Ne meurs pas sans moi, de Suzanne Stock

Chronique réalisée pour Les chroniques de l’Imaginaire

Ce thriller court mais excellent commence de la manière la plus banale : Sandra, une jeune avocate new-yorkaise très brillante vient d’apprendre sa promotion au sein du cabinet où elle travaille. Sa vie professionnelle est couronnée de succès, mais elle a sacrifié sa vie privée à sa carrière de spécialiste des paradis fiscaux. Elle n’a pas d’enfant, n’en désire pas et vit une relation amoureuse avec un collègue marié. Son plus cher souhait est de fêter son succès avec Mark, son amant, mais il lui dit qu’il ne peut absolument pas la voir ce soir-là. Sandra en est attristée, mais elle se rend bien compte qu’une relation avec un homme marié n’est pas de tout repos, aussi invite-t’elle Claire son amie d’enfance pour fêter son succès.

Claire est aussi avocate et elle a un dossier urgent à préparer ce soir-là toutefois elle accepte de passer un bout de soirée avec Sandra. Les deux jeunes femmes boivent, mangent et surtout évoquent leurs souvenirs d’enfance. Mais Claire veut rentrer tôt. Plus tard dans la soirée, Sandra s’aperçoit que son amie a oublié son portable chez elle. Elle a reçu un message et Sandra décide de le lire pour le transmettre à Claire pensant qu’il s’agit d’un message professionnel. Et c’est ainsi que Sandra apprend la trahison de son amie d’enfance qui est aussi la maîtresse de Mark. L’esprit embrumé par l’alcool, elle décide de se rendre chez Claire et d’exiger une explication immédiate des deux traitres qui avaient rendez-vous à vingt-et-une heure. Elle débarque dans l’appartement des amants et tout à coup tout se brouille, l’histoire si banale bifurque vers le fantastique. Le lecteur est projeté dans une sorte de thriller fantastique et surnaturel à la Stephen King, Sandra se fait agresser par un monstre invisible aux yeux rouges.

La première partie se termine ainsi et j’ai eu l’impression de déjà lu et relu, mais en moins bien. A ce moment je n’étais plus trop motivée par ce livre banal. Mais dès début de la deuxième partie, l’intrigue part dans une tout autre direction et en fait ce thriller n’a rien de banal, bien au contraire.

L’intrigue est  vraiment surprenante et originale. Sa construction aussi, certains mêmes passages sont repris par les différents protagonistes au fil de l’histoire, pour lui donner un nouvel éclairage. Peu à peu on on pénètre au coeur de l’histoire comme on pèle un oignon couche après couche.

Il s’agit d’un texte court, donc je ne peux pas en dire plus sans trahir son sens final, mais je ne peux que vous conseiller de vous laisser emporter par la belle et triste histoire de Sandra qui traite diverses thématiques vraiment intéressantes et bien loin de la vie sentimentale ratée d’une avocate à succès. Un thriller vraiment original à ne pas rater.

Ne meurs pas

Publicités

Nous ne sommes qu’ombre et poussière, de Lindsay Faye

Chronique rédigée pour Les Chroniques de l’Imaginaire

Nous retrouvons tout d’abord Sherlock Holmes et le docteur Watson dans la campagne anglaise. Un lord les a appelés pour retrouver un bijou de famille disparu, la police locale piétine mais Sherlock résout le mystère rapidement. Toutefois la vérité met en péril l’honneur de la famille du noble campagnard qui menace tour à tour de tuer le détective puis de se suicider pour sauver les apparences. Sherlock promet de garder le silence et aide à falsifier l’enquête tout en permettant de retrouver le bijou. Tout semble aller pour le mieux, mais cette solution se révélera calamiteuse.

En octobre 1888 l’inspecteur Lestrade de Scotland Yard fait appel à son ami Holmes lorsque deux prostituées sont assassinées. La première a été lardée de trente-neuf coups de couteau après avoir tuée d’un coup de baïonnette. Durant un mois la police ne trouve aucune piste. Watson suit l’affaire dans la presse et se désole du désintérêt de son ami qui semble en pleine déprime. La deuxième femme est tuée lors d’une nuit de fête et éventrée post-mortem. Lestrade vient solliciter le célèbre détective à ce moment-là.

Sherlock Holmes sort enfin de sa léthargie et se lance sur la piste de celui que l’on n’appelle pas encore Jack l’Eventreur.

Nous revisitons toute cette célèbre affaire sous la plume du docteur Watson. Lindsay Faye a réussi un magnifique polar historique, elle a su utiliser la matière à sa disposition pour rendre ce récit très vivant. Il s’intègre très harmonieusement dans les aventures de Sherlock Holmes, le récit étant censé être fait par le docteur Watson cinquante ans après les faits.

Sherlock et son ami se lancent sur la piste du monstre avec l’aide de Miss Monk, une jeune fille qui n’a pas froid aux yeux. Ils courront de grands dangers, mais finalement Sherlock démasquera le coupable, même si le grand public n’en saura rien, et pour cause puisque l’assassin n’a jamais été identifié. La solution retenue par Lindsay Faye paraît tout à fait plausible, même si elle fait froid dans le dos.

