et Bo ont des soucis familiaux, des obligations diverses. On a l’impression de côtoyer des vraies gens, de se déplacer dans de vrais lieux et c’est ce qui fait tout le charme de ces polars venus du froid. La construction du roman est très classique, le puzzle se met en place peu à peu.

C’est vraiment un excellent thriller à ne pas manquer. Je suis déjà très impatiente de découvrir le troisième opus de la série qui vient de sortir en grand format.

Organes vitaux

Tu ne m’échapperas pas, de Lisa Gardner

Chronique réalisée pour les Chroniques de l’Imaginaire

J’ai retrouvé Lisa Gardner avec grand plaisir, on n’est jamais déçu de ses livres.  Celui-ci appartient à une série, mais, on peut très bien les lire séparément car ils mettent en scène à chaque fois des personnages différents.

Rainie Conner est l’adjointe du shérif dans la petite ville de Baskerville dans l’Oregon, une bourgade tranquille où il ne se passe jamais rien. Ce jour-là toutefois un drame se produit : une fusillade dans l’école du coin. Rainie arrive sur place et trouve son chef, le shérif en train de négocier avec son fils Danny âgé de treize ans trouvé les armes à la mains. Deux fillettes et une enseignante ont été abattues. Très vite le petit se rend à son père et avoue les meurtres.

L’enquête est confiée à Rainie. La ville a déjà jugé l’enfant et sa famille, toutefois l’enquêtrice est persuadée que Danny n’est pas le seul coupable, mais qu’il a des complices ou a été manipulé. Pierce Quincy, un expert du FBI pour les fusillades en milieu scolaire vient l’aider dans ses recherches. Très vite il apparaît que Danny avait un mystérieux correspondant sur Facebook et qu’un homme en noir rôdait autour du collège au moment de la fusillade.

Cet homme semble tout savoir de Rainie et la pourchasser. Notre héroïne doit gérer son enquête, son amitié pour le père de Danny,  ses sentiments pour Pierce Quincy  et le souvenir du drame de sa jeunesse qu’elle voulait enfouir et refouler, mais que la fusillade fait resurgir. Elle est le modèle de la policière consciencieuse qui refuse d’accepter la voie la plus facile qui s’offre à elle et qui fait tout pour faire triompher la justice.

Il y a beaucoup d’actions et de rebondissements au début et à la fin du livre, le milieu est un peu plus tranquille. Le suspense ne porte pas tant sur l’auteur de la fusillade, car Danny semble porter une responsabilité écrasante, mais sur l’identité de cet homme en noir, en effet tout le monde ou presque dans cette petite ville pas si tranquille aurait une bonne raison d’être mêlé au massacre. L’enquête de Rainie fait ressortir tous les vilains secrets, petits ou grands de Baskerville.

Les personnages sont très bien travaillés, avec une psychologie bien développées et l’on est pris dans l’intrigue dès le début. L’histoire sentimentale entre Rainie et Pierce n’est pas gênante et s’intègre bien dans le roman. Lisa Gardner pose aussi les bonnes questions sur la société américaine : la violence, l’accès trop facile aux armes, la pression que subissent les jeunes, le poids des secrets et du passé dans une petite ville.

C’est un excellent polar au dénouement inattendu qui surprendra plus d’un lecteur.

Tu ne m'échapperas pas

 

L’été de toutes les peurs, de Mary Jane Clark

Chronique réalisée pour Les Chroniques de l’imaginaire

Après avoir conduit la petite Janie Blake au centre aéré, la gouvernante, Madame Garcia fait tranquillement le ménage quand un homme déguisé en Popeye l’enlève. Il lui demande de récupérer la fillette de sept ans sous peine de tuer sa propre fille. Carmen Garcia cède à la menace et c’est le début de cinq jours d’angoisse pour l’enfant et sa gouvernante kidnappées par un couple déguisés en Popeye et Olive.

Pendant ce temps, Eliza Blake présentatrice vedette d’une chaîne de télévision new-yorkaise ne se doute de rien et passe sa journée en papotages avec ses amies branchées et en interviews. En rentrant du travail, elle va faire la sieste dans son jardin et ne se rend compte de l’absence de sa fille que dans la soirée.  Dès lors, c’est le branle-bas de combat pour retrouver les disparues avec la presse, la police, le FBI et même une voyante.

On parle très peu de la gouvernante, un peu de Janie, mais le personnage central du livre est sa mère, Eliza et deux de ses collègues. L’auteur essaie bien de nous égarer sur des fausses pistes en créant une foule de personnages, mais on voit bien que ce serait trop facile.

Le récit est très linéaire, peu ou pas de rebondissement. Les personnages ne sont pratiquement pas développés en dehors d’Eliza qui a un côté mondain très énervant. Il y a une foule de personnages secondaires à peine ébauchés qui servent à tenter de nous jeter sur une fausse piste. Certains de ces personnages sont si peu différenciés qu’ils en sont interchangeables, ce qui est voulu par l’auteur pour créer l’une des fausses pistes, mais tout est tellement flou et vague que le lecteur n’est pas pris au jeu. Eliza est aussi très artificielle et pas bien attachante.

Je voulais découvrir cet auteur car j’ai de bons souvenirs de sa belle -mère Mary Higgins Clark, mais ce livre sera oublié aussitôt chroniqué. On est dans un univers un peu semblable à celui de Mary Higgins Clark mais traité de façon assez peu convaincante. On nage en plein dans les bons sentiments et un univers plus rose bonbon que noir avec bien sûr un happy end. Eliza arrive même à coiffer au poteau le FBI.

Toutefois pour tempérer cette critique plutôt dure, je dirais que j’ai largement découvert l’univers du polar depuis l’époque lointaine où je lisais les romans de Mary Higgins Clark et que je préfère la noirceur ou au moins un univers un peu moins rose que celui de Mary Jane Clark. Toutefois les adolescentes, les personnes intéressées par le monde de la télévision et les amateurs de polars très softs vont certainement apprécier ce livre qui n’a quand même pas que des défauts, même s’il m’a ennuyée.

L'été