Crime song, de Jake Arnott

Chronique réalisée pour les Chroniques de l’Imaginaire

Bien que ce livre soit le deuxième tome de son histoire, Harry Strack n’y fait qu’une très brève apparition. Ce n’est pas la suite chronologique, mais nous suivons d’autres personnages de la saga, au cours des années 1966-1985. Certains personnages reviennent comme Lord Thursby ou George Mooney, mais les principaux héros du livre n’apparaissaient pas dans le premier tome, ce qui signifie qu’on peut très bien commencer la saga par celui-ci. L’auteur se plaît à multiplier les points de vue différents sur ces années et c’est un vrai bonheur de lecture, un de ces polars qu’on lirait d’une traite si on pouvait.

Nous suivons trois personnages principaux confrontés à leurs démons. Le premier est Tony, qui rêve d’écrire un roman noir. Depuis sa plus tendre enfance sa mère ne le comprend pas et il quitte sa province à l’âge de dix-huit ans. Il fait des petits boulots en essayant d’écrire son livre et finit comme pigiste dans un journal bas de gamme et populiste,Il s’occupe des crimes et des faits divers peu ragoutants.

Il y a ensuite Billy une petite frappe sans envergure, qui rêve de braquer une banque avec trois complices encore plus pitoyables que lui. Ils ne fréquentent pas le milieu ni les caïds, ce sont juste de petits voyous  qui alternent coups minables et petits boulots tout en faisant croire à leurs proches qu’ils travaillent normalement. Billy a été renvoyé de son école, envoyé en maison de correction pour une peccadille, ensuite il fait son service militaire durant la guerre de Corée. Il obtient un petit grade, mais l’armée refuse de l’engager ensuite comme professionnel à cause de son passage en maison de correction. A partir de là, sa trajectoire dérape peu à peu.

Le personnage principal est Frank, un jeune inspecteur de la Criminelle, dévoré d’ambition, il choisit la voie de promotion rapide, c’est à dire celle qui passe par les études universitaires.

Le roman commence en 1966, quelques semaines avant la coupe du monde football organisée en Angleterre. Le chef de la police londonienne veut nettoyer la ville avant l’arrivée des touristes et des supporters, c’est à dire fermer les tripots, les lieux de prostitution etc. Frank doit intégrer la brigade volante, mais avant il est affecté à cette campagne contre le vice. Il retrouve Dave son partenaire de la criminelle. C’est un policier foncièrement honnête, qui met en garde Frank contre les tentations, car la police est en général corrompue et il voit bien que son ami est trop ambitieux. Dave veut essayer de sauver Jeannie une jeune prostituée. Goerge Mooney, responsable de la brigade des moeurs et totalement corrompu met en place un piège pour écarter Dave de l’enquête car il craint ce flic totalement intègre. Finalement c’est Frank qui tombe dans le piège. Lui n’est pas aussi intègre que Dave, même s’il refuse la corruption. Pourtant Mooney  et son chef lui font comprendre qu’il doit accepter certaines compromissions s’il veut de l’avancement. Il trahit son ami Dave pour faire carrière, ce dernier refuse de lui parler et d’écouter ses explications. Frank est désespéré quand Dave et ses équipiers sont abattus par Billy et sa bande de ratés, c’est un accident, mais les policiers ne le savent pas. Il devient l’ennemi public numéro un et il passe sa vie à fuir.

Nous suivons ces trois hommes dont le destin se croise et se mêle. Tous sont confrontés à leurs démons, à leurs ambitions et à leurs désirs.  Le roman se divise en trois partie 1966, 1971 et 1985, Les thèmes principaux sont la corruption, la décadence morale, l’homosexualité (cachée en ce temps-là) et l’impossible rédemption de ces hommes qui accumulent les mauvais choix.

J’ai beaucoup aimé ce regard très noir sur ces années que la nostalgie nous fait voir hautes en couleur. Les personnages sont très travaillés et réalistes. Arnott sait nous faire pénétrer au fond de leur esprit et de leur coeur tourmentés. Et conformément à la réalité, tous les méchants ne sont pas punis.

