Niceville, de Carsten Stroud

Chronique réalisée pour Les chroniques de l’Imaginaire

Ce polar est très déroutant et ne ressemble pas du tout aux classiques du genre. Il est à moitié polar et à moitié fantastique, nous sommes dans un univers proche de ceux de Stephen King ou John Connolly, mais en bien plus noir et glauque. L’action se situe dans le sud des USA, mais un sud mythique où tous les personnages ne sont pas de chair et de sang et où les rituels vaudous sont très présents.

C’est un roman vraiment très dense avec une multitude de personnages et de récits secondaires, donc très difficile à résumer. On s’y perd au début, puis le puzzle se met en place peu à peu.

Niceville a été fondée autrefois par quatre familles qui ont fini par se haïr. Plusieurs générations après, leurs descendants perpétuent la tradition sans bien savoir pourquoi. Reaney Teague, un adolescent regarde la vitrine d’un antiquaire et la seconde d’après il a disparu. D’ailleurs la ville bat des records dans les disparitions. Il est retrouvé dans un endroit insolite.  Un homme commet un massacre lors d’une course poursuite, un autre homme maltraite sa femme et sa fille, mais la justice le relaxe. Nick Kavanaugh, un policier, ancien des Forces spéciales et sa femme Kate, une avocate issue d’une des familles fondatrices de la ville décident de prendre ces enquêtes en main sans se douter de ce qui les attend. Des forces maléfiques sont à l’oeuvre, certains policiers sont corrompus et organisent un braquage où ils n’hésitent pas à tuer leurs collègues arrivés sur place.

Carsten Stroud nous emmène dans un univers complexe et très noir avec une multitude de personnages et d’histoires imbriquées les unes dans les autres. Par moment on s’y perd complètement, puis on retrouve le fil de l’intrigue, phénomène encore accentué par le fait qu’on ne sait pas toujours si on est dans le réel ou le fantastique, les personnages ne le sachant pas plus que nous bien souvent. Certains mystères s’éclaircissent peu à peu, mais il en reste encore beaucoup qui seront traités dans les deux autres volets de cette trilogie.

Les chapitres ont des titres plutôt mal choisis, car ils en disent trop sur ce qui va arriver dans le passage en question. Le texte est divisé en chapitres assez courts, amenant très souvent de nouveaux personnages, les rebondissements sont multiples. Toutefois la construction de ce roman semble par moment assez décousue, nous ne sommes pas dans une intrigue linéaire qui se dévore d’une traite. Malgré une certaine difficulté à appréhender l’ensemble de l’intrigue et à rentrer dans le livre, j’ai beaucoup aimé l’ambiance glauque, noire et fantastique. Et l’effort demandé au début pour apprécier ce polar atypique est finalement largement récompensé.

niceville

Publicités

Sadako, de Kôji Suzuki

Chronique réalisée pour les Chroniques de l’Imaginaire

Ce livre pourrait être le quatrième volume de la trilogie Ring (si on peut dire !), il faut vraiment lire les deux premiers volumes de la trilogie (Ring et Double hélice ) avant celui-ci, sous peine de ne jamais la lire, car selon son habitude, Suzuki revient très largement sur Ring dans ce livre, à croire qu’il en est obsédé et ne peut passer à autre chose et vous n’aurez plus de plaisir à lire le début de l’histoire pour cause de spoiler.

Le roman commence avec l’exécution de Seiji Kashiwada, un tueur en série qui a assassiné quatre fillettes dix plutôt avant d’être arrêté avec la cinquième petite qu’il était en train d’enlever. Les autorités ne comprennent pas son crime, il n’a pas violé les enfants il leur avait juste enlevé leur culotte. La justice et les experts l’ont classé dans la catégorie des pervers sexuels, surtout pour pouvoir l’exécuter après cette série de crimes qui a fait grand bruit à l’époque.

