La petite sauvage, de Jean Zimmerman

Chronique réalisée pour Les chroniques de l’Imaginaire

Jean Zimmerman s’est donné pour mission de retracer l’histoire de New York à différentes époques à travers un cycle de polars historiques. Le premier volet de la série Le maître des orphelins se passait au moment où la petite colonie hollandaise devenait anglaise à la fin du dix-septième siècle. Il n’y a pas de liens entre les deux livres, hormis le lieu et ils peuvent se lire séparément sans problème. Les personnages de cet opus ne sont pas présentés comme des descendants des héros précédents et il n’y a aucune allusion au passé de la ville.

Nous avions quitté un tout petit bourg campagnard et nous voici deux siècles plus tard en 1876.  Le narrateur de cette histoire est le jeune Hugo Delegate, fils d’une famille richissime de Manhattan. Il attend la police au domicile de son ami Bev qu’il a peut être assassiné, à moins que ça ne soit sa soeur adoptive. Il ne sait plus où il en est, il a été soigné à plusieurs reprises pour de la neurasthénie, mais derrière ce terme vague, le lecteur moderne pense tout de suite à la schizophrénie, maladie encore inconnue à l’époque. Hugo est arrêté et incarcéré, mais dès le matin deux avocats d’un célèbre cabinet viennent le voir et offrir leurs services. Hugo est confus et pressent que l’arrivée des juristes a été demandée par son père Freddy en voyage à Londres au moment des faits. Les deux hommes interrogent le jeune homme et lui font raconter toute l’histoire depuis le début, c’est à dire depuis le printemps précédant et le voyage dans l’ouest de la famille.

Le roman se divise en trois parties, la première raconte avec moult détails pittoresques le voyage de la famille Delegate à Virginia City où Freddy possède des mines d’argent. Il en a seulement hérité, c’est son frère Sonny qui les a découvertes et exploitées, mais Sonny est mort. Il était le fils chéri de la famille et leur père n’a pas survécu à la perte de son fils préféré, celui à qui tout réussissait.  Freddy est fabuleusement riche, c’est un homme charmant mais incompétent. Une de ses passions consiste à s’entourer de personnages étranges, c’est ainsi que le Berdache (un Indien travesti) et Tu-Li une servante chinoise sont entrés dans la famille et sont devenus les amis intimes d’Anna Maria, la mère d’Hugo, elle aussi fantasque que le père. Freddy se passionne pour les idées de son temps et le débat sur l’inné et l’acquis fait rage à ce moment. Son rêve est de pouvoir trouver un enfant sauvage. Tu-Li déniche justement une fille sauvage à Virginia City, elle est prisonnière du Dr Caleb qui l’exhibe dans un show minable. La famille Delegate ramène l’adolescente à New York.

La deuxième partie du livre raconte son éducation, son entrée dans la haute société et sa chute. La troisième le dénouement de l’histoire qui dure un peu plus d’un an en tout. Durant ce laps de temps des meurtres sanglants sont commis dans le sillage de la jeune fille, Hugo en est amoureux, il ne sait pas si elle est coupable, si c’est lui, s’il perd la raison. Mais à force de se regarder le nombril il ne voit plus la réalité et le dénouement surprendra vraiment le lecteur, qui a vécu toute cette longue histoire à travers les yeux d’Hugo.

Ce récit nous fait voyager dans les mythes américains, la conquête de l’ouest est terminée, il n’en reste que du folklore, mais la vraie sauvagerie a émigré à l’est. Et ceux qui semblent inoffensifs le sont bien moins qu’il n’y paraît.

La première partie du livre est longue et assez peu passionnante, mais l’intérêt du lecteur croît au fil des pages et l’histoire se termine de façon très surprenante. Au final c’est un regard intéressant posé sur le Manhattan de l’âge d’or.

La petite sauvage

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Nous ne sommes qu’ombre et poussière, de Lindsay Faye

Chronique rédigée pour Les Chroniques de l’Imaginaire

Nous retrouvons tout d’abord Sherlock Holmes et le docteur Watson dans la campagne anglaise. Un lord les a appelés pour retrouver un bijou de famille disparu, la police locale piétine mais Sherlock résout le mystère rapidement. Toutefois la vérité met en péril l’honneur de la famille du noble campagnard qui menace tour à tour de tuer le détective puis de se suicider pour sauver les apparences. Sherlock promet de garder le silence et aide à falsifier l’enquête tout en permettant de retrouver le bijou. Tout semble aller pour le mieux, mais cette solution se révélera calamiteuse.

