Une main encombrante, de Henning Mankell

Chroniques réalisée pour Les chroniques de l’Imaginaire

Il s’agit de la toute dernière enquête du commissaire Kurt Wallander, elle se situe juste avant L’homme inquiet dans la chronologie des aventures du héros. Ce n’est pas à proprement parler un roman mais plutôt une longue nouvelle, Mankell la présente comme telle et explique l’avoir retrouvée longtemps après sa rédaction et l’avoir remaniée pour l’intégrer dans la saga de Wallander.

Comme il s’agit d’un texte court, je ne peux en dire beaucoup sans dévoiler la totalité de l’intrigue. Wallander se sent vieillir et songe à sa retraite. Son rêve est d’acheter une petite maison à la campagne et un chien. Il parle avec son collègue et ami Martinsson. Ils ont le même âge et se demandent si le travail de policier a tellement changé depuis leur jeunesse ou s’ils ont perdu leur motivation. Ils se sentent décontenancés par l’évolution de la société suédoise.

Martinsson s’occupe de la vente de la ferme d’un cousin âgé et sénile qui vit dans un centre spécialisé. Il propose donc à son ami d’aller la visiter. Wallander y va, il manque de peu de se prendre les pieds dans un râteau mal rangé dans le jardin et de tomber. Il visite la vieille ferme, pense déjà aux travaux à y faire et se projette dans cette vie future avec son chien. Le prix est abordable, la ferme lui plaît, elle est située près de l’endroit où son père habitait, mais un détail le chiffonne sans qu’il sache quoi. Il lui semble que le problème vient du jardin, il retourne y faire un dernier tour, bien décidé à acheter la maison. Et là mauvaise surprise, le râteau sur lequel il a trébuché est en fait une main sortie de terre.

La brigade se lance dans une difficile enquête sur une très vieille affaire tandis que Wallander voit son rêve s’envoler une fois de plus.

Wallander est un héros – ou plutôt un anti-héros – inoubliable. Il est pétri de doute, s’interroge sur tout. Il vit avec sa fille, dont il jalouse le petit ami. Linda ne semble pas très heureuse de cette relation non plus, elle se console en s’achetant des habits. On ne peut que se sentir proche de ces personnages si humains.

Il n’y a pas beaucoup d’action, les pensées et les états d’âme du policier forme la trame de cette belle nouvelle. J’aime ces polars venus du Nord, avec des héros quand même plus vraisemblables et attachants que la plupart de leurs collègues américains.

Le dernier chapitre est consacré à une très intéressante genèse du personnage de Kurt Wallander. Il ne faut vraiment pas manquer ces dernières heures passées avec lui.

Une main

Ne crains pas la Faucheuse, d’Alexis Aubenque

Chronique réalisée pour Les Chroniques de l’Imaginaire

Le lieutenant Greg Davis quitte San Francisco avec ses deux enfants, Penny, huit ans et Raphaël dix-sept. Ils se rendent à Pacific View, une petite ville voisine. Greg a hérité du manoir d’Oncle Terry, mais l’héritage est soumis à diverses conditions, dont celle de travailler dans la police locale. La femme de Greg s’est noyée accidentellement trois ans auparavant et il espère prendre un nouveau départ avec ses enfants.

Le lendemain Greg est accueilli chaleureusement par le shérif et tous ses nouveaux collègues, sauf le lieutenant Simpson. Dans cette ville tranquille, les policiers sont appelés sur les lieux d’un meurtre très violent, comme on n’en a encore jamais vu. Greg choisit de faire équipe avec le sergent Veronica Bloom. Sur le trajet du quartier périphérique où s’est déroulé le crime, Greg essaie d’en savoir plus sur ses nouveaux collègues, mais Vero reste sur ses gardes. Ils arrivent et découvrent un cadavre mutilé dans une baignoire. Personne n’a jamais vu un tel crime dans cette petite ville tranquille et Greg décide d’appeler ses ex-collègues de la police scientifique de San Francisco. La victime était barman, l’enquête révèle qu’il a été l’amant d’une femme mariée un an plus tôt et que l’histoire a mal fini. Le shérif obsédé par sa réélection veut des résultats rapides, il se jette donc sur cette piste avec le soutien de tous ses hommes sauf Greg qui se doute que la réalité est plus complexe.  Le lendemain matin, toute la brigade est mobilisée pour l’arrestation du couple Amstrong, qui se termine en grosse bavure policière.

