Le secret interdit, de Bernard Simonay

Chronique réalisée pour Les Chroniques de l’Imaginaire

Le livre commence par la préparation d’un attentat dans un avion. Un homme n’hésite pas à tuer cent vingt passagers dont des enfants pour éliminer sa cible, dont on ignore tout, en plus il compte faire porter le chapeau à un syndicaliste dépressif qui se trouve aussi à bord. Nous suivons Karen, sa fille Salomée huit ans et leur voisine de siège Sarah de l’embarquement à l’écrasement de l’avion.

Un an plus tard, Kevin, un écrivain américain spécialisé dans les livres de marine part faire une croisière sur son voilier pour oublier la femme qui vient de le quitter alors qu’il en est amoureux fou. Mais la malchance le poursuit et il doit se réfugier dans un petit port de Floride pour échapper à une grosse tempête. Les vents se déchaînent et il surveille son voilier avec inquiétude depuis la capitainerie. Son bateau est amarré à côté d’un grand yacht tout blanc duquel une aura émane et protège ses petits voisins. Quand la tempête se calme, Kevin et le capitaine s’approchent du grand yacht pour observer le phénomène. Un homme se tient sur le pont mais se volatilise dès leur arrivée. Le capitaine a reconnu Paul Falcon le propriétaire du navire qui se trouve pourtant dans sa propriété des Rocheuses à ce moment.

Falcon est un marchand d’art discret et Kevin se rend chez lui pour l’interroger sur le phénomène. L’homme se montre évasif dans un premier temps et lui propose de le revoir le lendemain. A ce moment l’armée attaque la propriété de Falcon et Kevin assiste à une terrible bataille avant de se réveiller à l’hôpital.

Kevin reçoit ensuite de mystérieuses lettres signées d’un hiéroglyphe, il se lance dans un étrange jeu de piste qui va bouleverser toute sa vie.

Ce livre nous emmène à la poursuite des grands mystères de l’Histoire à la suite de Kevin et Alexandra. C’est un de ces romans que l’on ne peut lâcher et de fait je l’ai lu en deux jours et terminé à quatre heures du matin. Il est tout à fait passionnant, mais en même temps totalement attendu. Finalement les thrillers ésotériques tournent toujours autour des mêmes mystères. Mais c’est comme en cuisine, avec les mêmes ingrédients, on peut faire une grande variété de recettes différentes.  J’avoue être très friande de ces thématiques et prête à déguster du Templier, du dieu égyptien ou saint Brendan à toutes les sauces. Bernard Simonay nous a mitonné un délicieux et consistant petit plat. Ce livre se veut l’épilogue de la série Les enfants de l’Atlantide, mais peut être lu indépendamment. Toutefois les fans de la série se retrouvent tout de suite en terrain de connaissance. A un moment donné il y a un vrai suspense et l’on ne sait plus qui est le méchant de Paul Falcon ou de William Sheridan le directeur du FBI.

Ce livre véhicule aussi un message spirituel et écologiste, appelant notre génération à se montrer enfin responsable dans la gestion des ressources naturelles.

Ce roman est une réussite qui ne peut qu’enchanter les amateurs de mystères ésotériques, même s’il ne seront pas totalement surpris à la fin.

Le secret

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Aucun homme n’est une île, de Christophe Lambert

Chronique réalisée pour Les Chroniques de l’Imaginaire

Il s’agit d’une uchronie. Christophe Lambert réécrit l’année 1961. Ernest Hemingway ne s’est pas suicidé, il allait le faire quand un de ses amis l’informe que les USA viennent de débarquer à Cuba. En effet, Kennedy a renoncé à la dernière minute à l’opération de la Baie des Cochons pour mettre au point un plan plus efficace. C’est chose faite trois mois plus tard et un groupe d’anti castristes débarquent sur l’île, ce qui entraîne une riposte immédiate des Cubains sur la base américaine de Guantanamo. Les Américains n’attendaient que ce prétexte pour envahir l’ìle.

