Le règne des Illuminati, d’Eric Giacometti & Jacques Ravenne

Chronique réalisée pour les chroniques de l’imaginaire

Le commissaire Marcas est en congé sabbatique en Afrique et il est plutôt déprimé, mais heureusement pour lui le très charismatique Abbé Emmanuel engagé dans l’humanitaire et l’aide aux SDF se fait assassiner à Paris. L’enquête révèle que l’homme d’église appartient à une toute petite loge maçonnique marginale et peu connue et que des personnalités pourraient y être mêlées. La juge Hélène Gardane se sent un peu dépassée et s’en ouvre à un de ses amis maçon. Ce dernier lui conseille de confier cette enquête au commissaire Marcas qui a du temps étant en congé  et qui est aussi franc-maçon.

Et voici notre commissaire lancé dans une enquête sur une société secrète qu’on croyait disparue mais dont tout le monde parle, les célébrissimes Illuminati. L’action se déroule entre Paris et San Francisco, elle nous permet de revisiter l’histoire américaine, en particulier l’assassinat de Kennedy.  Les cadavres s’amoncellent, l’action est soutenue  et malgré quelques longueurs et redites on ne s’ennuie jamais. Ce type de thriller fait la part belle à la théorie du complot, toutefois cet opus est moins ésotérique que d’autres dans la série.

Une des particularités des aventures du commissaire Marcas est de développer deux intrigues en parallèle, une dans le passé et une contemporaine, reliées entre elles.  Ce voyage nous emmène dans la France de la Révolution. Hannibal Ferragus est le pendant de Marcas. Il est policier et franc-maçon à la fin de la Terreur, il doit mener une très délicate enquête sur un crime qu’il résoudra avec brio et qui lui fera rencontrer les personnalités de l’époque, en particulier Robespierre et le docteur Guillotin. Cette intrigue est vraiment passionnante et apporte un plus au roman.

Ce polar est passionnant et nous fait réfléchir aux moyens de communication et à la manipulation des esprit, Et si notre très cher super téléphone était en fait notre pire ennemi ?

Ce neuvième opus de la série est très abouti et ne manquera pas de séduire les amateurs de thrillers ésotériques.

règne des illu

Mourir la belle affaire, d’Alfredo Noriega

Chronique réalisée pour Les Chroniques de l’Imaginaire

Il s’agit du premier polar équatorien traduit en français et après cette lecture je doute que beaucoup aient envie de visiter Quito.

Le narrateur est Arturo le médecin légiste qui n’apparaît pas au début du livre.  Ce dernier commence avec un spectaculaire accident mortel entre deux 4×4. L’un des deux brûle la priorité à l’autre. Deux des occupants de la vieille voiture sont tués sur le coup tandis que le coupable prend la fuite au volant de son bolide flambant neuf. L’inspecteur Heriberto Gonzaga est appelé pour le constat. Maria, une jeune fille de vingt ans et seule survivante promet au policier de l’épouser s’il retrouve le coupable. Maria est très belle et sous le choc, l’inspecteur ne prend donc pas cette déclaration au sérieux, surtout que lui se trouve très laid.

Deux ans plus tard, il est appelé pour un cadavre trouvé sur la voie publique sous des cartons. Il reconnaît Maria, qui vient de se suicider après des mois de désespoir. Il lui promet de trouver le coupable. Il mène l’enquête et se rend vite compte que l’affaire a été étouffée afin de protéger une personnalité. Heriberto rencontre Arturo à la morgue après l’autopsie de Maria et depuis ce moment c’est le médecin légiste qui prend en charge le récit. Le policier trouve le coupable de l’accident et l’abat avec son arme de service.

C’est le début d’un amoncellement de cadavres qui va occuper Arturo durant de nombreux jours.

Si l’histoire n’est pas très surprenante dans son déroulement, la forme l’est. Le style est déstructuré et assez poétique, mais d’une poésie très moderne. Il y a beaucoup de descriptions, parfois assez longues.  et Arturo réfléchit sans cesse au sens de la vie et de la mort. Ses discours existentiels passeraient mieux s’ils étaient rédigés dans un style plus fluide. Ces réflexions sont entrecoupées de scènes d’action plutôt violentes.

La ville de Quito est un des personnages principaux du livre pour ne pas dire le personnage principal. Arturo s’interroge aussi beaucoup sur le sens à donner à l’identité de la ville et les liens que les différents protagonistes entretiennent avec elle. Elle a deux faces, elle est à la fois belle, magique et située dans un environnement particulier, mais c’est aussi une ville hyper violente et gangrénée par la corruption, en proie aux milices privées qui violent les lois en toute impunité.

Finalement il s’agit d’un livre plutôt surprenant et je l’aurais sans doute beaucoup plus apprécié s’il n’était pas rédigé dans une langue aussi hachée. Le côté polar aurait aussi gagné à être plus développé. Mais il faut reconnaître son originalité par rapport aux aux romans policiers ou thrillers auxquels on est habitué. Les fans de Brel qui ont reconnu une parole de Vieillir en seront pour leurs frais, on n’est pas du tout dans cet univers-là et il s’agit en l’occurrence d’une citation de Céline.

Mourir