Faye, une journaliste locale spécialisée dans les potins et l’art de vivre (bonnes adresses, belles balades etc ) reçoit des photos d’une source anonyme montrant la victime et la femme  d’un juge en train de faire l’amour.  Faye se met à faire sa propre enquête et découvre des éléments explosifs tandis qu’une de ses collègues, Rosie, disparaît.

Ce livre se situe au carrefour du polar et du roman. Il y a une enquête sur une série de meurtres mais le vie personnelle des héros et de leur entourage est très importante. L’auteur insiste sur la vie des enfants de Greg, Raphaël fait plein de bêtises d’adolescent. Le cadre est une ville riche, Greg hérite d’un somptueux manoir, de deux belles voitures dont une Ferrari, on est dans un cadre peu réaliste et dans un monde proche de celui de Mary Higgins Clark, toutefois l’aspect polar est plus développé. A part le sergent Bloom, dont on devine sans peine qu ‘il y aura une histoire avec Greg dans la suite de cette série, les autres policiers de cette petite ville sont présentés comme des ploucs finis qui ne font que des bêtises. De nombreux mystères sont encore pendants à la fin du livre et je suis curieuse de connaître la suite. Ce roman n’est pas un chef d’oeuvre qui marquera les mémoires, ça reste un polar très agréable à lire même si je préfère les univers un peu moins bisounours.

Les points faibles sont les fautes de français assez nombreuses, je les avais mis sur le compte d’une mauvaise traduction, mais en fait ce n’est pas un livre américain traduit , mais bel et bien un livre français. Il y a aussi plusieurs fautes d’inattention qui auraient dû être corrigées au stade des épreuves. Un univers un peu moins « Top Model » aurait rendu l’histoire un peu plus réaliste.

Toutefois le livre s’achève sur un meurtre de sang froid commis par un policier et l’on est tout à fait prêt à en savoir plus sur les aventures de Greg, Vero et Faye. Cette dernière est d’ailleurs le personnage le plus réussi du livre, et de loin.

Ne crains pas

Tempête blanche, de Douglas Preston & Lincoln Child

Chronique réalisée pour les Chroniques de l’Imaginaire

C’est avec un indescriptible bonheur que j’ai retrouvé ce cher inspecteur Pendergast. La trilogie Hélène n’étant pas la meilleure de ses aventures, on retrouve dans ce livre notre héros au meilleur de sa forme et non plus englué dans ses problèmes familiaux et conjugaux.

Cette histoire ne se passe pas à New York mais à Roaring Fork une station de ski très huppée du Colorado. On retrouve Corrie Swanson la protégée de l’inspecteur. Elle étudie dans un prestigieux institut de criminologie grâce à Pendergast qui finance sa formation, mais Corrie aimerait décrocher un prix de vingt mille dollars pour pouvoir payer elle-même la suite de ses études. Mais pour cela il lui faut trouver un sujet de thèse original, son directeur d’étude ne l’apprécie pas et lui met des bâtons dans les roues.

Le bibliothécaire de l’institut lui parle d’une vieille histoire de mineurs dévorés par un grizzli en 1876. Les corps ont été exhumés en attendant la construction d’un nouveau cimetière et Corrie pourrait faire une thèse sur ce sujet peu étudié dans le cadre de la police scientifique. La jeune fille écrit à Pendergast pour lui expliquer son projet et s’en va dans le Colorado, elle pense n’en avoir que pour quelques jours. Le chef de la police la reçoit très cordialement et l’assure qu’elle pourra examiner les corps des onze mineurs qui se trouvaient dans le vieux cimetière. Il l’emmène d’ailleurs voir les corps actuellement stockés dans un hangar. Il lui laisse examiner les ossements de l’un des mineurs. Corrie n’a pas d’appareil photo ni de matériel, mais elle voit à l’oeil nu que les marques sur les os ne peuvent avoir été fait par un grizzli.

Le lendemain, le chef de la police refuse de la voir et surtout on lui interdit d’accéder aux ossements. Mais Corrie ne se laisse pas décourager si facilement et force le hangar durant la nuit. Elle réussit à photographier les corps et faire des prélèvements… mais pas à ressortir . Elle se fait prendre et condamner à dix ans de prison pour divers chefs d’accusations. Elle se morfond dans sa confortable cellule, mais Pendergast la tire d’affaire grâce à sa méthode de choc.