Un vrai bonheur de lecture à ne manquer sous aucun prétexte. Je suis déjà impatiente de lire le dernier volet de cette macabre et passionnante histoire.

crime song

 

 

Une certaine vérité, de David Corbett

Chronique réalisée pour Les chroniques de l’Imaginaire

Jude McManus vit à Chicago, il a dix sept ans lorsque son père meurt dans des circonstances peu claires. On trouve son corps dans un lac de la région, mais l’enquête n’aboutit pas et nul ne sait si c’est un accident, un meurtre ou un suicide. Il était policier et venait de se faire inculper de corruption avec ses deux collègues Bill Malvasio et Phil Stroke. Jude s’engage dans l’armée pour fuir le drame et les questions qu’il se pose sur l’honnêteté de son père, il ne peut croire qu’il était corrompu.

Dix ans plus tard, Jude est garde du corps pour une entreprise de sécurité américaine au Salvador, il doit veiller sur un ingénieur hydrologue et mène une vie plutôt agréable entre ses collègues, son travail et sa petite amie. C’est un jeune homme gentil et assez naïf dont son amie profite largement. Il n’a pas oublié la mort de son père, mais le drame ne l’empêche plus de vivre et il espère avoir tiré un trait sur cette histoire. Il essaie aussi de ne pas trop voir ce qui se passe au Salvador et fait tout pour mener une vie tranquille mais non dépourvue d’illusions.

Il se fait contacter par Bill Malvasio qui lui propose de lui raconter toute la vérité en échange d’un service : Retourner à Chicago, retrouver Phil Stroke  et le ramener au Salvador. Bill y a refait sa vie et il est de toutes les  sales combines, ce qui signifie qu’il ne manque vraiment pas de travail. Phil quant à lui a sombré dans l’alcoolisme et le désespoir.

Après maintes hésitations, Jude accepte, ramène Phil auprès de Bill, qui entraîne ses compagnons dans des aventures douteuses. Jude se trouve confronté à une affaire d’Etat, car Bill travaille en sous main pour le gouvernement américain qui considère le Salvador comme sa chasse gardée et son jardin privé dans lequel il cultive ses intérêts sans aucun égard pour les populations locales.

Je me demande bien comment ce thriller a pu être qualifié de « meilleur polar de l’année 2013 » par le Washington Post... sans doute parce qu’il est un vrai exposé sur la politique de Reagan et Bush en Amérique centrale et leur anti-communisme primaire qui les a complètement aveuglés. Et c’est vrai que nous apprenons tous les dessous de cette politique et ses effets pervers. Les USA défendent les riches et les libéraux et cautionnent une politique vraiment barbare envers les pauvres mais surtout ceux qui osent résister. Cet aspect est très développé dans ce livre et intéressant.

Le reste l’est beaucoup moins malheureusement. Bill est un vrai méchant très méchant, Jude est plutôt naïf et mettra assez longtemps avant de comprendre les enjeux et de sortir de sa petite vie assez tranquille. L’action se traîne et il y a de nombreuses longueurs. Les personnages manquent de profondeur, tout comme les dialogues, c’est un peu caricatural.

David Corbett n’a pas réussi a tiré entièrement parti de son scénario, ce qui est dommage quand on voit tout le travail de préparation et de documentation qu’a dû exiger ce gros thriller qui sera sans doute vite oublié.

Une certaine vérité

Mauvaise compagnie, de Linwood Barclay

Chronique réalisée pour les Chroniques de l’Imaginaire

On retrouve Zack Walker pour une nouvelle aventure et j’avoue que j’étais assez inquiète au vu du précédent opus qui semblait s’adresser à des lecteurs de douze ans au maximum, malgré son classement en littérature adulte et je m’attendais à une vraie corvée. Mais je me suis trouvée face à une bonne surprise, certes on n’atteint encore pas les sommets du genre, mais ce roman est tout à fait lisible.

