S comme survivre , de Douglas Preston et Lincoln Child

Chronique réalisée pour les chroniques de l’Imaginaire

Nous retrouvons Gideon Crew pour le troisième volet de ses aventures et là le niveau monte d’un cran, j’ai vraiment retrouvé ce que j’aime dans les thrillers de ces deux auteurs, c’est vraiment le plus réussi de la série et les amis de Pendergast y sont moins dépaysés.

Gideon est rappelé par son ex-patron, Eli Glinn qui lui confie la mission d’aller voler une page d’un vieux livre irlandais exposé dans un musée de New York. Il s’agit en réalité d’un palimpseste qui cache une carte permettant d’accéder à une île inconnue sur laquelle pousse une plante qui permettrait de fabriquer un remède universel. Gidéon et Eli, tous deux en très mauvaise santé sont intéressés au plus haut point par cette plante. Notre aventurier part dans les Caraïbes avec Amy, sa nouvelle partenaire, encore plus intrépide que lui, ce qui n’est pas peu dire.  Leur voyage n’a rien d’une croisière d’agrément, ils rencontrent des trafiquants en tous genre (drogue, armes), des gangsters et des chasseurs de trésors plein de mauvaises intentions. Ils se trouveront même face à une créature mythologique dangereuse et très misanthrope.

On retrouve ici le mélange du thriller et du fantastique qui est un des charmes de la série des Pendergast. Preston & Child font preuve d’une imagination débordante pour notre plus grand plaisir. On est pris dans l’intrigue qui paraît très plausible, du moins on aimerait fortement y croire. Les personnages sont plus développés que dans les deux premiers opus de la série, ils prennent de l’épaisseur et on comprend mieux leur passé.  Ce roman fait le lien avec d’autres oeuvres des mêmes auteurs. Eli Glinn était le héros de Ice limit où son égoïsme a causé un naufrage catastrophique et la mort de presque tous les membres de l’expédition, on voit ici qu’il n’a pas vraiment changé. A l’occasion il aide aussi Pendergast, ce qui en fait un pivot de le l’univers de Preston & Child.

L’aspect le plus intéressant de ce thriller est la relecture  de l‘Odyssée d‘Homère, qui prend une dimension nouvelle et passionnante. Faire un thriller contemporain avec ce vieux mythe est vraiment une idée géniale qui m’a séduite. Tant le thème du terrorisme islamique du  tome précédant m’avait peu intéressée, c’est bien sûr d’une actualité brûlante, mais un peu trop présent dans les polars en ce moment, tant cette chasse au trésor sur une île inconnue m’a plu. Un des thèmes est l’écologie et la façon dont nous exploitons les ressources limitées de la planète et là aussi les réflexions des auteurs sont très pertinentes.

J’ai vraiment retrouvé un thriller de Preston & Child tel que je les aime, Gideon est toujours un peu Indiana Jones, mais ça passe nettement mieux, ne manquent que l’inspecteur Pendergast et Vincent Da Costa pour que mon bonheur soit parfait, mais les héros des deux principales séries vont bien finir par se rencontrer. D’ailleurs le livre se termine sur l’annonce de la suite des aventures de Gideon et je suis déjà impatiente de les connaître. S comme

 

Des voleurs comme nous, de Edward Anderson

Chronique réalisée pour Les Chroniques de l’Imaginaire

Ce livre est sorti en 1937, son auteur n’a pas trouvé son public et n’a plus jamais rien écrit hormis quelques nouvelles, qui n’ont pas eu plus de succès.  Et pourtant, ce petit livre est une perle, un trésor que devrait posséder tout amateur de roman noir, mais sans doute le public contemporain n’a-t’il pas su voir cette pépite.

C’est un livre court et on ne peut en raconter beaucoup sans en dire trop : Bowie, T-Doub et Chicamaw s’évadent du pénitencier de l’Oklaoma où ils purgent une peine à perpétuité pour des braquages de banques. Il s’échappent grâce à une ruse, traitent très bien leurs otages et les relâchent le plus vite possible sans leur faire de mal,ils utilisent seulement leur voiture. Le trio est constitué d’un blanc, d’un noir et d’un indien. Ils vivent dans le sud des USA et nous les suivons durant un an entre 1934 et 1935. Ils sont très attachants et humains. Nous suivons leur cavale, leurs espoirs et leurs résignations. Durant la première moitié du livre, les trois fugitifs sont au centre de l’action et dans la deuxième partie, nous nous intéressons surtout à Bowie, personnage particulièrement juste, loyal et fidèle.

Il s’agit d’un vrai roman noir écrit à l’apogée du genre, mais il ne fait pas le portrait de gangsters de grandes villes, nos héros sont des campagnards ou des citoyens de toutes petites villes du sud, ravagé par la crise économique. Anderson nous les présente sous un jour très sympathique, certes ils braquent des banques, mais de façon non violente. Pour eux les vrais voleurs ce sont ceux qui profitent de la misère des autres et s’enrichissent sur le dos des plus défavorisés. Ils ne sont pas des Robin des Bois pour autant, Chicamaw est un ivrogne égoïste et jaloux. La critique sociale est sous jacente tout au long du livre, illuminé par le magnifique et lumineux personnage de Bowie.

Un autre thème est la manipulation par la presse, aux ordres du système et plus soucieuse d’endoctriner que d’informer.

Ce livre nous emmène dans un univers disparu, plus proche de celui de Caldwell que de Hammett. C’est un petit bijou à ne surtout pas manquer. Il est vite lu, mais sûrement pas vite oublié. Le style est très agréable et on ne s’y ennuie pas du tout.  Quand on découvre de telles perles, on se dit que le polar contemporain américain a beaucoup perdu en qualité, surtout si on pense à certains succès de librairie actuels.