Le roman commence en été, trois mois après l’invasion. Robert Stone, un agent de la CIA va prendre ses ordres auprès du général responsable des troupes d’occupation. Il s’appellera Ron Hooper et sera photographe de presse, sa mission consistera à protéger Hemingway qui a décidé de venir interwiewer Castro  et Che Guevara retranchés avec leurs troupes dans le massif de l’Escambray. Les autorités américaines sont opposées à cette idée, mais l’écrivain est une star et on doit se plier à ses divers caprices. La mission occulte de Robert consistera à assassiner les deux leaders cubains avec des herbes empoisonnées ou tout autre moyen qu’il jugera bon.

Dès le départ, l’écrivain comprend le vrai métier de son photographe et ça se passe plutôt mal entre eux. Il est agressif et désagréable tandis que Robert a très mauvaise opinion sur Hemingway. Ce dernier essaie de lui fausser compagnie dès le départ, mais comme sa chambre d’hôtel est sur écoute, Robert le retrouve très vite. Les deux hommes partent dans l’Escambray en voiture avec Gregorio Fuentes, l’ami de l’écrivain.

Côté rebelle, on suit Nestor un tout jeune guerillero caméraman de son état chargé de filmer certains évènements. Il ne sait pas trop ce qu’il fait là, il est pacifique et ne porte pas d’armes. Che Guevara le remarque et se lie d’amitié avec lui. Nestor est fasciné et voit dans le Che une figure paternelle qu’il ne veut pas décevoir.

Nous suivons à la fois les rebelles à travers le jeune cinéaste et l’improbable trio en route vers le repaire de Castro. Comme ces évènements n’appartiennent pas à l’Histoire, Christophe Lambert les traite comme un roman historique. Certains évènements du livre sont plutôt surprenants, même si comme Steve Berry, l’auteur nous donne à la fin ses sources et explique ses choix rédactionnels. Donc ce pourrait être une histoire possible.

J’ai eu beaucoup de peine à rentrer dans l’intrigue, qui semble partir dans tous les sens au début et qui était trop guerrière à mon goût. L’intérêt s’est accru au fur et à mesure que je lisais. C’est aussi dommage de ne découvrir la genèse du roman qu’à la toute fin car elle est très éclairante sur les tenants et aboutissants de cette histoire. Les trois personnages principaux sont Hemingway, Castro et le Che, les deux premiers sont aussi antipathiques l’un que l’autre. Hemingway est un vieil alcoolique prétentieux et Castro un criminel sanguinaire. Robert et Nestor servent surtout de faire-valoir aux personnages principaux. Le seul qui tire son épingle du jeu est le Che, dépeint dans sa complexité. C’est certainement le plus sympathique des personnages principaux, on sent que l’auteur a de la sympathie, si ce n’est de l’admiration pour lui.

L’aspect SF et uchronie est très peu développé. Toute l’action se passe à Cuba, dans un périmètre très délimité et l’auteur n’essaie pas de nous dépeindre un mode dans lequel la révolution cubaine aurait échoué au bout de deux ans. C’est dommage de ne pas avoir élargi la perspective.

C’est un roman que je conseillerais surtout aux admirateurs d’Hemingway, de Castro et du Che, les autres peuvent passer leur chemin. Si le début est laborieux, le roman prend une vitesse de croisière agréable après le premier tiers. Je trouve surtout dommage que l’auteur n’ait pas élargi sa perspective pour avoir une fiction politique plus globale.

aucun homme n'est une île

Black-out, de Connie Willis

Chronique réalisée pour Les chroniques de l’Imaginaire

Ce livre a reçu de nombreux prix.  Nous suivons trois jeunes chercheurs de 2060 qui étudient la deuxième guerre mondiale et en particulier l’année 1940 et le Blitz. Mais dans le futur, on maîtrise l’art des voyages dans le passé et les historiens ne se contentent plus d’étudier les archives, ils vont se rendre compte sur place.