Un mois après, Takanori Ando, fils de Mitsuo Ando, un riche médecin, est expert en images de synthèse dans un petit studio. Si ses parents ont toujours été sévères avec sa soeur, ils lui ont laissé la bride sur le cou et ne l’ont pas poussé à étudier la médecine pour reprendre la clinique familiale. Il a choisi les Beaux Arts et travaille dans un petit studio de production. Il est fiancé à Akané, une jeune enseignante orpheline qui a été élevée dans le centre d’aide à l’enfance subventionné par la famille Ando. Ils se sont rencontrés lors de la fête donnée pour la majorité des jeunes filles, dont Akané et se sont immédiatement sentis proches, sans doute parce qu’ils ont été élevés selon les même valeurs. La jeune fille est sensible et facilement angoissée.

Le patron de Takanori lui remet une clé USB confiée par une cliente qui aimerait savoir si les images stockées sont vraies ou si c’est un film amateur génial. Il s’agit d’un suicide, mais la police n’a pas retrouvé le corps, ni l’adresse de la victime, de plus personne n’est porté disparu à ce moment. Takanori pense d’abord qu’il s’agit d’un film amateur, mais en le visionnant une deuxième fois les images se décalent légèrement et cela s’accentue à chaque visionnement.

Akané est enceinte depuis peu et elle se rend à l’hôpital pour une première visite et un certificat pour son employeur. Peu à peu des phénomènes étranges se produisent dans la vie du jeune couple. Du coup le roman Ring refait surface et nous repartons vers de nouvelles explications du phénomène.

Le départ de l’histoire est très lent, et même plutôt ennuyeux du moins durant le premier tiers, mais peu à peu le surnaturel apparaît et l’angoisse avec. Comme dans les romans de Stephen King, le surnaturel se mêle peu à peu à l’intrigue, jusqu’à devenir prépondérant. La fin est ouverte et tout laisse penser qu’il y aura une cinquième volume à la trilogie. Les personnages n’ont pas de profondeur et les principaux thèmes sont la transmission des pouvoirs psychiques à travers les générations et l’amour. Je suis sans doute imperméable à la littérature japonaise, mais j’ai eu l’impression d’un traitement très superficiel tant des personnages que de la thématique. Et comme de nombreuses questions restent en suspens je pense que l’auteur a prévu une suite. Le très long passage sur Ring, où tout y est réexpliqué pour la xième fois m’a fortement ennuyée. Par contre j’ai aimé l’ambiance d’angoisse diffuse très contagieuse.

Ceux qui ont déja lu Ring ou qui veulent le lire apprécieront sans doute cette suite dont l’ambiance est celle qui ressemble le plus à Ring par rapport aux autres tomes de l’histoire, plus science fiction que fantastique. On peut aussi le lire tout seul, mais dans ce cas mieux vaut oublier la trilogie résumée en détail dans cet opus.

Sadako

Ring, l’intégrale, de Kôji Suzuki

Chronique réalisée pour les Chroniques de l’Imaginaire

Cet impressionnant volume contient trois romans de Suzuki présenté comme le Stephen King japonnais. Des films (japonais et américain) en ont été tiré, mais je ne les ai pas vus,  je n’ai donc pas été influencés par eux. D’après la critique, la version japonaise est excellente et l’américaine complètement ratée. Je connais très peu la littérature japonaise et ce livre n’était pas un premier choix, mais j’en ai hérité car il n’intéressait personne, je le précise pour tempérer ma critique, en particulier du tome 3.