L’inspecteur a vite compris que les enjeux de cette affaire dépassent largement le cas des mineurs tués cent cinquante ans auparavant. Il enjoint Corrie à la plus grande prudence, lui demande de terminer rapidement l’examen des ossements et de rentrer à New York écrire sa thèse, ce qu’elle refuse bien entendu, persuadée d’avoir découvert une affaire de meurtres en série. Pendergast reste dans le Colorado pour veiller de loin sur sa protégée qui ne lui facilite guère la tâche.

Au même moment commence une série d’incendies criminels et de meurtres barbares, le chef de la police, jamais confronté à des évènements si dramatiques dans cette station hyper chic est dépassé et demande à Pendergast de l’aider à trouver le criminel.

Même Sherlock Holmes intervient dans la résolution de cette énigme très bien construite. On retrouve tous les ingrédients qui font le charme des aventures de Pendergast, un mystère scientifique, des méchants prêts à tout, des poursuites dans des souterrains et le charme de mon héros favori. Quant à Corrie, elle est à la fois attachante et énervante, on tremble pour elle, mais tout finit bien.  J’ai dévoré ce polar d’une seule traite, ce qui m’arrive quand même rarement. Les amis de Pendergast retrouveront un livre du même tonneau que les enquêtes précédant la trilogie Hélène qui n’est pas la plus réussie de Preston et Child.

Tempête

 

Le duel, d’Arnaldur Indridason

Chronique réalisée pour Les chroniques de l’Imaginaire

Ce roman se passe durant l’été 1972 à Reykjavik, l’évènement du moment est le championnat du monde d’échec qui oppose l’Américain Bobby Fischer et le Russe Boris Spassky. On est en pleine guerre froide et le monde entier se passionne pour ce match. Les projecteurs sont braqués sur la ville qui a attiré de nombreux touristes.

Un jeune homme amateur de cinéma qui avait pour habitude d’enregistrer la bande son se fait poignarder et son magnétoscope disparaît. C’était un jeune sans histoire et la police pense qu’il a entendu et enregistré quelque chose qu’il n’aurait pas dû. L’ambiance est à l’espionnage, la paranoïa politique sur fond de défection de diplomates. Les autorités pensent que la victime s’est trouvée au mauvais moment au mauvais endroit et aimeraient étouffer l’affaire pour ne pas alourdir le climats et les tensions Est / Ouest. Marion Briem, futur mentor d’Erlendur ne l’entend pas de cette oreille.  Plusieurs chapitres lui sont consacrés et expliquent son enfance marquée par la tuberculose et les séjours dans un sanatorium danois. C’est l’occasion de nous présenter la région après la guerre.

Il y a quelques indices près du corps du jeune homme et quelques suspects, un clochard alcoolique, un présentateur de la météo et une hôtesse de l’air. Le crime est-il en lien avec la partie d’échec ou non ? Ce fait divers ne cacherait-il pas une affaire nettement plus importante ?

On retrouve toutes les qualités des livres d’Indridason, son écriture solide, son intrigue bien bâtie, les allers-retours entre présent et passé et surtout sa peinture convaincante de la société nordique de cette époque. L’Islande est un petit pays bousculé par l’Histoire, la consommation et tous les changements de société intervenus à ce moment-là. Erlendur fera même une brève apparition dans les dernières lignes, il est encore un jeune policier en uniforme et vient d’intégrer l’équipe de Marion Briem. Ce livre est passionnant et on ne peut le lâcher, comme tous les romans de cet auteur d’ailleurs. On sent une certaine nostalgie pour cette époque révolue.

Marion apparaissait en filigrane dans le cycle d’Erlendur lorsqu’il pense à ses conseils ou lui rend visite lorsqu’elle est malade et ce livre dont elle est le centre éclaire aussi la personnalité d’Erlendur. Comme tous les romans d’Indridason, celui-ci est un petit bijou à ne pas manquer.

Le duel

La dernière carte, de Carin Gerhardsen

Chronique réalisée pour les Chroniques de l’Imaginaire

Le 2 aout 2009, dans la nuit, Sven-Gunnar Erlandson rentre chez lui après une soirée arrosée avec ses copains de poker. Ils sont dépensé leur cagnotte annuelle alimentée par les pertes du groupe. Il rentre à pied par la forêt quand un inconnu lui tire dans le dos et l’achève ensuite d’une balle dans la nuque. C’est le dernier dimanche des vacances scolaires et toute la brigade de l’inspecteur Conny Sjöberg se trouve rappelée d’urgence.