Nos héros prennent des identités et tous les accessoires de l’époque avant de débarquer en pleine guerre.

Il y a tout d’abord Merope, devenue Eileen O’Reilly qui sera gouvernante à la campagne chez une comtesse, Lady Caroline. Cette dernière recueille des enfants évacués de Londres à cause des bombardements et Eileen en a fait son sujet d’étude. Malheureusement un des enfants attrape la rougeole et tout le monde se retrouve en quarantaine pour trois semaines. Lorsqu’elle peut enfin sortir, la fenêtre qui lui permettait de rentrer à son époque s’est refermée et Eileen est coincée dans la campagne anglaise à garder des enfants turbulents et à faire lessive et ménage.  C’est le personnage le moins intéressant du livre.

Polly veut étudier le comportement des gens ordinaires pris sous le déluge de bombes, pour cela elle devient vendeuse dans un grand magasin et arrive à Londres le 15 septembre 1940. On est en plein Blitz et toutes les nuits, Polly rejoint l’abri de Saint Georges avec ses voisins. Un acteur en fait partie et pour garder le moral, ils décident de monter une pièce tous ensemble. Malgré ce qu’en disaient les archives, la ruelle dans laquelle se trouvait le passage pour revenir en 2060 a été bombardée et détruite, Polly est elle aussi coincée en pleine guerre. Il ne lui reste qu’à espérer qu’on enverra une équipe de secours pour la récupérer.

Michael Davis veut étudier le courage et se demande, comme beaucoup, si on peut modifier l’histoire. Il est clair qu’on ne peut modifier les grands évènements, on ne pourrait pas commettre un attentat contre Hitler en 1938 pour empêcher la guerre par exemple. Michael, devenu Mike Davis un journaliste américain va interroger les soldats qui ont participé à l’évacuation de Dunkerque en mai 1940. Il participe aux évènements et sauve un soldat anglais, qui lui-même en sauvera de nombreux autres. Et c’est ainsi que la petite histoire a été modifiée, empêchant également le retour du chercheur dans son laboratoire.

Nous suivons ces personnages l’un après l’autre, chaque chapitre étant consacré à l’un d’eux. Ce livre est plus un roman historique sur la deuxième guerre mondiale qu’un ouvrage de science fiction, ce qui me va très bien. Le cadre historique est vraiment très très fouillé et passionnant. On voit que Connie Willis a pris soin de se documenter très sérieusement. Comme cette période m’intéresse, j’ai beaucoup apprécié.  L’aspect science fiction n’est pas très développé par contre, elle aurait pu aller beaucoup plus loin dans ce sens, personnellement ça ne m’a pas manqué, vu que la SF n’est pas mon genre préféré, mais je pense que les vrais amateurs de SF trouveront ce livre un peu léger de ce point de vue.

Un des points négatifs du livre est la lenteur de la mise en place de l’intrigue, il faut près de cent pages pour que le roman démarre vraiment. Les actions sont aussi parfois tirées en longueur, j’ai eu l’impression par moment que l’auteur délayait sa sauce pour la faire durer le plus possible et c’est dommage. Ce roman est en deux parties et si la seconde est aussi longue que la première, on frisera les deux mille pages. L’intrigue aurait gagné à être plus ramassée, certains dialogues sont inutiles ainsi que certaines explications qui enfoncent des portes ouvertes, à moins que Connie Willis pense s’adresser à des lecteurs totalement incultes.

Mais malgré ces bémols, ce livre est agréable à lire et comme la fin survient à un moment très intéressant, on se réjouit de découvrir la suite. Toutefois au vu du nombre de prix raflés, je m’attendais à mieux.