Ring : c’est certainement le livre le plus connu de Suzuki, ce fut un immense succès de librairie. Une jeune fille de dix sept ans meurt brutalement d’une crise cardiaque, ainsi qu’un jeune homme de dix neuf ans, tous les deux au même moment. Le médecin conclut à un problème cardiaque, ce qui est possible chez des adolescents, même si c’est très rare. Asakawa est journaliste à Tokyo et oncle de la jeune victime. Il a connu un gros échec professionnel deux ans auparavant et désire plus que tout se racheter en écrivant un article formidable. En même temps, il ne peut croire à une coïncidence pour les décès de ces deux jeunes, il enquête et se rend compte que ce sont quatre adolescents qui sont morts en même temps d’un arrêt cardiaque, il cherche ce qui les relie avec l’aide de son ami Ryuji, un professeur d’université un peu loufoque qui se passionne pour les énigmes. Il s’agit d’une cassette vidéo trouvée dans un centre de vacances, elle est faite d’images assez étranges et surtout elle annonce que tous ceux qui ont vu les images mourront exactement une semaine plus tard, sauf s’ils se conforment aux instructions qui suivent. Malheureusement les jeunes n’ont pas pris le message au sérieux, n’ont pas fait ce qu’on leur demandait et surtout ont effacé la fin de la cassette. Plus personne ne sait que faire, Asakawa et son ami se lancent dans une course contre la montre pour stopper la malédiction de la cassette.

Double hélice : Mitsuo Ando est professeur de médecine légale et médecin légiste. Il est en pleine dépression suite à son divorce. Son petit garçon de quatre ans s’est noyé tandis qu’il devait le surveiller sur la plage et son mariage n’a pas résisté au drame. On lui demande d’autopsier le corps de son ami Ryuji, un ancien condisciple passionné d’énigmes. Mitsuo est franchement inquiet, car lors du deuxième examen du corps de Ryuji, il trouve à l’intérieur un morceau de papier sur lequel est marqué le mot « Ring » qui ne s’y trouvait pas lors du premier examen. De plus la victime semble décédée des suites de la variole, pourtant éradiquée depuis plusieurs décennies au Japon. Le médecin essaie de rassembler les pièces de ce puzzle épars et fait le lien avec le tome 1 de la trilogie Ring sur laquelle l’auteur revient avec moult détails et explications.

La boucle : Dernier tome de la trilogie et au début on a vraiment l’impression que c’est la pièce de trop, que l’auteur a vraiment voulu rajouter un troisième roman pour faire une trilogie, mais que ce roman n’a rien à faire là. Kaorou est depuis son enfance un génie de l’informatique et de la science, il se passionne pour les anomalies gravitationnelles et leur impact sur la longévité humaine. Devenu adulte il est un médecin et un chercheur brillant. Ses recherches portent sur une forme de cancer qui semble virale et ne touche que des chercheurs et des informaticiens de haut niveau dont son père. La première moitié de ce volume est assez insupportable à lire, il ne se passe rien et nous somme abreuvés de vocabulaire médical et scientifique jusqu’à plus soif. A ce moment, Kaorou fait le lien entre ses propres recherches et Ring, ce qui nous vaut une nouvelle et longue explication d’éléments dont Suzuki a déjà longuement parlé ailleurs. Mais cela débloque aussi la fin de l’histoire et apporte un dénouement surprenant qui redéfinit toute la trilogie.

J’ai beaucoup aimé Ring, même si le rythme est lent et que l’histoire a de la peine à démarrer, mais je crois que c’est typique de la littérature japonaise. Cette partie bascule peu à peu dans le surnaturel avec un fantôme bien inquiétant. Il se dégage une angoisse subtile et sourde qui contamine le lecteur. J’ai même rêvé que le méchant fantôme me poursuivait, c’est dire.  La deuxième partie est nettement moins fantastique, Mitsuo essaie de donner une explication rationnelle et scientifique, même s’il reste un soupçon de fantastique. La troisième partie n’en contient plus du tout, on est plutôt dans un livre de science fiction qui n’a plus grand chose à voir avec le début de l’histoire et malgré le dénouement très surprenant et ingénieux, ce tome 3 est vraiment très très indigeste, du moins pour les personnes pas intéressées par le genre science fiction et peu au fait de la littérature japonaise. Et j’avoue que je ne l’aurais jamais fini si je n’y avais pas été obligée. C’est sans doute en référence à la première partie qu’on a comparé l’auteur avec Stephen King.

