Le duel, d’Arnaldur Indridason

Chronique réalisée pour Les chroniques de l’Imaginaire

Ce roman se passe durant l’été 1972 à Reykjavik, l’évènement du moment est le championnat du monde d’échec qui oppose l’Américain Bobby Fischer et le Russe Boris Spassky. On est en pleine guerre froide et le monde entier se passionne pour ce match. Les projecteurs sont braqués sur la ville qui a attiré de nombreux touristes.

Un jeune homme amateur de cinéma qui avait pour habitude d’enregistrer la bande son se fait poignarder et son magnétoscope disparaît. C’était un jeune sans histoire et la police pense qu’il a entendu et enregistré quelque chose qu’il n’aurait pas dû. L’ambiance est à l’espionnage, la paranoïa politique sur fond de défection de diplomates. Les autorités pensent que la victime s’est trouvée au mauvais moment au mauvais endroit et aimeraient étouffer l’affaire pour ne pas alourdir le climats et les tensions Est / Ouest. Marion Briem, futur mentor d’Erlendur ne l’entend pas de cette oreille.  Plusieurs chapitres lui sont consacrés et expliquent son enfance marquée par la tuberculose et les séjours dans un sanatorium danois. C’est l’occasion de nous présenter la région après la guerre.

Il y a quelques indices près du corps du jeune homme et quelques suspects, un clochard alcoolique, un présentateur de la météo et une hôtesse de l’air. Le crime est-il en lien avec la partie d’échec ou non ? Ce fait divers ne cacherait-il pas une affaire nettement plus importante ?

On retrouve toutes les qualités des livres d’Indridason, son écriture solide, son intrigue bien bâtie, les allers-retours entre présent et passé et surtout sa peinture convaincante de la société nordique de cette époque. L’Islande est un petit pays bousculé par l’Histoire, la consommation et tous les changements de société intervenus à ce moment-là. Erlendur fera même une brève apparition dans les dernières lignes, il est encore un jeune policier en uniforme et vient d’intégrer l’équipe de Marion Briem. Ce livre est passionnant et on ne peut le lâcher, comme tous les romans de cet auteur d’ailleurs. On sent une certaine nostalgie pour cette époque révolue.

Marion apparaissait en filigrane dans le cycle d’Erlendur lorsqu’il pense à ses conseils ou lui rend visite lorsqu’elle est malade et ce livre dont elle est le centre éclaire aussi la personnalité d’Erlendur. Comme tous les romans d’Indridason, celui-ci est un petit bijou à ne pas manquer.

Le duel

La dernière carte, de Carin Gerhardsen

Chronique réalisée pour les Chroniques de l’Imaginaire

Le 2 aout 2009, dans la nuit, Sven-Gunnar Erlandson rentre chez lui après une soirée arrosée avec ses copains de poker. Ils sont dépensé leur cagnotte annuelle alimentée par les pertes du groupe. Il rentre à pied par la forêt quand un inconnu lui tire dans le dos et l’achève ensuite d’une balle dans la nuque. C’est le dernier dimanche des vacances scolaires et toute la brigade de l’inspecteur Conny Sjöberg se trouve rappelée d’urgence.

On trouve dans la poche de la victime quatre cartes, ce qui ajouté au mode d’exécution fait penser qu’il s’agit d’une vengeance pour des tricheries au poker. L’équipe se met à enquêter sur ce notable à la réputation sans tache, banquier qui s’occupe d’un club de football amateur, en particulier des enfants et qui aide souvent les sans-domicile fixe. Tout le monde est unanime à affirmer que la victime était appréciée de tous, qu’il n’a jamais pu tricher aux cartes et que de toutes façon le groupe ne jouait que de petites sommes qui leur servaient à financer un bon repas par année.  Les policiers se concentrent sur les amis de Sven, qui semblent tous avoir de vilains secrets à cacher : Jan semble un très mauvais perdant et c’est lui qui a financé le plus gros de la cagnotte cette année, Lennart a été écarté du poste d’entraîneur de l’équipe des filles car il aurait dragué les gamines et les aurait regardé de manière grivoise. Quant à Staffan, il est déprimé depuis le suicide de sa femme et la disparition d’une fillette russe qui passait les vacances chez eux et qu’ils étaient en train d’adopter huit ans auparavant. De lourds soupçons ont porté sur Staffan à ce moment-là et Sjöberg pense qu’il est coupable du meurtre de l’enfant , de sa femme et maintenant de Sven, mais l’enquête piétine.