Black out

 

Les jours étranges de Nostradamus, de Jean Philippe Depotte

Chronique réalisée pour Les Chroniques de l’Imaginaire

Philibert Sarrazin est médecin à Lyon en cette année 1559, c’est un notable protestant, à une époque où la tolérance religieuse n’est pas de mise. Il se rend à Paris pour assister à une dissection clandestine. Les autorités interdisent les dissections humaines et la médecine nouvelle, celle de Paré, n’arrive pas à percer l’obscurantisme de la médecine traditionnelle de Galien et d’Hippocrate. Philibert croit fermement dans le progrès et la science. A peine arrivé à Paris, il retrouve un de ses anciens condisciples et ils s’en vont déterrer une morte à peine ensevelie. Mais c’est un piège et des soldats emmènent Philibert chez un gentilhomme qui lui laisse le choix entre la potence et le fait d’espionner son beau-frère Michel de Nostredame, dit Nostradamus, le célèbre astrologue de la reine Catherine de Médicis. Le même jour le roi Henri II est blessé dans un tournoi comme l’a prédit Nostradamus et Philibert est envoyé à son chevet. La blessure dépasse les possibilité de la médecine de l’époque et l’état du roi est désespéré.

Philibert rentre à Lyon, mais le soldat du gentilhomme parisien l’y a précédé pour avertir sa femme. Celle-ci est sage-femme et le dernier accouchement qu’elle a pratiqué s’est mal terminé. Philibert comprend que les autorités ne vont pas tarder à l’arrêter. Les Sarrazin décident d’envoyer leurs enfants à Genève chez leur parrain, Jean Calvin et ils prennent le route de Salon pour percer les mystères de Nostradamus comme on le leur a demandé. Philibert a de l’estime pour lui, alors que sa femme Louise le déteste, elle l’accuse d’avoir assassiné sa soeur Isabelle, son épouse vingt ans auparavant. Ils se mettent en route et vivront bien des aventures sur la route et surtout dans la ville de Salon.

Ce livre est édité dans la collection Science fiction de Folio, mais il ne s’agit pas de ce genre-là. Il s’agit plutôt d’un roman historique teinté de fantastique. La fin de l’histoire est très étrange et l’on peut l’interpréter soit comme du fantastique, soit comme un roman psychologique, une espèce de rêve que ferait Nostradamus, une sorte de dédoublement de personnalité. Personnellement je pencherais plutôt pour cette version.

Tant Philibert est un personnage à la fois naïf, généreux et moderne qui se pose les bonnes questions, tant Nostradamus est un prétentieux imbuvable. Les notables de Salon sont aussi particulièrement versatiles et peu sympathiques. Les personnages féminins principaux, Louise et Diane, sont intéressants, ce sont de beaux portraits de femmes qui essaient de trouver leurs marques et d’être libres dans une société oppressante.

Outre les péripéties d’un bon roman historique, je trouve que le principal intérêt du livre est dans la confrontation des idées. Philibert oscille du protestantisme au catholicisme selon les moments et je trouve que le débat entre ces deux points de vue est très bien restitué. Si les bourgeois de Salon sont plutôt caricaturaux, Philibert a bien su saisir les enjeux du débat. Son dialogue avec Dieu est plutôt moderne et nombre de chrétiens d’aujourd’hui se posent les mêmes questions en employant d’autres mots. Le débat sur la prédestination, même si on n’emploie plus ce terme existe toujours dans certains courants protestants. Philibert saisit aussi tout à fait les enjeux de la pensée moderne, lorsque Nostradamus lui dit que le monde est ce que les hommes en font, idem dans sa réflexion sur la sorcellerie (à croire qu’il avait prédit les idées de Sartre !!). J’ai trouvé que la réflexion sur les idées et les concepts qui agite Philibert est particulièrement intéressante et montre la racine ancienne de ces questions existentielles que l’on se pose encore, même si c’est avec un tout autre langage. Un livre que j’ai eu grand plaisir à lire.

Les jours étranges de Nostradamus

A travers temps, de Charles Robert Wilson

Chronique réalisée pour les Chroniques de l’Imaginaire.