Les personnages manquent de profondeur à mon avis, quant aux thèmes traités, en dehors du fantastique ce sont surtout les aléas de la vie, la mort, l’amour, le sens de la vie, l’amitié mais surtout la souffrance causée par la perte d’un être cher et la difficulté à faire le deuil. Un autre point très ennuyeux, c’est que les mêmes éléments sont expliqués et repris de nombreuses fois au cours du livre ce qui rajoute encore quelques longueurs à ce pavé.

J’ai un avis assez mitigé, j’ai beaucoup aimé le premier tome, trouvé le deuxième moins intéressant mais encore supportable, par contre le troisième ne m’a pas plu du tout.

Ring

 

 

Je sais qui tu es, de Yrsa Sigurdardottir

Chronique réalisée pour Les Chroniques de l’Imaginaire

Nous suivons deux groupes de protagonistes dans des chapitres alternés et découpés avec art, toujours au moment où le suspense est à son comble, ce qui est un bon moyen de tenir le lecteur en alerte. Le premier groupe est composé d’un couple, Gardar et Katrin accompagnés de leur amie Lif, veuve depuis trois ans. Einar, le mari de Lif était le meilleur ami de Gardar. Les deux hommes rêvaient d’acheter une maison dans les fjords, de la retaper et d’en faire une maison d’hôtes, Einar est mort d’une crise cardiaque avant d’avoir pu finaliser le projet. Aussi les trois amis survivants décident-ils d’aller jusqu’au bout de cette idée. Ils acquièrent une maison délabrées dans un village abandonné depuis soixante ans et transformé en zone de résidences secondaires. Si Lif et Gardar sont très enthousiasmés par leur projet, Katrin est plus réticente et plus réaliste sur les difficultés qui les attendent. Ils débarquent un jour d’automne dans le village abandonné, déposés au port par un bateau. Ils transportent tout leur matériel jusqu’à la maison. Le capitaine viendra les rechercher une semaine plus tard, ils les a prévenus qu’ils seront tout seuls, leur a donné les clés d’une maison terminée au cas où ils voudraient aller y dormir et les avertit que la maison a mauvaise réputation sans entrer dans les détails.

La maison est très abîmée, le précédant propriétaire a disparu trois ans plus tôt et il n’a pas beaucoup avancé les travaux. Les trois amis sont des urbains, pas très doués pour le bricolage et les tensions se font vite sentir entre eux. De plus des évènements inquiétants se produisent dans la maison, une présence maléfique semble rôder, un enfant qui les effraie de plus en plus.

L’autre groupe est constitué de Dagny, une femme policier et Freyr un psychiatre qui l’aide dans ses enquêtes. Le fils de Freyr, Benni, a disparu sans laisser de trace trois ans plus tôt, à l’âge de cinq ans. Les parents n’ont pas résisté au choc et ont divorcé. Sara, la mère essaie de retrouver son fils par tous les moyens, surtout surtout irrationnels. Elle est sûre que Benni l’appelle au secours depuis un endroit terrible. Freyr est un scientifique et ne croit pas à une telle conviction qui relève pour lui de la maladie mentale et de l’hallucination.  Il a quitté la capitale et a pris un poste dans une petite ville de la zone des fjords pour changer de vie et faire son deuil tranquillement. Il est persuadé de la mort de son fils même si le corps est resté introuvable. Dagny l’appelle dans une école maternelle vandalisée, pour évaluer si le coupable est un malade mental. Il doit ensuite examiner le dossier d’une femme qui vient de se suicider dans une église. Il apprend par un de ses patients, un vieil instituteur que l’école a déjà été vandalisée il y a soixante ans. Par curiosité, Freyr et Dagny comparent le dossier des deux affaires et à leur grande surprise, les photos des deux affaires sont semblables. D’autres coïncidences étranges se produisent.