Des voleurs

 

C comme cadavre, de Douglas Preston & Lincoln Child

Chronique réalisée pour les Chroniques de l’Imaginaire

Il s’agit d’une aventure de Gideon Crew, le deuxième héros récurrent de Preston & Child. Il a beaucoup moins de charme que l’inspecteur Pendergast, mais nettement plus de muscles et un côté un peu voyou. Il a travaillé pour une agence gouvernementale s’occupant de l’énergie nucléaire. Il souffre d’une maladie rare et mortelle qui ne lui laisse qu’un an à vivre et il aimerait bien passer cette année dans la nature à pêcher et profiter de la vie, mais son ancien patron lui demande d’aller raisonner un ex collègue devenu fou qui a pris une famille en otage et menace de massacrer tout le monde.

Avec l’aide d’un agent du FBI, Gideon s’acquitte de cette mission, mais il apparaît rapidement que cette prise d’otage cache une menace terroriste islamiste, Un groupe radical veut lancer une bombe atomique sur Washington. Gideon a peu de temps pour déjouer ce complot. Il se lance sur la piste des terroristes, mais les autorités croient qu’il est leur complice et de chasseur, il devient chassé.

Nous avons là un thriller assez classique avec beaucoup d’action, des retournements de situation, une femme fatale. Ce n’est pas un grand polar et certainement pas le plus réussi du célèbre duo, mais c’est distrayant et amusant à lire. Parfois on est surpris et parfois les rebondissements sont attendus. Les personnages ne sont pas très travaillés, en dehors de Gideon, qui n’est pas très attirant ni sympathique.

Ce livre présente les qualités habituelles de ceux de Preston et Child : Agréable à lire, rebondissements à gogo, intrigue intéressante sur le plan scientifique et technique, imagination débordante mais aussi leurs défauts comme des actions parfois bien prévisibles et un héros qui se sort de toutes sortes de situations invraisemblables. Pendergast aussi se montre invincible, mais j’avoue que le côté Indiana Jones de Gideon ne me l’a vraiment pas rendu plus sympathique. L’ambiance est celle d’une Amérique post-onze septembre et traumatisée, les personnages se démènent pour éviter l’apocalypse et le roman est découpé en chapitre courts, on le lit comme si on assistait à un film d’action. Même si j’apprécie les livres de ces deux auteurs, ce ne sont pas des chefs d’oeuvre de la littérature policière, ils manquent de profondeur pour cela. Ce sont essentiellement des livres vite lus, des best-sellers sympathiques et distrayants. Il ne faut pas leur en demander plus. Personnellement je trouve la série des Pendergast plus réussie que celle-ci. Toutefois ce livre n’est jamais ennuyeux et s’il n’est pas à marquer d’une pierre blanche, il reste un très agréable divertissement.

C comme

 

 

 

La dette, de Mike Nicol

Chronique réalisée pour Les chroniques de l’Imaginaire

Mase Bishop et Pylon Buso sont les riches propriétaires d’une entreprise de sécurité en Afrique du Sud. Ils mènent une vie de famille tranquille, sont heureux et prospères. Ils s’occupent de VIP venus faire du tourisme ou du tourisme médical (chirurgie esthétique) au Cap. Mais ils n’ont pas toujours été ces garde du corps épanouis, avant 1994 et la fin de l’Appartheid, ils étaient trafiquants d’armes du côtés de l’ANC et ils ont trempé dans de nombreuses et très vilaines combines. Un beau jour leur passé trouble les rattrape, Ducky Donald un ancien associé leur demande de protéger son fils dealer, sa boite de nuit et lui-même après des menaces d’attentat venues d’un groupe islamiste. Il s’agit d’une vieille dette d’honneur et nos deux héros se lancent dans l’aventure.

Les ennuis commencent et s’accumulent très vite, les deux hommes pensaient avoir enterré leur passé de trafiquant, mais ils doivent y replonger. L’action est trépidante, on est un peu noyé sous une avalanche de personnages secondaires que les héros croisent ou ont croisé au fil de leur vie agitée. Les chapitres sont courts et l’action y est omniprésente, c’est une écriture assez cinématographique, on voit les images défiler comme dans un film d’action.

Les héroïnes féminines sont intéressantes, il y a Omou la femme de Mace, qui en fait porte la culotte, Isabella, une Américaine nymphomane et ancienne maîtresse de Mace qui vient mettre la pagaille dans sa vie déjà compliquée. Et c’est sans compter sur Vittoria, une jeune droguée qui accepte de devenir mère porteuse pour le compte de deux riches homosexuels italiens. Et pour une fois on n’a pas un super méchant dans ce thriller, mais une super méchante, une avocate véreuse, belle comme le jour et aussi ancienne maîtresse de Mace, j’ai nommé la sulfureuse Sheemina February qui joue une partie d’échec très serrée avec son ancien amant.

Le roman se passe en grande partie au Cap, mais aussi dans d’autres magnifiques paysages sud-africains. Je ne sais pas si Nicol est subventionné par l’office du tourisme, mais il sait donner envie d’aller voir ce pays. Il y a beaucoup d’actions entre les trafics divers (diamants, armes drogues), des enlèvements et quelques meurtres, on n’a vraiment pas le temps de s’ennuyer dans ce thriller très divertissant qui nous montre aussi l’envers du décor de l’Afrique du Sud post Appartheid, où la criminalité atteint des sommets.

C’est un roman très agréable à lire et je suis impatiente de découvrir la suite des aventures de ces héros. Le point faible du roman est que les personnages sont très nombreux et assez peu développés, ce qui est dommage, surtout pour les principaux. Ce n’est certainement pas un chef d’oeuvre du polar, mais ça reste un livre très réjouissant qu’il vaut la peine de lire.

La dette