Voici un très beau roman, également surprenant et original. Je lis peu de science-fiction et je connais très peu ce genre, mais ce roman m’a beaucoup plu. Par certains côtés, il m’a fait penser à certains livres de Stephen King, dans le sens que ses histoires semblent nous parler d’un monde campagnard très ordinaire avec des personnages ordinaires et tout à coup le surnaturel déboule sans crier gare.

Le roman commence très fort, nous sommes en 1979 et Ben Collier, voyageur temporel de son état jardine devant sa maison quand un homme en armure dorée, surgi du vingt et unième siècle et armé jusqu’aux dents l’abat dans son jardin.

Dix ans après, Tom Winter revient dans la région après des années d’absence et achète la maison de Ben, sans savoir ce qui s’y est passé. Tom est un héros, ou plutôt un anti-héros de notre époque. Il a perdu ses parents jeune, il est parti faire des études d’ingénieur et s’est marié avec une militante écologiste. Puis tout s’effondre, il perd son travail, sa femme et revient traîner sa déprime dans sa ville natale. Il devient vendeur de voitures et essaie de reconstruire sa vie. Il se passe des évènements mystérieux dans sa maison et Tom découvre un tunnel temporel qui le mène à New York en 1963. Mais le tueur du futur rôde aussi dans les couloirs du temps et la chasse à l’homme s’organise.

L’intrigue est bâtie autour de Tom Winter, le héros du livre. L’auteur place l’humanité des personnages au centre du roman et ceux-ci sont très touchants, pleinement réussis. L’intrigue temporelle est réaliste et crédible. Tom échappe à la tentation de vouloir changer l’avenir en manipulant le passé. Les personnages paraissent très réels, on a l’impression de partager leur vie et l’extraordinaire du voyage temporel est présenté de manière telle qu’on y croit facilement. Par ailleurs, ce roman est bâti comme un thriller et on est pris dans le suspense de l’histoire. L’auteur nous promène dans les méandres du temps sans jamais nous perdre. Mais derrière ce thriller temporel, il  y a toute une réflexion sur le deuil que doit mener Tom.

C’est vraiment un magnifique livre à ne pas manquer et on se demande pourquoi il a mis plus de vingt ans  pour être édité en français.

A travers temps

Mimosa, de Vincent Gessler

Je vous parle aujourd’hui d’un livre de science fiction que j’ai beaucoup apprécié. C’est un genre que je connais peu et que je lis rarement.

Tessa est détective privée. Peu à peu nous découvrons sa ville et son univers, qui vont se révéler au fur et à mesure du livre. Elle vit à Santa Anna, une ville d’Amérique du Sud  au 22ème  ou 23éme siècle. Le monde est dévasté par le réchauffement climatique et tout le monde est devenu végétarien. La particularité de cette époque est qu’on choisit son identité,  la mode étant d’être le sosie d’une célébrité réelle ou fictive du 20ème siècle. C’est ainsi que nous allons croiser Adolf Hitler, Stéphane Lambiel, Lambert Wilson sans oublier Jésus Christ et Michael Jackson pour n’en citer que quelques uns.

Tessa refuse cette mode, et elle est la seule à ne vouloir être personne d’autre qu’elle-même.  Elle enquête sur un trafic d’organes en compagnie d’Ed Harris et de Crocodile Dundee.  Un indice les mène à un supermarché, plus précisément au rayon jardinage sur la trace de mimosa blanc.  Mais c’est un piège et Tessa comprend que les gangs les plus puissants de la ville sont à l’oeuvre.

Ensuite les rebondissements s’enchaînent sans relâche, Tessa en apprend plus sur son passé  et son enquête la confronte à la terrible Vadélica. Mais Tessa n’est pas seulement la jeune détective qu’elle croit être.