Et nous voici entraînés dans un superbe polar qui fait la part belle au fantastique. Le suspense ne se relâche jamais et il est très prenant. Il m’arrive très rarement d’avoir peur en lisant un livre, mais avec celui-ci c’est le cas, on est vraiment pris dans une ambiance très inquiétante. Et si les fantômes jouent un rôle important dans l’intrigue, l’auteure n’a pas pour autant oublié le facteur humain avec des personnages très travaillés et réalistes. Les relations entre eux sont bien analysées et convaincantes.

Un magnifique polar à mettre sur la liste du Père Noël.

Je sais qui tu es

 

La contrée immobile, de Tom Drury

Chronique réalisée pour Les Chroniques de l’Imaginaire.

Sur la couverture de ce magnifique petit livre, il est écrit « roman noir », ce qui le renvoie à la catégorie des polars et autres thrillers, mais je préfère le ranger dans la catégorie fantastique vu le rôle important joué dans l’histoire par les fantômes. L’épilogue de l’histoire fait pense à un thriller, mais le côté fantastique domine cette histoire très poétique, d’où le choix de son classement.

Nous partageons le quotidien de Pierre, un jeune Américain fantasque du Midwest. L’histoire commence alors qu’il a dix sept ans. Son amie Rebecca est hospitalisée à cause d’une pneumonie attrapée en participant à une course qui s’est déroulée sous la pluie. Rebecca est gênée par les lumières du parking de l’hôpital et Pierre s’empresse de les saboter. Ensuite Rebecca le quitte sans raison, simplement parce qu’elle veut être libre de faire des folies durant leur année de terminale. Il est triste, mais ses parents ne croient pas à son chagrin.

On traverse ensuite rapidement les sept années suivantes de la vie du héros pour le retrouver âgé de vingt-quatre ans. Il est barman au Valet de Carreau et nous suivons la dernière année de sa vie depuis le réveillon du Nouvel An.

Le livre est court et il n’y a pas de l’action à chaque page, mais l’intérêt de ce petit bijou n’est pas là. Pierre est un anti-héros complètement déjanté qui vit dans un univers poétique. Et pas seulement parce que l’une de ses amies, Carrie Sloan est la poétesse de la communauté. Pierre est surtout complètement décalé, son univers est loufoque et plein d’humour, mais d’un humour tendre, jamais méchant, il a une grande distance envers lui-même. Son univers m’a fait pensé à ceux créés par Tim Burton.

On ne peut pas raconter l’histoire, ni même son début pour ne pas entamer le suspense, vu sa brièveté, mais on peut résumer en disant que Pierre connaîtra l’amour et l’aventure avant sa mort. Heureusement pour lui, il s’agit d’un amour éternel.

Même s’il y a de l’action (un peu), c’est avant tout un roman d’ambiance, écrit avec humour et poésie. On y trouve une réflexion intéressante sur l’amitié, le partage, l’amour et le sens de la vie. Un drôle de petit roman, vraiment magnifique, à découvrir absolument.Le côté thriller est vraiment un prétexte pour créer cet univers riche et poétique. La fin du livre est très touchante.

J’ai adoré ce petit livre qui m’a pris aux tripes et m’a transportée dans son univers plein de poésie et de tendresse.

La contrée immobile

Furor, de Fabien Clavel

Vous retrouverez cette chronique et bien d’autres ici.

Voici un livre dont il faudrait lire la post face avant le texte. En effet, elle nous donne des clés de compréhension qui ouvre une perspective différente. Malheureusement je ne me suis aperçue de cela qu’à la fin du livre.