En octobre 1888 l’inspecteur Lestrade de Scotland Yard fait appel à son ami Holmes lorsque deux prostituées sont assassinées. La première a été lardée de trente-neuf coups de couteau après avoir tuée d’un coup de baïonnette. Durant un mois la police ne trouve aucune piste. Watson suit l’affaire dans la presse et se désole du désintérêt de son ami qui semble en pleine déprime. La deuxième femme est tuée lors d’une nuit de fête et éventrée post-mortem. Lestrade vient solliciter le célèbre détective à ce moment-là.

Sherlock Holmes sort enfin de sa léthargie et se lance sur la piste de celui que l’on n’appelle pas encore Jack l’Eventreur.

Nous revisitons toute cette célèbre affaire sous la plume du docteur Watson. Lindsay Faye a réussi un magnifique polar historique, elle a su utiliser la matière à sa disposition pour rendre ce récit très vivant. Il s’intègre très harmonieusement dans les aventures de Sherlock Holmes, le récit étant censé être fait par le docteur Watson cinquante ans après les faits.

Sherlock et son ami se lancent sur la piste du monstre avec l’aide de Miss Monk, une jeune fille qui n’a pas froid aux yeux. Ils courront de grands dangers, mais finalement Sherlock démasquera le coupable, même si le grand public n’en saura rien, et pour cause puisque l’assassin n’a jamais été identifié. La solution retenue par Lindsay Faye paraît tout à fait plausible, même si elle fait froid dans le dos.

J’aime beaucoup les aventures de ce héros et je n’ai pas du tout été dépaysée, le récit paraît bien authentique et l’auteur a pris garde d’y insérer des personnes de la saga de Holmes comme le docteur Agar ou la mention de la vie militaire de Watson qui a participé à la deuxième guerre d’Afghanistan. Outre l’hypothèse convaincante sur l’assassin, je trouve que la description de la misère des classes les plus défavorisées de la société anglaise de l’époque est très intéressante. Cette affaire a permis une prise de conscience dans la classe dirigeante et une volonté de venir en aide à ces populations abandonnées. Je ne connaissais pas bien cette affaire et j’ai été plutôt surprise de voir que le terrible Jack n’a en fait tué que cinq femmes, ce qui fait un bien maigre bilan pour le plus célèbre tueur en série de l’Histoire, surtout si on le compare avec ses successeurs américains.

J’ai lu ce livre avec un immense plaisir et je ne peux que le recommander chaleureusement.

Nous ne sommes

Première station avant l’abattoir, de Romain Slocombe

Chronique réalisée pour les Chroniques de l’Imaginaire

Ce livre n’est pas tout à fait un roman puisque le personnage principal est fortement inspiré par la vie et les aventures du grand père de Romain Slocombe.

L’histoire commence de nos jours, le narrateur va acheter un livre de Patrick Modiano, le texte est d’ailleurs truffé de références littéraires et le titre du livre est tiré d’un texte de Céline. Le narrateur rencontre ensuite une critique d’art anglaise qui veut lui montrer le manuscrit d’un journaliste de sa famille qui raconte ses aventures entre 1920 et 1940. il s’agit d’un récit d’espionnage et comme le narrateur, nous embarquons avec grand plaisir à sa suite.

Le héros s’appelle Ralph Exeter, c’est un journaliste anglais très à gauche en poste à Paris dans les années 1920. Il a épousé une émigrée russe très jolie mais un peu potiche. Il l’a laissée à Londres avec leur bébé. Il aime les femmes, l’alcool et mène une vie de bohème dans le Paris des années vingt. Il nous fait découvrir quelques lieux mythiques. Mais en dehors de cette vie insouciante, Exeter est un espion à la solde de Moscou. En 1922, il doit se rendre à Gênes pour assister à une conférence économique internationale essentielle pour discuter de la paix mondiale.

L’action se précipite dès le départ du train. Le journaliste est importuné par un voyageur de commerce qui est en fait un policier  français chargé de le surveiller de près. Heureusement pour lui, un écrivain américain vient à son secours, un certain Holloway, qui n’est autre qu’Ernst Hemingway. Et là, finie la vie de bohème, le séjour d’Exeter en Italie est digne des plus classiques romans d’espionnage, il y a bien sûr des femmes fatales, des espions, des journalistes pas toujours honnêtes, une délégation russe, le guépéou, des courses poursuites, divers trafics et même un certain Benito Mussolini qui tirera de nouveau un Exeter complètement dépassé d’un mauvais pas.