Zack apprend par sa femme Sarah qu’on a retrouvé un cadavre à moitié dévoré par un ours sur le camp de pêche qui appartient à Arlen, son père. De plus, le vieil homme a disparu et Sarah lui dit qu’il faut malheureusement envisager le pire. Sarah a été avertie par Tracy la pigiste du journal chargée de la région des lacs. Zack se rend donc au camp de pêche de son père. Ce dernier a disparu, Zack se dispute avec Orville le chef de la police locale. Il s’avère que le cadavre n’est pas celui d’Arlen, mais d’un de ses locataires.

Arlen se fait une entorse et Zack propose de rester une semaine pour l’aider à tenir le camp. Il apprend que les locataires de la ferme posent problème. Il s’agit d’admirateurs de Timothy McWeigh qui terrifient tout le voisinage. La petite ville est aussi sur les dents avant le défilé de la foire d’automne : Un groupe d’homosexuels veut défiler, l’épicier a lancé une pétition contre et la mairie se sent dans l’obligation d’accepter pour ne pas s’exposer à un procès ruineux.

Zack décide de mettre bon ordre à toute cette chienlit, d’abord tout seul, puis avec l’aide de son ami le détective Lawrence Jones. Il ira de surprises en surprises tout au long des quatre cent pages du livre.

Il ne s’agit pas d’un grand polar, mais il y a un très net progrès depuis le précédent. L’écriture est plus mature, les personnages aussi. La thématique est le terrorisme intérieur, car les USA ne sont pas menacés que par les islamistes. Il est traité avec humour et une certaine légèreté, on n’est pas dans un roman noir, mais pas non plus dans l’univers rose de Mary Higgins Clark. C’est un univers plutôt moral où les bons triomphent des méchants, qui ne manquent pas de périr par leur propre faute. Il y a beaucoup de rebondissements et c’est une lecture agréable, plus récréative que réflexive. Comme dans le précédant opus de la série, l’auteur n’a pas tiré tout le potentiel de son histoire, mais il y a déjà un net progrès. S’il continue sur sa lancée, Barclay va finir par nous proposer un vrai bon polar.

mauvaise compagnie

 

Un homme très recherché, de John le Carré

Chronique réalisée pour les Chroniques de l’Imaginaire

Cet homme très recherché c’est Issa, qui débarque à Hambourg un beau jour de 2011. La ville est encore traumatisée d’avoir abrité, dix ans auparavant, un des commandos du onze septembre. Issa quant à lui est un jeune homme barbu et sans papier d’origine russo tchétchène, il est venu réclamer la fortune d’argent sale laissée par son père, un criminel. Et bien vite il va se retrouver au centre d’intérêts opposés. Les terroristes islamistes convoitent sa fortune, qui permettrait de financer un grand camp d’entraînement et les autorités de la ville voient en lui un danger potentiel qu’il faut surveiller comme le lait sur le feu. Les services secrets russes, américains et allemands sont de la partie.

Chacun a son avis sur Issa et ses activités et sur ce qu’il convient de faire ou de ne pas faire. Gunther le responsable des services secrets allemands est l’autre héros du livre, il est en pleine déprime, ne croit plus à sa mission et est peut-être aussi un peu ripou.

Il y a assez peu d’action dans ce livre, l’accent est mis sur les personnages et leurs interactions. Ici pas de James Bond, mais des hommes discrets, même secrets. On plonge dans les arcanes de l’espionnage contemporain, où le danger n’est plus le communisme mais l’islamisme.

Ce n’est pas le premier livre que je lis sur le sujet, mais j’avoue avoir eu de la peine à accrocher. Il y a foule de protagonistes, qui s’espionnent réciproquement, quelques agents doubles, voire triples. Issa est peut-être un dangereux terroriste, ou peut-être juste une victime de la xénophobie ambiante. Beaucoup de pistes sont ouvertes, mais au final on a peu de réponse. John Le Carré analyse très en détail la guerre que les USA mènent contre le terrorisme depuis le onze septembre, ainsi que les agissements et réactions des différents pays face à ce drame, en fonction de leur contexte historique et culturel. C’est très intéressant certes, mais j’ai eu l’impression qu’il n’y avait rien de nouveau sous le soleil.

J’ai lu d’autres romans de cet auteur il y a bien longtemps et j’en avais gardé un excellent souvenir, mais je crains que cet opus ne sois pas inoubliable.

Un homme très recherché