J’aime beaucoup les aventures de ce héros et je n’ai pas du tout été dépaysée, le récit paraît bien authentique et l’auteur a pris garde d’y insérer des personnes de la saga de Holmes comme le docteur Agar ou la mention de la vie militaire de Watson qui a participé à la deuxième guerre d’Afghanistan. Outre l’hypothèse convaincante sur l’assassin, je trouve que la description de la misère des classes les plus défavorisées de la société anglaise de l’époque est très intéressante. Cette affaire a permis une prise de conscience dans la classe dirigeante et une volonté de venir en aide à ces populations abandonnées. Je ne connaissais pas bien cette affaire et j’ai été plutôt surprise de voir que le terrible Jack n’a en fait tué que cinq femmes, ce qui fait un bien maigre bilan pour le plus célèbre tueur en série de l’Histoire, surtout si on le compare avec ses successeurs américains.

J’ai lu ce livre avec un immense plaisir et je ne peux que le recommander chaleureusement.

Nous ne sommes

Les tables des Templiers, d’Adrian Dawson

Chronique réalisée pour Les chroniques de l’Imaginaire

L’inspecteur Nick Lambert est en colère, il revient du tribunal où deux trafiquants de drogue viennent d’être remis en liberté grâce à des avocats grassement payés, mais il s’attendait à cela et les a passés à tabac durant leur garde à vue tant leur insolence lui porte sur les nerfs. Son chef est furieux et l’envoie sur une autre affaire s’occuper des corvées. On a retrouvé un cadavre tatoué et nu derrière un supermarché chinois, victime de ce qui semble être une exécution par un professionnel. L’homme avait un texte en latin, des dollars et l’adresse d’une jeune fille hospitalisée dans une institution psychiatrique dans un sachet plastique enfoncé dans son anus. Nick est chargé d’aller interroger la jeune fille et lui demander son avis sur le texte en latin. Il se rend dans l’hôpital délabré où elle est et affronte tout d’abord le Dr Creed, le directeur qui se moque de lui. Les deux hommes se détestent depuis que le médecin a violé et tué une jeune patiente, mais il a réussi à ne pas être inquiété par la justice, ce qui a rendu Nick particulièrement furieux. Maggie l’infirmière l’informe que la jeune Tina est autiste,  incapable de parler et qu’il ne faut pas la bousculer, mais qu’elle a une soeur. Sarah  vient souvent la voir et  pourrait peut être répondre à ses questions. Nick part donc à la recherche de Sarah et la trouve dans une boite de nuit louche, elle est punk et il doute d’en tirer quoi que ce soit. Mais il se trompe lourdement, Sarah l’emmène chez lui et lui montre comment décrypter le texte.

Nick ne sait s’il doit croire Sarah ou si elle s’est moquée de lui. Entre temps le cadavre nu a disparu, deux policiers ont été tués et la police de Los Angeles a été dessaisie de l’affaire au bénéfice de la CIA ou d’une autre agence du même acabit ce qui enrage le chef de Nick.

Au même moment en Russie Klein, un scientifique américain a trouvé et déterré la météorite qui s’est écrasée en 1908 en Sibérie.

Nick désobéit à son chef une fois de plus et celui-ci lui l’oblige à prendre des vacances durant quinze jours ce qui est une suspension déguisée.  Nick décide de poursuivre l’enquête dans le sud de la France pour tirer au clair les affirmations de Sarah. Laquelle apparaît sur le parking du commissariat avec deux billets d’avion pour la France au moment où Nick partait. Et voici nos héros sur les traces du trésor des templiers, pas moins que l’arche de l’alliance.

Résumé ainsi le début de ce thriller paraît limpide, mais il ne l’est pas du tout en réalité. Le voyage dans le temps est l’un des thèmes essentiels du livre et le texte n’est pas du tout chronologique. Il commence par une séquence complètement anachronique avec un Templier baptiste au douzième siècle  et là on se dit que ça commence fort avec un auteur aussi nul en histoire, suivie par une scène bizarre et inquiétante dans un cimetière en 2024. On suit en parallèle l’équipe de Klein depuis la découverte de la météorite en Sibérie en 2011 jusqu’en 2043 et l’enquête de Nick et Sarah en 2011. Le début est complètement embrouillé et il faut un tiers du livre pour qu’il commence à devenir intéressant.

Au fur et à mesure on comprend qui sont Alison et Sarah et le livre se termine avec la même scène dans le cimetière, mais cette fois elle est claire et compréhensible. On retrouve tous les ingrédients nécessaires à un thriller ésotérique, avec les Templiers (présents seulement dans la première scène et le titre ), Poussin, Teniers, l’Arcadie, les tables de l’Alliance etc. Le thème est à la mode et le projet de l’auteur original. Malheureusement la réalisation n’est pas à la hauteur de son ambition, il y a trop de discussions scientifiques, on passe sans cesse d’une époque à l’autre et la thématique le plus développée est celle du voyage dans le temps et de l’impossibilité de changer le passé quoi qu’on fasse. Il y a aussi beaucoup de longueurs et on ne sait pas trop ce que deviennent certains personnages et quels sont leur plan, en particulier Klein. C’est dommage car ce thriller aurait pu être beaucoup plus passionnant sans ses nombreux défauts. La fin par contre est très belle et émouvante.

Tables