Fabien Clavel nous entraîne dans la Germanie que l’armée romaine tente de conquérir au début de notre ère.  César a commencé la conquête mais n’a jamais pu dépasser la vallée du Rhin. Auguste décide de continuer son oeuvre et envoie le général Varus avec trois légions pour créer une grande province germaine. Rome craint beaucoup les Germains et espère les « romaniser » pour mieux  neutraliser cet ennemi imprévisible.

Le roman se passe en 9 de notre ère et est divisé en deux parties. Longinus, un soldat préposé à la chasse poursuit un lièvre  dans une forêt épaisse. C’est l’automne, il pleut, il fait froid et l’ambiance est franchement à la déprime. Le lièvre est aveugle et le soldat finit par l’attraper. En le poursuivant, il découvre un village qui abrite des personnes à l’aspect hideux et monstrueux mais totalement désarmées et pacifiques. Longinus croit avoir découvert un peuple qui vit encore à l’Age d’or et qui aurait trouvé refuge dans cette forêt. Il hésite à faire part de sa découverte à Fabricius son chef, sachant que ce dernier massacrera sans pitié les habitants du village. Mais l’officier est un homme violent qui malmène ses soldats et Longinus n’ose pas lui mentir.

Comme il s’y attendait, la troupe de Fabricius massacre les villageois et trouve une pyramide noire à côté du village. Les officiers ne comprennent pas ce qu’une pyramide peut bien faire au fond d’une forêt de Germanie, mais ne cherchent pas à savoir de quoi il retourne.

Nous faisons aussi connaissance de Flavia, une jeune Germaine enlevée alors qu’elle était enfant et réduite en esclavage sexuelle pour les soldats. Elle essaie de se souvenir de son enfance et de son pays qu’elle traverse sans l’avoir choisi.

Arminius, un Germain chef des troupes auxiliaires que Varus croit avoir soumis se retourne contre les Romains et leur tend une embuscade. Il massacre les civils et les soldats sans pitié. Nous assistons à la terrible bataille de Teutobourg où les Romains sont anéantis.

La première partie nous permet de connaître les principaux personnages du roman. Elle est surtout consacrée aux récits de batailles et de massacres. Les personnages sont historiques pour la plupart et l’histoire sans doute assez proche de ce qu’a dû être la réalité de cette bataille. Clavel enseigne le latin et connaît son sujet.

La deuxième partie devient plus fantastique, Longinus, Flavia, le centurion Marcus et Caius Pontius, un officier supérieur ont réussi à échapper aux massacres, mais la route d’Aliso est coupée, ils décident donc d’aller se réfugier dans la fameuse pyramide noire.

J’attendais beaucoup de ce roman et j’ai été un peu déçue. La quatrième de couverture, ainsi que la présentation de l’éditeur laissait espérer un roman fantasy, mais ce n’est pas le cas. Il y a très peu de fantastique, aucune magie et tous  les monstres sont des humains. Il s’agit plutôt d’un roman historique, même s’il y a une uchronie dans l’exploration de la pyramide. Les éléments réalistes sont très convaincants, on sent qu’on a affaire à un auteur qui connaît son sujet, mais les quelques éléments fantastiques et uchroniques ne  sont pas convaincants du tout.

Mais ce qui m’a le plus dérangée, c’est le choix de langage fait par l’auteur. Il emploie un mélange de français, de latin et surtout de latin francisé qui m’a franchement déplu. Par exemple Varus est qualifié d’impérateur pour Imperator, j’aurais préféré qu’il utilise la traduction de ce terme, qui est général en chef.  Imperator est devenu empereur dans notre langue, les mécanismes d’évolution du bas latin dans les différentes langues romanes sont bien connus et ce latin francisé m’a beaucoup déplu. Tout comme le fait d’employer la forme latine des noms de lieu, on nous parle de Roma, des forêts de Germania ou de l’armée du Rhénus. Clavel a aussi écrit quelques phrases qui ne veulent absolument rien dire pour inventer un argot militaire romain (et semi-francisé) ce qui donne un dialogue totalement incompréhensible entre deux soldats. Son roman aurait gagné en puissance d’être écrit complètement en français et de préférence en bon français.
La moitié du livre est consacrée aux faits et gestes des personnages et l’autre moitié à leurs pensées. Comme les humains dans la réalité, les personnages de Clavel ne cessent de penser. Ce qui est gênant et même très gênant, c’est que l’auteur écrit leurs pensées en italique sans aucune ponctuation. Il peut y avoir des paragraphes entiers en italique et sans ponctuation, ce qui ralentit la lecture. Parfois on ne sait comment séparer deux phrases, ce qui fait varier le sens des pensées en question, sans compter que c’est lassant d’avoir des paragraphes entiers de ce style.