Ce roman mêle habillement les lieux réels, les personnages historiques et la fiction, même si le personnage d’Exeter  est en fait le grand père de l’auteur. Le récit est bluffant et on est pris dedans très rapidement. Les personnages sont intéressants et plutôt attachants.  L’intrigue est bâtie sur des faits historiques, mais aussi sur des hypothèses de l’époque, comme par exemple l’idée que Staline était un ancien agent de la police tsariste protégé par Lénine. Il y a de belles descriptions, des rebondissements et la fiction s’intègre parfaitement dans le cadre historique. A la fin, comme Steve Berry, Slocombe donne des explications sur la façon de démêler le vrai du faux. On devine un important travail de documentation sur cette période.

Au final, cela donne un excellent roman d’espionnage qui nous permet de revisiter les années 1920 sans nous ennuyer une seconde.

Première

Les baladins du régent, de Paul Doherty

Chronique réalisée pour Les Chroniques de l’Imaginaire

Nous retrouvons Frère Athelstan, le prêtre dominicain et son ami Sir John Cranston, coroner de la ville de Londres un mois après les faits relatés dans La pierre de sang, soit début janvier 1381. Sir John a été demandé avec ses hommes par Maître Thibault, le maître des secrets du régent, Jean de Gand. Il doit se joindre à l’escorte d’une prisonnière que les soldats conduisent à la tour de Londres. Le temps est glacé, il neige, il y a du brouillard et en plus les soldats se font attaquer par les Hommes justes. Ces derniers n’arrivent pas à délivrer la prisonnière masquée, mais dérobent un mystérieux sac.

Pendant ce temps, Athelstan gère les chamailleries incessantes qui divisent sa paroisse, mais il sait que derrière ces petites querelles de vraies tensions existent et que certains appartiennent aux Hommes justes, ces paysans qui rêvent de renverser le gouvernement. Il essaie de rester neutre et craint la répression qui ne manquera pas de s’abattre si les paysans se soulèvent. Pour le moment, ce sont eux qui soupçonnent la présence de traitres au village et veulent les tuer une fois qu’ils les auront identifiés.

Les Hommes justes se font encercler par les troupes de Thibault lors d’une réunion secrète, ils demandent l’intervention de Frère Athelstan comme négociateur.  Le maître des secrets accepte, mais donne l’assaut dès que le prêtre est entré. Il s’ensuit un massacre où presque tout le monde est tué. Le dominicain est furieux d’avoir été utilisé  et il craint que les paysans le considèrent comme un complice et ne s’en prennent à lui.

Le régent invite Sir John et Frère Athelstan à la représentation d’un mystère donnée à la tour de Londres par sa troupe de théâtre préférée. Maître Thibault espère aussi pouvoir se faire pardonner le mauvais tour joué au prêtre. Toute la cour est présente, tout le monde est enthousiasmé par la pièce et encore plus par le bon repas qui suit dans la chapelle. En plein souper, deux explosions retentissent et deux notables s’effondrent victimes de carreaux d’arbalète, tandis que deux têtes coupées roulent sur le sol. La fête est gâchée et le régent demande à nos deux héros, bien connus pour leur talents d’enquêteurs de résoudre ces deux meurtres qui ne sont que les premiers d’une longue liste.

Ce polar est vraiment passionnant, il est très bien documenté et nous fait découvrir l’Angleterre de cette époque. Le régent est le petit-fils de la reine Isabelle rendue célèbre par la série Les rois maudits de Maurice Druon. On baigne un peu dans la même ambiance faite de complots multiples et d’intrigues diverses autour des Plantagênet. On découvre aussi la vie des simples gens. L’époque est à la fois cruelle et mystique, on est loin du Moyen Age obscur vu par le romantisme.

L’intrigue est particulièrement bien construite, je n’ai eu aucun soupçon sur l’identité des traîtres et des assassins avant la révélation finale de Frère Athelstan. Ce personnage est particulièrement attachant et pétri d’humanité et c’est toujours un immense plaisir de partager ses aventures très dépaysantes.

Les baladins

La septième trompette, de Peter Tremayne

Chronique rédigée pour les Chroniques de l’Imaginaire

Cet épisode de la saga des aventures de Soeur Fidelma se situe début septembre 670, peu avant la fête des récoltes, il constitue la suite directe d’Un calice de sang, dont nous retrouvons la noire héroïne., quelques mois après la fin du précédant épisode.