On trouve dans la poche de la victime quatre cartes, ce qui ajouté au mode d’exécution fait penser qu’il s’agit d’une vengeance pour des tricheries au poker. L’équipe se met à enquêter sur ce notable à la réputation sans tache, banquier qui s’occupe d’un club de football amateur, en particulier des enfants et qui aide souvent les sans-domicile fixe. Tout le monde est unanime à affirmer que la victime était appréciée de tous, qu’il n’a jamais pu tricher aux cartes et que de toutes façon le groupe ne jouait que de petites sommes qui leur servaient à financer un bon repas par année.  Les policiers se concentrent sur les amis de Sven, qui semblent tous avoir de vilains secrets à cacher : Jan semble un très mauvais perdant et c’est lui qui a financé le plus gros de la cagnotte cette année, Lennart a été écarté du poste d’entraîneur de l’équipe des filles car il aurait dragué les gamines et les aurait regardé de manière grivoise. Quant à Staffan, il est déprimé depuis le suicide de sa femme et la disparition d’une fillette russe qui passait les vacances chez eux et qu’ils étaient en train d’adopter huit ans auparavant. De lourds soupçons ont porté sur Staffan à ce moment-là et Sjöberg pense qu’il est coupable du meurtre de l’enfant , de sa femme et maintenant de Sven, mais l’enquête piétine.

De leur côté Hedvig, Jens et Jammal pensent que Sven n’était pas le notable lisse et sans histoire que l’on croit et orientent leur recherches dans ce sens.

On retrouve ici toute l’équipe du commissariat d’Hammarby (Stockholm). Cette enquête est moins palpitante que la précédente et les deux parties l’histoire pourrait être mieux coordonnées, les pièces du puzzle ne s’imbriquent pas tout à fait bien. Pourtant malgré ces petits défauts c’est un excellent moment de lecture. J’aime beaucoup l’inspecteur Sjöberg qui sait faire preuve d’humanité et reconnaître ses erreurs. On suit aussi en filigrane l’enquête que Jammal mène tout seul sur le viol de sa collègue et amie Petra et les développements de la dernière page laisse entendre une suite, ce qui me réjouit beaucoup.

Ce livre a eu une assez mauvaise critique, mais il ne la mérite pas, même s’il est moins réussi que les premiers opus de la série. J’ai aussi beaucoup aimé le fin mot de l’histoire, car si la justice judiciaire n’est pas satisfaite, la justice immanente l’est largement. J’aime aussi le côté faillible des héros, aucun n’est parfait, il n’y a pas de super héros, mais des hommes imparfaits qui aspirent à travailler pour la justice de leur mieux, je les trouve très humains et convaincants.

Un très chouette polar nordique à ne pas manquer, surtout si on a aimé les premier volumes de cette belle série.

la dernière carte

Meurtre à Tombouctou, de Moussa Konaté

Chronique réalisée pour Les chroniques de l’Imaginaire

Ibrahim, un jeune Touareg ne rentre pas à son campement, son frère Rissa s’inquiète et va à sa rencontre sur le chemin de Tombouctou où Ibrahim devait saluer un de ses amis avant son départ pour Bamako. Rissa trouve le corps de son frère à l’entrée de la ville. Au lieu de le ramener au campement, il l’apporte au commissariat ce qui manque provoquer une émeute. Le commissaire Touré ne sais par quel bout empoigner cette affaire quand il est appelé à l’hôtel Al-Farouk car un homme a tiré contre la chambre d’un touriste français en proclamant des menaces islamistes. En plus il s’avère que la victime était aussi un ami d’Ibrahim.

L’affaire fait grand bruit en haut lieu et le ministre de l’intérieur convoque une réunion de crise à Bamako en présence de l’ambassadeur de France. Il est décidé de dépêcher sur les lieux le commissaire Habib, incorruptible et dont le talent est reconnu, un de ses collaborateur Sosso et Guillaume, spécialiste de la lutte anti-terroriste de l’ambassade de France. Le lendemain les trois hommes prennent le chemin de Tombouctou pour éclaircir ce double mystère.

Présenté ainsi, ce polar semble intéressant, mais en réalité il est super gnangnan. C’est plutôt un prétexte pour nous présenter le Mali et Tombouctou en particulier. Les Touaregs et leurs coutumes tiennent une grande place dans le texte, ainsi que le décalage entre la Tombouctou de la légende et celle de la réalité. On assiste aussi aux pressions et tentatives de corruption dont est victime Habib.