La deuxième partie du livre qui tourne autour de la pyramide n’est pas convaincante du tout, on ne sait pas si on a franchi une sorte de porte temporelle qui débouche sur notre époque ou si les anciens Germains connaissaient déjà la physique nucléaire, ce qui est quand même assez peu probable. Durant cette exploration, Caius Pontius pense beaucoup et cite de nombreux poèmes, mais comme c’est seulement à la dernière page que j’ai compris qui il est en réalité, je regrette de ne pas avoir été plus attentive à ses pensées. L’idéal serait de relire le récit de la pyramide à la lumière de cette connaissance, mais le roman ne m’a pas assez passionnée pour que je le fasse.

Dans l’ensemble c’est un roman plutôt décevant, car présenté comme de la fantasy. Il y a aussi trop de scène de batailles sanglantes  et jusqu’au bout j’ai espéré en vain y trouver une dimension moins terre à terre. Toutefois la chute est inattendue et vraiment excellente.

Gîtes, de Julio Cortazar

Vous trouverez cette chronique et bien d’autres ici.

Si vous aimez les histoires déroutantes, parfois sans queue ni tête, parfois fantastiques, vous allez être servis avec ce recueil de dix-huit nouvelles de Julio Cortazar.

Il est très difficile de trouver un thème commun à ces écrits. Certaines nouvelles racontent de petites histoires avec un début, un milieu et une fin, mais d’autres parlent de l’état d’esprit des protagonistes sans qu’il ne se passe rien, comme dans Autobus où une femme est angoissée parce qu’elle a l’impression que les autres passagers et le conducteur la dévisagent.

Le fantastique est souvent présent dans ces courts récits qui ne forment pas un ensemble homogène. Souvent le texte est ouvert et nous laisse le compléter à notre guise. Ainsi dans La promenade, un jeune garçon est envoyé en promenade par ses parents. Il prend le bus et traverse la ville. Le texte serait banal si l’enfant n’emmenait pas avec lui un mystérieux personnage ou un animal qui attire l’attention des autres voyageurs et qu’il rêve d’abandonner sur une place éloignée de chez lui. Le lecteur est laissé dans l’ignorance de qui est ce « il » dont il émane une vague sensation de danger ou de brutalité. Il s’agit peut être d’un frère handicapé mental ou d’un chien méchant ou de tout autre créature qu’il vous plaira. Ce non-dit donne toute sa force à un récit banal, car il ne se passe rien d’autre que la traversée de la ville en bus.

La mort est un thème récurrent de ces nouvelles, les morts reviennent souvent hanter les vivants et les emprisonner à leur insu. Nous découvrons aussi un bestiaire fantastique comme ce pull-pieuvre, un élevage de mancuspies ou ce tigre qui dévore un homme méchant que l’on soupçonne d’avoir abusé d’une petite fille.

Ce livre est impossible à résumer, car il nous dépeint un univers très éclaté. La plupart des nouvelles se situent en Argentine et plus précisément à Buenos Aires, mais quelques une se passent à Paris où Cortazar a vécu longtemps. Il est difficile de parler de ce livre, mais je vous invite à le découvrir et à vous plonger dans cet univers étrange et attirant. C’est une très belle découverte.