Fidelma a renoncé à la vie religieuse. contrairement à son mari Eadulf, mais ce dernier a accepté car le bonheur de son épouse est primordial pour lui. Notre héroïne espérait être choisie comme chef brehon du royaume, c’est à dire atteindre le plus haut degré de la magistrature. Elle a échoué et depuis on ne lui confie plus aucune affaire, même mineure. Elle se morfond donc au château de Cashel en compagnie de son mari et de son fils. Son frère Colgu est amoureux d’une jeune fille aussi jolie que futile et peu intelligente. Ce choix est aussi un souci pour Fidelma qui se demande ce que le roi peut trouver à cette écervelée.  Un beau matin de la fin de l’été, notre héroïne se lève tôt pour aller se promener à cheval, elle va saluer le roi et le trouve en grande discussion avec l’abbé du royaume à propos de troubles qui se produiraient loin à l’ouest. Ils sont dérangés par un garde qui escorte un paysan. Celui-ci raconte qu’il a trouvé le corps d’un jeune noble poignardé sur sur gué qui traverse ses terres. Il n’en faut pas plus pour remettre Fidelma d’aplomb, Colgu la chargeant d’enquêter sur cette affaire.

Fidelma, Eadulf et deux guerriers se rendent auprès du cadavre du jeune homme tandis qu’un petit groupe de guerriers va s’informer sur les troubles qui secouent les confins du royaume. Fidelma pense partir pour une mission courte et tranquille, mais en essayant d’identifier le jeune homme, elle rencontrera un moine alcoolique, juste avant qu’il ne soit assassiné par son inquiétant cousin.

Elle nous entraîne au péril de sa vie dans une enquête sur un mystérieux complot se référant à la septième trompette de l’Apocalypse. Cet épisode est très bien construit, on suit la progression de l’enquête qui se déroule assez lentement, les éléments se mettent en place peu à peu et le suspense est très bien préservé, jusqu’aux toutes dernières pages où Fidelma révèle le fin mot de l’histoire lors d’une cour de justice. Il y a beaucoup de suspense, d’action et de rebondissements. Le cadre historique de l’Irlande du septième siècle est très bien décrit, surtout sous l’aspect des lois et des relations entre les clans. Malgré son titre, cette enquête parle très peu de religion, juste un peu de sa mauvaise utilisation par des politiciens sans scrupule qui manipulent des fanatiques en proie à des délires mystiques… Là aussi un thème qui ne manque pas d’actualité,

J’ai beaucoup aimé ce polar historique. La seule difficulté vient du grand nombre de personnages et de lieux aux noms tous plus imprononçables les uns que les autres et on a parfois un peu de peine à s’y retrouver. Heureusement il y a une liste des personnages et des lieux au début et on peut toujours s’y référer si on est perdu. Un très roman à ne pas manquer.

La septième

Mise en cène, de Wayne Williams & Darren Allan

Chronique réalisée pour les Chroniques de l’Imaginaire

Le principal personnage de ce thriller très sanglant est Judas Iscariote, oui le fameux Judas du baiser. Je sais que ce personnage est très à la mode ces dernières années, mais c’est la première fois que je lis un livre le concernant.

Au début Judas raconte sa rencontre avec Jésus. Le terme biblique « rabbi » est traduit par professeur, ce qui ne me paraît pas très approprié, mais passons. Le roman commence à la veille du dernier souper des apôtres avec Jésus. Judas a un oncle, Daniel, qui souffre d’une addiction au jeu. Une fois de plus le pauvre homme s’est mis dans de mauvais draps, il doit trente pièces d’argent au Boucher, un ancien légionnaire qui menace de le tuer et disperser son cadavre en petits morceaux si Daniel ne s’acquitte pas de sa dette. Ce dernier, complètement paniqué demande à son neveu de l’aider. Judas n’a rien à vendre et décide de livrer Jésus au Sanhédrin. Il rencontre Caïphe le grand prêtre qui lui demande d’identifier Jésus par un baiser, ce que Judas trouve idiot étant donné que le Messie est connu comme le loup blanc.

Les choses se passent comme on le sait, judas n’est bien sûr pas informé des intentions réelles des autorités, il pense que Jésus sera seulement interrogé puis relâché. Il compte sur la bonté de son ami pour lui pardonner une fois que l’histoire se sera tassée.

La cène, le procès de Jésus. sa crucifixion et sa résurrection sont racontés assez rapidement. Judas est très secoué par le désastre qu’il a provoqué, il se rend chez son oncle pour lui remettre les trente pièces, mais celui-ci a regagné sa dette en jouant à nouveau. Judas est furieux. Il se rend ensuite chez son père, un vieil homme amer et peu aimant qui l’a toujours rejeté. Simon lui apprend sans ménagement que son ami d’enfance Gédéon, a été tué par un voleur de bétail tandis qu’il gardait son troupeau. Il s’agit d’un meurtre sanglant, on lui a arraché un oeil.