Ce roman plein de rebondissements oscille entre thriller et science fiction. C’est un mélange des deux genres. Nous avons à la fois un combat contre les gangs les plus terribles de la ville et des héros biomodifiés dans un monde futur où les techniques informatiques ont été greffées dans le système nerveux des habitants et où des clones sont élevés par des intelligences artificielles. Heureusement l’aspect technique et scientifique ne domine pas le roman.

De même le livre oscille entre action déjantée et quête de l’identité. Dans cette ville où tout le monde se veut un sosie de quelqu’un d’autre, il est bien difficile d’être soi-même et même de savoir qui on est. La mémoire peut être altérée, reconfigurée ou effacée.  Cette thématique hante l’héroïne.  A travers son enquête, puis de ses combats contre Vadélica, on suit la quête de mémoire de Tessa, qui parviendra à sortir de ses conditionnements et à retrouver une vraie liberté d’action.  Cette thématique est particulièrement intéressante.

Il y a évidemment les bons et les méchants dans ce livre un peu manichéen, mais au fond aucun personnage n’est tout blanc ou tout noir, hormis Vadélica. Ils ont tous une part de libre arbitre. Dans l’action et l’union nécessaire pour combattre un ennemi commun, les héros se révèlent et leur part sombre est rachetée pour leur permettre de devenir des être libres. Même les clones ou les jumelles ont la liberté de décider.

J’ai beaucoup aimé ce livre, il y a de l’action et de la réflexion, sans oublier un brin d’humour. Ce que j’ai le moins apprécié, ce sont les références à la musique et aux groupes contemporains… à cause de ma méconnaissance du sujet, j’aurais préféré des références à ABBA, Boney M ou aux Beatles, car les références du livre en la matière me sont complètement inconnues.

Un grand coup de coeur pour ce livre surprenant et jubilatoire.

Un café sur la Lune, de Jean Marie Gourio

Je vais partager aujourd’hui avec vous un petit livre étrange et poétique, bien loin des polars que j’aime… mais je ne tiens pas à me cantonner à un seul genre, grâce aux chroniques de l’imaginaire, je découvre bien des trésors inattendus.

En 2095, la Terre est ravagée par les crises économiques et climatiques. Elle est encore habitable, mais les autorités ont entrepris depuis quelques années la colonisation de la Lune. Si certains colons y vont de leur plein gré dans l’espoir d’une vie meilleure, la planète sert aussi à se débarrasser marginaux ou des personnes qui troublent l’ordre public de façon grave ou non. Ainsi, comme pour l’Australie autrefois, on offre aux colons de faire table rase de leur passé sur Terre s’ils s’engagent dans les mines lunaires.

Cette nuit marque l’ouverture du premier café sur la Lune, tenu par Bob Feinn un Irlandais et sa femme Tin Tao une dissidente chinoise. Bob a dû se démener pour obtenir l’autorisation d’ouvrir son bar car les autorités craignent des troubles à l’ordre public. Les premiers clients affluent.Ce sont tous des marginaux. Il y a un groupe de mineurs, des chanteuses, des enfants perdus, des Touaregs et quelques autres . Ce sera une nuit de folie, d’ivresse, de bataille, mais surtout de poésie.

Les hommes communient dans la chaleur du café, de nouveaux rêves et de nouveaux espoirs prennent corps.

Un libraire amoureux des vieux livres fait vivre la littérature en semant des volumes sur la Lune. C’est ainsi qu’un des mineurs puise son énergie en lisant Jean Genet. Il y a peu d’action dans ce roman, sauf à la fin, mais la langue est d’une incroyable richesse. On peut le lire comme un long poème en prose dédié à la fête, bien sûr, mais surtout à l’amitié, à la vie dans un univers où chacun trouve sa place, aussi un hymne à la tolérance qui dit la richesse des exclus et des marginaux. La Lune devient le lieu de tous les possibles.

Même si le livre se passe sur la Lune, c’est un prétexte pour parler de la Terre et on ne peut pas le ranger dans la catégorie science-fiction.