De leur côté Hedvig, Jens et Jammal pensent que Sven n’était pas le notable lisse et sans histoire que l’on croit et orientent leur recherches dans ce sens.

On retrouve ici toute l’équipe du commissariat d’Hammarby (Stockholm). Cette enquête est moins palpitante que la précédente et les deux parties l’histoire pourrait être mieux coordonnées, les pièces du puzzle ne s’imbriquent pas tout à fait bien. Pourtant malgré ces petits défauts c’est un excellent moment de lecture. J’aime beaucoup l’inspecteur Sjöberg qui sait faire preuve d’humanité et reconnaître ses erreurs. On suit aussi en filigrane l’enquête que Jammal mène tout seul sur le viol de sa collègue et amie Petra et les développements de la dernière page laisse entendre une suite, ce qui me réjouit beaucoup.

Ce livre a eu une assez mauvaise critique, mais il ne la mérite pas, même s’il est moins réussi que les premiers opus de la série. J’ai aussi beaucoup aimé le fin mot de l’histoire, car si la justice judiciaire n’est pas satisfaite, la justice immanente l’est largement. J’aime aussi le côté faillible des héros, aucun n’est parfait, il n’y a pas de super héros, mais des hommes imparfaits qui aspirent à travailler pour la justice de leur mieux, je les trouve très humains et convaincants.

Un très chouette polar nordique à ne pas manquer, surtout si on a aimé les premier volumes de cette belle série.

la dernière carte

Meurtre à Tombouctou, de Moussa Konaté

Chronique réalisée pour Les chroniques de l’Imaginaire

Ibrahim, un jeune Touareg ne rentre pas à son campement, son frère Rissa s’inquiète et va à sa rencontre sur le chemin de Tombouctou où Ibrahim devait saluer un de ses amis avant son départ pour Bamako. Rissa trouve le corps de son frère à l’entrée de la ville. Au lieu de le ramener au campement, il l’apporte au commissariat ce qui manque provoquer une émeute. Le commissaire Touré ne sais par quel bout empoigner cette affaire quand il est appelé à l’hôtel Al-Farouk car un homme a tiré contre la chambre d’un touriste français en proclamant des menaces islamistes. En plus il s’avère que la victime était aussi un ami d’Ibrahim.

L’affaire fait grand bruit en haut lieu et le ministre de l’intérieur convoque une réunion de crise à Bamako en présence de l’ambassadeur de France. Il est décidé de dépêcher sur les lieux le commissaire Habib, incorruptible et dont le talent est reconnu, un de ses collaborateur Sosso et Guillaume, spécialiste de la lutte anti-terroriste de l’ambassade de France. Le lendemain les trois hommes prennent le chemin de Tombouctou pour éclaircir ce double mystère.

Présenté ainsi, ce polar semble intéressant, mais en réalité il est super gnangnan. C’est plutôt un prétexte pour nous présenter le Mali et Tombouctou en particulier. Les Touaregs et leurs coutumes tiennent une grande place dans le texte, ainsi que le décalage entre la Tombouctou de la légende et celle de la réalité. On assiste aussi aux pressions et tentatives de corruption dont est victime Habib.

Quant aux deux jeunes policiers, Sosso et Guillaume, ainsi que les autres personnages, ils ne sont pas convaincants pour un sou. Les deux flics semblent être deux adolescents attardés qui découvrent Tombouctou sous le regard paternel d’Habib, le tourisme semble plus les intéresser que leur mission, ils décadreraient même dans un roman du Club des Cinq, alors de là à imaginer Guillaume comme un spécialiste de la lutte contre le terrorisme, c’est vraiment en demander trop au lecteur. Les dialogues sont aussi dignes d’un roman pour enfant de dix ans.

Parlons de l’intrigue, à la fin Sosso et Guillaume soupçonnent le Français d’avoir deux faces et de n’être pas qu’une victime innocente, mais la piste n’est pas creusée, il n’y a pas plus de terroriste que d’extra-terrestres. Et l’intrigue autour de la mort d’Ibrahim retombe comme un soufflé.

Le seul intérêt de ce livre est de nous faire découvrir Tombouctou et la communauté touareg, c’est plus un guide touristique qu’un polar. On a l’impression que l’intrigue policière est secondaire et les deux héros sont si peu vraisemblables que ça ne rend pas l’action plausible ni intéressante. Un seul mot me vient pour résumer ce livre heureusement assez court : l’ennui.

Tombouctou