A son retour à Jérusalem, Judas apprend qu’un autre de ses amis a été massacré par un faux médecin. Il rassemble trois de ses anciens amis et ils se mettent à enquêter sur ces crimes. Judas reçoit un billet anonyme disant « Je sais ce que tu as fait ».

Désormais il se lance dans une course contre la montre pour découvrir qui est cet assassin et le démasquer au plus vite tandis que des meurtres tous plus sadiques les uns que les autres déciment son entourage. Judas soupçonne ses amis apôtres qui l’ont rejeté, Lazare ou peut être même Jésus d’être responsable de cette vengeance terrible. Il veut aussi rendre l’argent à Caïphe, pour mettre un terme à la malédiction, mais il le refuse. Toutefois il a aussi ses sales secrets et Judas détient un moyen de pression.

Ce roman serait vraiment une belle réussite et aurait mérité un grand coup de coeur si la fin n’était pas aussi bâclée. Le personnage de Judas est très travaillé et intéressant, tout en nuances. On est loin d’un personnage tout noir, le vrai méchant du livre est plutôt le grand-prêtre. Malheureusement la fin vient mettre par terre cette belle construction.

J’ai eu l’impression que les auteurs ne savaient comment se dépêtrer de leur histoire et qu’ils nous balancent le dénouement en quelques pages bâclées. Ils n’ont pas pu aller au bout de la tension entre leur personnage romanesque très intéressant, humain et construit et le texte biblique pour lequel Judas est un monstre à oublier au plus vite. La morale biblique est sauve, mais c’est au détriment du roman qui se termine sur un goût d’inachevé.

Un autre point que je reprocherais aux auteurs est la description sanguinaire des meurtres et autres supplices qui semblent les avoir comblés. Ce plaisir malsain à décrire des actes de barbarie ou les souffrances des victimes m’a fait penser au seul livre de Karine Giebel que j’ai lu, dont j’ai oublié le titre mais qui présentait aussi ce travers.

mise en cène

Le Noël des masques, de Kate Sedley

Chronique réalisée pour les Chroniques de l’Imaginaire

Nous voici au début des fêtes de Noël 1483, un mois après la fin de Le trésor de Tintern. En ce temps là, les festivités durent douze jours et Roger se réjouit d’être rentré. Il prévoit  de passer d’heureux moments en famille et avec ses amis. Le roman s’ouvre tandis qu’il boit une bière avec un de ses anciens voisins, Burl. Lorsqu’ils sortent, ils croisent une dame élégante et Burl affirme qu’il s’agit de Patience, l’épouse de Sir George, un vétéran de la guerre  particulièrement haï.

Le lendemain à la messe, Roger s’aperçoit que Patience s’éclipse pendant l’office. Il ne résiste pas à la tentation de la suivre de loin et la voit conclure une transaction avec un marchand d’esclaves de ses connaissances. Ils ont l’air de se disputer.

Les réjouissances commencent, des comédiens ont été invités au château. Roger et sa famille vont les applaudir, ils festoient et tout serait pour le mieux si Roger n’assistait à un meurtre par hasard un soir qu’il raccompagne sa belle-mère chez elle de l’autre côté de la ville. L’échevin de la ville est assassiné devant chez son ami Sir George, il a juste le temps de prononcer « Dee » avant de rendre l’âme. Roger ne peut s’empêcher de se mêler à l’enquête.

Quelques jours après, Sir George disparaît purement et simplement, la ville est retournée de fond en comble en vain. Les fêtes de Noël continuent, entre célébrations religieuses, théâtre, festins et beuveries. Roger mène l’enquête tandis qu’un homme masqué espionne les notables et tente d’empoisonner notre détective. Durant presque tout le livre, il remontera une fausse piste, récoltant des indices sur les vrais coupables.

Le suspense n’est pas vraiment au rendez-vous de ce vingt-deuxième opus des aventures de Roger le colporteur. Au deux tiers du livre, j’avais déjà trouvé les coupables, même si je n’ai pas saisi leur mobile avant le tout dernier chapitre. Même si le dénouement est loin d’être une surprise, ce livre est plaisant à lire, en particulier pour sa description très documentée de la vie à l’époque. L’aspect polar n’est par contre pas une réussite, la chute est trop téléphonée, de nombreuses pistes sont ouvertes et pas creusées, comme par exemple le lien qui unit la femme du notable et le marchand d’esclaves. On peut se demander si ce sont des graines qui germeront dans un autre volume de la série ou juste une piste non suivie.

Même si ce n’est pas chef d’oeuvre du polar, ça reste un très agréable moment de lecture.

Le noël des masques