Baltimore, de David Simon

Chronique réalisée pour les Chroniques de l’imaginaire

Il ne s’agit pas d’un roman policier mais d’un document sur la police de Baltimore écrit par un journaliste qui a passé toute l’année 1988 en immersion dans la brigade criminelle de la ville. C’est un document fouillé et touffu mais tout à fait passionnant à mon goût. Cela nous change des polars et thrillers en nous permettant de voir ce qu’est réellement le travail des policiers sur le terrain dans la vraie vie, mais il faut vraiment s’intéresser au sujet – ce qui est mon cas – pour apprécier ce livre, les lecteurs plus intéressés par la fiction et les histoires bien ficelées risquent d’être déçus.

On assiste au travail de terrain des policiers, enquête de voisinage, interrogatoires des suspects, analyse des scènes de crime, passage dans les services du légiste, mais bien sûr les choses ne se passent pas comme dans les séries télévisées bien lisses. Ici les policiers sont souvent impuissants et désabusés, peu soutenus par leurs chefs.

Ce livre nous offre une analyse passionnante de ce qu’était cette ville il y a presque trente ans. Elle est hyper violente, on tue pour un oui ou pour un nom, pour des futilités et le trafic de drogue fait des ravages. On sent le désenchantement des policiers et on ne peut que ressentir de l’empathie pour eux qui font de leur mieux avec des moyens très limités, pris en tenaille entre les exigences des autorités qui veulent des résultats et la haine de la population. Les tensions raciales sont constantes. C’est dommage que dans la réédition de ce livre, il n’y ait pas un nouveau chapitre pour faire le point sur la situation actuelle, car l’enquête date de vingt-sept ans quand même et on peut penser que les choses ont changé durant ce long laps de temps. Mais en lisant ce document on a de la peine à imaginer que la situation puisse encore empirer.

Le fil rouge du livre est le meurtre de Latonya Wallace, une petite fille de onze ans violée et tuée. Les policiers sont sûrs de savoir qui est l’assassin mais ils n’arrivent pas à le prouver d’un manière satisfaisante dans l’optique d’un procès. Ils s’acharnent sur cette enquête sur leur temps libre, car il n’y a pas d’argent pour payer les heures supplémentaires.

Il y a un nombre incroyable de meurtres dans cette ville, presque un par jour, mais rien de bien sophistiqué comme dans les polars. C’est juste la chronique d’une violence terrible et ordinaire. En général il faut pas longtemps aux policiers pour trouver les assassins, qui se font prendre souvent sur la scène du crime. On a  affaire à de la violence gratuite. Le traitement en aval des crimes laisse à désirer aussi et les autorités n’hésitent pas à maquiller les statistiques.

J’ai beaucoup aimé ce long voyage avec la police de Baltimore, mais heureusement que je ne crois pas au rêve américain. Vu la longueur du livre il faut vraiment le réserver à ceux qui s’intéressent à la vie réelle de la police, mais pour moi c’est un vrai coup de coeur.

Baltimore

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