Quant aux deux jeunes policiers, Sosso et Guillaume, ainsi que les autres personnages, ils ne sont pas convaincants pour un sou. Les deux flics semblent être deux adolescents attardés qui découvrent Tombouctou sous le regard paternel d’Habib, le tourisme semble plus les intéresser que leur mission, ils décadreraient même dans un roman du Club des Cinq, alors de là à imaginer Guillaume comme un spécialiste de la lutte contre le terrorisme, c’est vraiment en demander trop au lecteur. Les dialogues sont aussi dignes d’un roman pour enfant de dix ans.

Parlons de l’intrigue, à la fin Sosso et Guillaume soupçonnent le Français d’avoir deux faces et de n’être pas qu’une victime innocente, mais la piste n’est pas creusée, il n’y a pas plus de terroriste que d’extra-terrestres. Et l’intrigue autour de la mort d’Ibrahim retombe comme un soufflé.

Le seul intérêt de ce livre est de nous faire découvrir Tombouctou et la communauté touareg, c’est plus un guide touristique qu’un polar. On a l’impression que l’intrigue policière est secondaire et les deux héros sont si peu vraisemblables que ça ne rend pas l’action plausible ni intéressante. Un seul mot me vient pour résumer ce livre heureusement assez court : l’ennui.

Tombouctou

Black-out, de John Lawton

Chronique réalisée pour Les chroniques de l’Imaginaire

Nous découvrons une nouvelle série mettant en scène le lieutenant Troy, un aristocrate d’origine russe devenu policier à Scotland Yard. Il ne s’est pas brouillé avec sa famille mais a très peu de contact avec eux en dehors de son oncle Nicolas, un savant un peu fou, professeur de physique et anarchiste impénitent. Sir Alexei, le père de Troy est mort récemment. Ses opinions communistes ne l’ont pas empêché de devenir un riche magnat de la presse et de fréquenter le grand monde. Freddie, lui désire s’éloigner de ce milieu qu’il juge superficiel, il n’apprécie guère son frère Rod engagé dans l’armée de l’air et devenu chef de famille depuis la mort de leur père. Freddie est heureux de sa vie de policier, son subordonné est Jack, issu lui aussi du même milieu aristocratique.

Le roman commence au début de l’année 1944 alors que Londres est régulièrement bombardée par la Luftwaffe. Des enfants jouent dans les ruines et trouvent par hasard un bras humain. Le médecin légiste conclut qu’il s’agit d’un Allemand d’après son bouton de manchette. Le reste du corps est retrouvé calciné dans une chaudière. Les supérieurs de Freddie Troy sont peu enclins à s’occuper de cette affaire, estimant qu’un ennemi de moins n’est pas une grande perte. Toutefois le jeune policier soupçonne une affaire importante. Son ami le médecin légiste fait le lien avec un cadavre non identifié trouvé sur le bord de la Tamise avec une balle dans la tête au printemps quarante-trois. Il s’agissait aussi sûrement d’un Allemand d’après ses vêtements. Quand Troy veut examiner ce dossier, il s’aperçoit qu’il a entièrement disparu. Son enquête lui démontre rapidement que les services secrets britanniques et surtout américains sont impliqués. Les autorités font obstruction, mais certains fonctionnaires n’apprécient pas l’impunité dont jouissent les Américains et surtout leur violation constante de la souveraineté nationale, ils aident donc discrètement Freddie.

Troy démêle un écheveau bien compliqué peu à peu, il sera aidé et manipulé par des femmes. Il risque sa vie à plusieurs reprises, ne respecte pas les règles et finalement arrivera à ses fins bien plus tard.

Ce roman est très prenant et si au début on est peu perdu avec le nombres considérables de personnages issus de divers services, on peut toujours se reporter au tableau présenté en début, mais on retrouve très vite le fil de l’histoire. La présentation du cadre est très détaillée et intéressante. Le livre  parle de la vie des Anglais durant la guerre et plus particulièrement des antagonismes de classe. Troy et Jack vivent et enquêtent tant du côté des classes populaires que de leur milieu aristocratique. La gauche anglaise et les communistes en particulier sont des personnages importants du roman. Les personnages féminins sont très réussis. Jack est naïf est coincé au début du livre, mais Toska la secrétaire américaine et Lady Diana (qui n’a rien d’une rose d’Angleterre !) se chargeront de le dégourdir. La fin est tout à fait inattendue et ouverte,  l’on ne voit pas venir le criminel. Le rythme de l’histoire va crescendo tout au long des pages.

C’est un excellent polar que j’ai eu grand plaisir à découvrir.

Black out